Jordan Bardella porte plainte en diffamation après des accusations de Mediapart
Bardella porte plainte en diffamation contre Mediapart

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a annoncé ce lundi soir avoir déposé une plainte en diffamation contre Mediapart. Le journal d'investigation lui attribue des propos antisémites remontant à 2013, alors qu'il était un jeune adhérent du parti. Le dirigeant du RN dénonce des « faux grossiers » destinés à déstabiliser sa campagne présidentielle.

Une plainte en diffamation annoncée sur CNEWS

« J'ai évidemment missionné mon avocat qui a déposé une plainte en diffamation », a déclaré Jordan Bardella sur CNEWS, alors que Marine Le Pen entend le nommer à Matignon si elle accède à l'Élysée. « Tout sera fait […] pour déstabiliser la campagne » présidentielle du RN et m'« abattre politiquement », a-t-il ajouté, estimant que « soit Mediapart est à la tête de cette opération, soit Mediapart se fait lui-même manipuler par des gens qui y ont intérêt ».

Son avocat, David Dassa-Le Deist, interrogé sur LCI, a déclaré : « on ne peut pas exclure que des personnes qui ont été évincées de ce parti (le RN, ndlr) il y a quelques années soient animées d'une très forte volonté vengeresse ». Il a également évoqué la possibilité que Mediapart soit « victime d'une opération d'intoxication », allant jusqu'à parler de « barbouzerie ».

Des accusations qualifiées de « faux grossiers »

Un peu plus tôt, Jordan Bardella avait dénoncé « des faux grossiers ». Il a souligné : « Le fait que je n'étais pas militant actif au sein du Front national durant l'été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces sources ». Marine Le Pen a pour sa part dénoncé « une barbouzerie dont Mediapart a le secret ».

Le Rassemblement national mène une stratégie de « dédiabolisation » depuis que Marine Le Pen a repris en 2011 les rênes du parti à son père, Jean-Marie Le Pen, connu pour ses propos négationnistes qui lui ont valu d'être condamné à plusieurs reprises. Jordan Bardella avait été en mars 2025 le premier dirigeant de ce parti officiellement invité par le gouvernement israélien à venir en Israël pour une conférence contre l'antisémitisme.

Réactions politiques et institutionnelles

« C'est une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national », a dénoncé à l'AFP Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Ce parti « n'a jamais fait partie de l'arc républicain et n'en fera jamais partie », a commenté la Licra. La ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a estimé que « ces écrits, s'ils sont avérés, sont d'une immense gravité ». « Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l'oublier, la nature profonde de l'extrême droite ».

À gauche, plusieurs candidats à l'Élysée ont réagi. « Il doit démissionner de toutes ses fonctions », a estimé la patronne des Écologistes, Marine Tondelier. Des députés écologistes ont annoncé saisir la justice – via un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale – de faits susceptibles, s'ils sont avérés, de constituer une infraction à caractère antisémite. Le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, lui-même accusé d'ambiguïté sur la question antisémite, a condamné « formellement » ces déclarations qui « relèvent du complotisme et de l'antisémitisme le plus absurde si c'est bien (Jordan Bardella, ndlr) qui les a prononcées ».

Le parcours de Jordan Bardella et l'enquête de Mediapart

Jordan Bardella a pris sa carte au Front national (FN) en 2012, au lendemain d'un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Responsable de la fédération 93 du FN à 18 ans, il a ensuite connu une ascension fulgurante jusqu'à la tête du parti – devenu Rassemblement national.

L'enquête de Mediapart développe également une « fascination » pour Alain Soral, l'idéologue antisémite qui a rompu ses liens avec le FN en 2009. Quatre ans plus tard, Jordan Bardella aurait écrit au sujet de l'essayiste, déjà condamné pour diffamation raciale et incitation à la haine : « ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits ». Ces révélations interviennent alors que la campagne présidentielle du RN est en cours, et la plainte en diffamation déposée par Jordan Bardella vise à contester la véracité de ces écrits attribués.