Bardella face au déni : l'édito de Baptiste Bize sur les faits alternatifs
Bardella et le déni : l'édito de Baptiste Bize

Dans un éditorial publié le 4 octobre 2026, Baptiste Bize, directeur de la rédaction, revient sur les révélations de Mediapart concernant d'anciens écrits antisémites attribués à Jordan Bardella. Face aux preuves présentées, le président du Rassemblement national a choisi de s'enfermer dans le déni, une stratégie qui interroge sur l'état du débat public français.

Une stratégie de démenti face aux preuves

Jordan Bardella a opté pour l'attaque comme mode de défense. Il dénonce une « opération de barbouzerie » pour démentir catégoriquement les révélations sur des écrits antisémites qu'il aurait publiés sur Messenger en 2013. Cette position intervient alors que Mediapart a publié des éléments de preuves, selon l'éditorialiste.

Baptiste Bize rappelle que la rédaction de Mediapart, malgré son orientation militante connue, est reconnue pour la fiabilité et la rigueur de ses investigations. Ces enquêtes ont visé aussi bien des personnalités de droite que de gauche, comme le député LFI Sébastien Delogu, qui ne payait pas la pension alimentaire de ses deux enfants, ou l'ancien ministre PS Jérôme Cahuzac, qui jurait ne pas avoir de compte en Suisse.

Une occasion manquée de reconnaissance

Selon l'éditorialiste, Jordan Bardella aurait pu choisir une autre voie. Il aurait pu plaider des égarements de jeunesse, affirmer sa rupture avec l'idéologie d'Alain Soral et se présenter comme l'incarnation du processus de respectabilisation du RN. Les faits auraient pu soutenir ce discours, puisqu'il a effectivement marché contre l'antisémitisme après le 7-Octobre et s'est rendu en Israël pour apporter son soutien au peuple juif.

Au lieu de cela, il a préféré un démenti qui confine au déni depuis la publication des éléments de preuves de Mediapart. Il a choisi de jouer la carte de la réalité alternative, une tendance observée aux États-Unis avec dix ans d'avance sur la France.

Le concept de « faits alternatifs » et ses conséquences

Baptiste Bize établit un parallèle avec l'élection de Donald Trump il y a dix ans. Sa conseillère en communication avait théorisé le concept des « faits alternatifs » : si la réalité déplaît ou ne sert pas les intérêts, on en invente une autre et on charge ses militants de la partager pour faire écran.

Dans cette ère de la post-vérité, les fans de Jordan Bardella applaudissent aveuglément sur les réseaux sociaux et bloquent leurs contradicteurs. Cette dérive est jugée inquiétante pour la qualité du débat public et la salubrité de la vie démocratique, alors que s'ouvre la campagne présidentielle.

L'éditorial conclut sur une note d'avertissement : on peut débattre de tout, à condition de s'accorder d'abord sur les faits.