Une réélection attendue mais marquée par des dissensions internes
Ce jeudi 2 avril 2026, le Conseil national de Monaco a reconduit Thomas Brezzo à sa présidence lors de la séance d'ouverture de la session de printemps. Cette élection, bien qu'anticipée, a révélé des fissures au sein de la majorité parlementaire avec l'apparition de quatre votes blancs lors du scrutin à bulletins secrets.
Une nouvelle configuration politique dans l'Hémicycle
La séance s'est déroulée dans un contexte politique renouvelé avec la création récente du groupe minoritaire En Avant Monaco, mené par Régis Bergonzi aux côtés de Roland Mouflard et Brigitte Boccone-Pagès. Ces trois élus, anciens membres de la majorité, occupent désormais les bancs de l'opposition, modifiant ainsi la physionomie traditionnelle de l'assemblée monégasque.
Maryse Battaglia, doyenne du Conseil national présidant la séance d'ouverture comme le prévoit le règlement intérieur, a adressé un message d'avertissement à la nouvelle minorité : "Une minorité est signe de bonne santé démocratique, à condition de respecter les règles du jeu. Je veux croire que notre minorité saura être une force de contradiction, sans devenir une force d'immobilisme."
Des échanges tendus dès les premières minutes
Régis Bergonzi, leader du groupe minoritaire, a immédiatement saisi la parole pour préciser les motivations de sa dissidence : "Ce choix n'est ni un mouvement d'humeur, ni une posture. C'est un choix de cohérence. Nous, dans En Avant Monaco, nous considérons que notre responsabilité est de servir Monaco, et uniquement Monaco, avec constance, clarté et indépendance."
Le député a ensuite critiqué ouvertement plusieurs décisions de la majorité, notamment :
- La présence de Thomas Brezzo au meeting d'Alexandra Masson, candidate RN à la mairie de Menton, en présence de Jordan Bardella
- L'augmentation "discrète et rétroactive" de la rémunération du président et du vice-président du Conseil national en octobre 2025
Ces propos ont conduit Maryse Battaglia à interrompre Bergonzi, estimant qu'il "débordait" du cadre strict de l'élection présidentielle.
Le scrutin révélateur : quatre votes blancs inattendus
Le vote à bulletins secrets a réservé une surprise de taille. Alors que Thomas Brezzo obtenait 20 voix favorables, quatre bulletins blancs ont été comptabilisés, provoquant l'étonnement visible de plusieurs élus, y compris la doyenne Battaglia qui a demandé confirmation du résultat.
Cette dissension mathématique au sein de la majorité - puisque les trois élus minoritaires ont très probablement voté blanc - suggère qu'au moins un membre du groupe majoritaire n'a pas accordé sa confiance au président sortant. Cette révélation a immédiatement suscité des interrogations sur la solidité de la majorité parlementaire.
Les réactions des principaux intéressés
Thomas Brezzo, fraîchement réélu, a prononcé un discours de remerciement tout en répondant aux critiques : "C'est un privilège d'assumer cette responsabilité et je suis pleinement conscient du devoir et de l'engagement que cela implique. Pour exercer cette fonction, j'ai été contraint de mettre de côté mon vrai métier, un métier que j'aime, mais je l'ai fait avec le sens du devoir, en pensant à l'avenir de mon pays."
Concernant sa rémunération, objet de critiques, il a précisé : "Et non pas pour une rémunération fixée par l'ensemble de mes collègues lors d'un vote auquel je n'ai pas assisté. Je n'ai pas de difficulté à révéler le montant de ma rémunération pour un siège que j'occupe à plein temps."
Le président réélu a également évoqué la nouvelle configuration politique : "C'est un choix qui a été fait par nos anciens collègues que je respecte et qui, à mon sens, permettra d'élever nos débats et renforcer le caractère démocratique des décisions que nous prenons ici même, même si ça a mal commencé."
L'élection du vice-président et les avertissements
Jean-Louis Grinda a quant à lui été élu vice-président avec 21 voix favorables et 3 votes blancs, correspondant très probablement aux trois élus minoritaires. Ancien membre d'une minorité au Conseil national, Grinda a adressé un avertissement voilé à la nouvelle opposition : "Je crains que ce soir, par une déclaration qui n'était pas malheureuse mais qui n'était que perfide, vous preniez un mauvais chemin."
Il a toutefois conclu sur une note d'apaisement : "Ce qui nous rassemble est certainement beaucoup plus fort que ce qui nous divise. Malgré nos désaccords, nous travaillions les uns et les autres pour le bien commun."
Cette séance inaugurale de la session de printemps a donc établi les bases d'une législature qui s'annonce mouvementée, avec une majorité fragilisée par des dissensions internes et une opposition déterminée à marquer son empreinte dès les premiers jours.



