Le gouvernement britannique prêt à dévoiler des documents sensibles
Le gouvernement britannique s'est déclaré prêt, mardi devant le Parlement, à publier des documents concernant la nomination controversée du prince Andrew Mountbatten-Windsor au poste d'envoyé spécial au Commerce international en 2001. Cette annonce intervient quelques heures seulement après l'arrestation de l'ancien ambassadeur Peter Mandelson, également mis en cause dans l'affaire Epstein qui continue d'ébranler les sphères du pouvoir.
Deux arrestations en quatre jours
À quatre jours d'intervalle, ces deux figures britanniques ont été arrêtées et placées en garde à vue par la police. Elles sont soupçonnées d'avoir transmis des informations économiques sensibles au financier et criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, dont le réseau d'influence s'étendait jusqu'aux plus hautes sphères de l'establishment britannique.
Le gouvernement a apporté son soutien à une motion déposée par le parti centriste libéral-démocrate, réclamant la publication complète des documents relatifs à la nomination du prince Andrew comme représentant spécial du Royaume-Uni pour le Commerce international. Ce poste prestigieux, qu'il a occupé pendant une décennie entre 2001 et 2011, fait désormais l'objet d'un examen minutieux.
Un soutien gouvernemental significatif
Le texte a été adopté sans vote à la Chambre des Communes, grâce au soutien explicite de l'exécutif. Chris Bryant, secrétaire d'État au Commerce, a déclaré devant les députés : « C'est bien le minimum que nous devons aux victimes de ces atrocités, commises par Epstein et d'autres. » Il a toutefois ajouté une mise en garde importante, précisant que le gouvernement devrait collaborer étroitement avec la police pour éviter de compromettre l'enquête en cours.
Dans un discours particulièrement virulent, M. Bryant a décrit le frère cadet du roi Charles III comme un « homme grossier, arrogant, imbu de ses privilèges et incapable de distinguer l'intérêt public de son propre intérêt privé ». Une attaque frontale contre un membre de la famille royale qui aurait été impensable au Parlement britannique il y a encore quelques années.
Un scandale aux ramifications profondes
Ed Davey, chef de file des libéraux-démocrates, a fustigé ce qu'il qualifie de « scandale profondément britannique qui atteint les plus hautes sphères de l'establishment ». Il a affirmé vouloir « faire éclater la vérité sur le rôle » du prince Andrew dans cette affaire aux répercussions mondiales. Dans un communiqué antérieur, il avait appelé à « mettre fin à l'ère de l'impunité » qui semble avoir entouré certaines nominations.
Des engagements antérieurs du gouvernement
Le gouvernement s'était déjà engagé début février, après l'adoption d'une motion déposée par les conservateurs, à publier des documents concernant la nomination de Peter Mandelson au poste d'ambassadeur à Washington fin 2024. Bridget Phillipson, ministre de l'Éducation, a confirmé mardi sur la chaîne Sky News qu'une première tranche de ces documents serait publiée début mars.
Elle a toutefois ajouté une réserve importante, soulignant qu'il fallait s'assurer que rien « ne puisse compromettre l'enquête » en cours. Une partie des documents, potentiellement sensibles pour la sécurité nationale, seront préalablement examinés et filtrés par une commission parlementaire spécialisée.
La situation de Peter Mandelson
Peter Mandelson, ancien ministre et commissaire européen, a été laissé en liberté sous caution dans la nuit de lundi à mardi, après plusieurs heures passées en garde à vue dans un commissariat londonien. Il est soupçonné de manquements graves à ses devoirs dans l'exercice de ses fonctions publiques lorsqu'il était ministre au sein du gouvernement de Gordon Brown entre 2008 et 2010.
Comme pour le prince Andrew, les liens de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein étaient connus depuis plusieurs années. Cependant, ces deux arrestations font suite à de nouvelles révélations issues d'une salve de documents des dossiers Epstein publiés fin janvier par le département de la justice américain.
Des connexions troublantes
Même si les deux enquêtes sont formellement distinctes, le journal The Telegraph a exhumé des propos tenus devant le Parlement en 2001 par Peter Mandelson, dans lesquels il jugeait l'ancien duc d'York « tout à fait qualifié » pour le rôle d'envoyé spécial au Commerce. Andrew Lownie, ancien journaliste à la BBC et biographe du prince déchu, a déclaré à l'Agence France-Presse que Peter Mandelson et Tony Blair, alors premier ministre, avaient « imposé la nomination » d'Andrew Mountbatten-Windsor.
Pression sur Keir Starmer
Les révélations concernant les liens de Peter Mandelson, ancienne figure emblématique du Parti travailliste, avec le pédocriminel américain ont mis sous pression le premier ministre Keir Starmer. Il est accusé d'avoir nommé l'ancien ministre alors même qu'il savait que ce dernier était resté proche de Jeffrey Epstein après la condamnation de ce dernier pour crimes sexuels.
Keir Starmer, qui avait rappelé Peter Mandelson des États-Unis en septembre 2025 suite à de nouvelles informations le liant à Jeffrey Epstein, a depuis présenté ses excuses publiques, notamment aux victimes. Son chef de cabinet ainsi que son directeur de la communication ont démissionné dans la foulée de ces révélations embarrassantes.
Cette affaire continue de dévoiler les connexions troubles entre certaines personnalités politiques britanniques et le réseau criminel de Jeffrey Epstein, posant des questions fondamentales sur les processus de nomination et la transparence dans les plus hautes sphères du pouvoir.



