Une lettre ouverte qui tombe comme un couperet
"C'est fou, cette capacité d'aveuglement !" Ces mots cinglants ouvrent la lettre que Christine Clerc adresse à Jack Lang, ancien ministre de la Culture. Cette missive intervient alors que l'ombre de l'affaire Epstein plane désormais directement sur l'homme politique, dont le nom apparaît pas moins de six cents fois dans les volumineux documents judiciaires américains récemment dévoilés.
Un livre sur Mitterrand reporté dans la tourmente
Le timing est particulièrement cruel pour Jack Lang. Son ouvrage "Ma vie avec Mitterrand", qui devait paraître ces jours-ci chez Gallimard, a été reporté par son éditeur. Dans ce livre, l'ancien ministre comptait retracer son parcours aux côtés de l'ancien président socialiste, évoquant les grands travaux qui ont transformé Paris : de la porte Maillot à la Bibliothèque François-Mitterrand en passant par la pyramide du Louvre et l'Opéra Bastille.
L'ouvrage promettait également de révéler un Mitterrand amateur d'architecture contemporaine, dont l'ambition fut davantage de redessiner une grande capitale marquée d'Est en Ouest par sa signature que d'augmenter le niveau de vie des classes populaires. Mais ces révélations attendues sont désormais éclipsées par des révélations bien plus sombres.
Les liens troubles avec Jeffrey Epstein
La révélation la plus accablante concerne les multiples connexions entre Jack Lang et le milliardaire condamné pour pédocriminalité. Les documents judiciaires américains montrent que la fille de Lang, Caroline, assurait les relations écrites avec Epstein, son père n'ayant jamais daigné apprendre à se servir d'un ordinateur.
Plus grave encore, Caroline Lang a participé à la création d'un fonds de plusieurs millions de dollars destiné, sur suggestion d'Epstein lui-même, à permettre à son père d'acheter des œuvres d'art contemporain avant de les revendre en partageant les profits avec le milliardaire. "No risk !", aurait-elle déclaré selon les documents.
L'aveuglement dénoncé
Christine Clerc pointe du doigt ce qu'elle qualifie d'"aveuglement volontaire". Comme son père, Caroline Lang se serait hâtée d'oublier la condamnation pour pédocriminalité d'Epstein, relatée un an plus tôt par Paris Match. "Elle l'ignorait tout simplement", ironise la journaliste dans sa lettre ouverte.
Mais cet aveuglement ne concerne pas que les affaires Epstein. D'autres révélations embarrassantes émergent : des patrons de restaurants fréquentés pendant des années par Jack Lang avec ses assistants et amis sortent du silence, affirmant n'avoir jamais osé réclamer le paiement de leurs notes, ou l'avoir fait en vain.
Un héritage politique entaché
Le contraste est saisissant entre l'image du bâtisseur culturel et les révélations actuelles. Jack Lang, qui avait sauvé des milliers de libraires et d'éditeurs grâce au prix unique du livre, se retrouve aujourd'hui au cœur d'un scandale international.
Ironie du sort, l'ancien ministre est bizarrement absent du livre récent "François Mitterrand, conversations intimes" (2026, Perrin) de Jean Glavany, président de l'Institut François-Mitterrand, alors que ce dernier cite pourtant plus de deux cents proches de l'ancien président socialiste.
La question que pose Christine Clerc en conclusion de sa lettre résonne comme un avertissement : "Quel nouveau Lang allez-vous pouvoir inventer ?" La réponse semble désormais entre les mains de la justice américaine et de l'opinion publique, bien moins indulgentes que certains restaurateurs parisiens.



