Blocus lycées : Mélenchon accuse Attal, qui dénonce son cynisme
Blocus lycées : Mélenchon-Attal, duel à distance

Jean-Luc Mélenchon accuse Gabriel Attal d'être « personnellement responsable » d'une partie de la révolte lycéenne, en raison de son rôle de rapporteur de la loi créant Parcoursup. L'ex-Premier ministre a répliqué en dénonçant « le cynisme » du candidat insoumis, alors que tous deux tiennent des meetings ce week-end pour séduire l'électorat jeune, sur fond de mobilisation qui a échappé au gouvernement.

Un duel à distance autour de la jeunesse

Gabriel Attal organise un « meeting régional » samedi après-midi à l'Amphithéâtre 3 000 de Lyon. Le lendemain, Jean-Luc Mélenchon, quadruple candidat insoumis à l'Élysée, investit le Zénith Auvergne à Clermont-Ferrand. « Initialement, ça devait être le match avec Attal. Vu l'actualité, ça va être moins le match », explique un proche du leader insoumis, qui compte plutôt « parler du mouvement actuel ».

Dans un entretien au groupe Ebra, Jean-Luc Mélenchon a déclaré tenir Gabriel Attal pour « personnellement responsable » d'une partie de la révolte, car il « a été le rapporteur de la loi créant Parcoursup », la plateforme d'orientation post-bac qui cristallise le mécontentement des lycéens. L'Insoumis veut faire de cette question « un marqueur de l'élection présidentielle ».

Attal réplique et mise sur la jeunesse

« Jean-Luc Mélenchon érige la démagogie en projet politique », a répliqué samedi l'ex-Premier ministre sur le réseau social X. « Votre cynisme est une insulte à l'avenir de notre jeunesse », a-t-il ajouté. Côté Renaissance, les plans ont été revus : Gabriel Attal, indique son entourage, « axera son discours sur la jeunesse et l'éducation », formulera « des propositions autour d'un nouveau pacte pour la jeunesse » et dénoncera son « instrumentalisation » par LFI ainsi que son « essentialisation » par le Rassemblement national.

Parti mi-septembre d'un lycée de Créteil, le mouvement lycéen s'est étendu à toute la France. Une source au sein de l'exécutif a rapporté vendredi une « nette décélération », mais une nouvelle journée d'action est prévue mardi. Les répercussions électorales de cet épisode sont scrutées alors que démarre la campagne présidentielle.

Un électorat jeune convoité

Selon un récent sondage Ipsos-BVA Cesi école d'ingénieurs pour le journal Le Monde, le Cevipof, la Fondation Jean Jaurès et l'Institut Montaigne, 41 à 43 % des électeurs de 18 à 24 ans certains d'aller voter se prononcent pour Jean-Luc Mélenchon et 20 à 22 % pour Marine Le Pen. Gabriel Attal recueille 11 %, lorsqu'il est testé comme candidat unique du bloc central, et Édouard Philippe 14 %.

Distancé dans ce sondage, Gabriel Attal, éphémère ministre de l'Éducation et lui-même jeune candidat de 37 ans, ne ménage pas ses efforts envers cette catégorie de l'électorat. « Il y a une dépolitisation de la jeunesse qui s'engage beaucoup moins sur des partis, beaucoup plus sur des causes et il est vrai que certaines causes revendiquées par la jeunesse s'illustrent davantage dans la radicalité des extrêmes », note son entourage, qui juge que « s'il y en a un qui se démarque par sa capacité à parler à la jeunesse dans le bloc central, notamment sur les réseaux sociaux, c'est bien Gabriel ».

Les autres candidats et le gouvernement face au mouvement

« Une mobilisation sociale des lycéens à sept mois de la présidentielle, on le voit comme quelque chose de positif », souligne de son côté le coordinateur de LFI, Manuel Bompard. « Nous portons l'ensemble de leurs revendications dans notre programme », précise-t-il. Avant d'annoncer des mesures, comme celle jeudi sur l'arrivée de 3 000 professeurs remplaçants dans les lycées, le gouvernement a d'abord insisté sur les débordements et accusé LFI d'instrumentaliser le mouvement.

Lors d'une prise de parole mercredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a défendu sa gestion du maintien de l'ordre, renvoyant les décisions à fin octobre. Il a en revanche annoncé des mesures pour la baisse du prix du gazole et la stabilité des prix de l'électricité. La jeunesse, « c'est un angle mort qui s'explique très facilement. C'est horrible à dire, mais ce sont les plus âgés qui votent, donc on fait les politiques publiques vis-à-vis de ces électeurs », considère Émilie Zapalski, experte en communication politique.

À l'extrême droite, le président du RN Jordan Bardella a axé son discours sur les débordements. « Tu casses, tu payes. Et si tu ne peux pas payer, ce sont tes parents qui paieront à ta place jusqu'au dernier centime », a-t-il dit sur LCI. Même tonalité chez le candidat des Républicains (LR) Bruno Retailleau, qui a déploré la suspension des grenades assourdissantes. Édouard Philippe a quant à lui évoqué jeudi des « revendications légitimes et importantes », sur Parcoursup et sur la santé mentale, après avoir brocardé des revendications autour des horaires des cours et des repas à la cantine.