L'étude révèle 287 propositions d'interdiction en 2025 : la frénésie législative inquiète
287 propositions d'interdiction en 2025 : la dérive législative

La course aux interdictions : une étude révèle 287 propositions en 2025

« La course à l'interdiction » : c'est le titre évocateur d'une étude inédite du think tank libéral Génération libre, qui sera publiée mardi 3 mars et consultée en exclusivité par Le Point. Cette enquête met en lumière une dérive dont on soupçonnait l'existence sans pouvoir la mesurer précisément : en 2025, pas moins de 287 initiatives parlementaires ont proposé de nouvelles interdictions. Pour la première fois, « l'indice de prohibitivité » est calculé avec une méthodologie d'open data sur une année complète, offrant une vision claire de cette tendance législative.

Les champions des interdictions : écologistes et insoumis

Les Écologistes et La France insoumise se distinguent comme les principaux promoteurs de normes prohibitives. À eux seuls, ils portent plus de la moitié des interdictions suggérées au Palais-Bourbon et au Sénat. Chez les Verts, le chiffre est particulièrement frappant : une initiative sur trois (33 %) vise explicitement à bannir, supprimer ou proscrire. La droite et le centre ne sont pas en reste, avec Les Républicains et le Rassemblement national ayant chacun déposé 15 propositions d'interdiction à l'Assemblée, tandis que le MoDem en compte 10.

Sacha Benhamou, directeur des relations publiques de Génération Libre et auteur de l'étude, s'interroge : « Est-ce qu'on est dans un état d'anomie sociale tel qu'on aurait eu besoin cette année de 287 interdictions supplémentaires ? » Pour ce libéral assumé, la réponse est évidemment négative. Cette observation soulève une question fondamentale : pourquoi cette frénésie législative ?

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L'infantilisation des citoyens et les champions des interdictions

Certains députés se révèlent être de véritables machines à interdictions. L'écologiste Nicolas Thierry arrive en tête avec 43 dispositions d'interdiction en 2025, principalement des amendements relatifs aux interdictions des PFAS, ces polluants éternels. Il est suivi par Marie-Charlotte Garin (36) et Jean-Claude Raux (29), tous deux également écologistes. Ces initiatives sont majoritairement justifiées par la préservation de la santé publique (151 initiatives, soit plus de la moitié du total), suivies par les pratiques commerciales (59), l'environnement (33), les libertés publiques et mœurs (24), la protection animale (16) et les risques technologiques (4).

Sacha Benhamou analyse cette tendance comme une manifestation de l'infantilisation des citoyens : « Cela démontre une envie de protéger les gens contre eux-mêmes, de considérer le citoyen ou le consommateur comme un enfant. » Le Parlement français, en s'immisçant dans les détails de la vie quotidienne, valide ainsi la crainte exprimée par Tocqueville dans La Démocratie en Amérique (1835) : celle d'un État qui, sous prétexte de bienveillance, confisque l'initiative individuelle.

Des interdictions surprenantes : des dessins animés aux poulpes

Pour illustrer cette dérive vers ce qu'il appelle l'« État nounou », Sacha Benhamou a sélectionné des exemples révélateurs de cette maniaquerie normative. En décembre dernier, une proposition de loi « pour une génération sans sucre » a été déposée, prévoyant notamment d'interdire les personnages de dessins animés sur les emballages de produits alimentaires transformés. D'autres initiatives proposent d'interdire :

  • La « neige artificielle décorative »
  • La publicité par avion ou par drone en montagne
  • Les combats de vaches d'Hérens
  • L'élevage de poulpes en France
  • Les remises promotionnelles sur les audioprothèses

Chaque mesure, prise isolément, peut sembler défendable, mais leur accumulation dessine une passion nationale pour la micropolice du réel. Tocqueville avait déjà décrit ces excès tatillons et liberticides, déplorant que ce « réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes […] ne brise pas les volontés, mais les amollit, les plie et les dirige ».

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L'oubli du principe de subsidiarité et la question de la liberté

Pour l'auteur de l'étude, cette frénésie prohibitive révèle un problème plus profond : l'oubli du principe de subsidiarité. « L'interdiction devrait être un outil subsidiaire. C'est encore un mot que les parlementaires connaissent mal », regrette-t-il. Dans une démocratie libérale, l'interdiction ne devrait être qu'un dernier recours, utilisé uniquement lorsque la protection de l'ordre public, des droits fondamentaux ou la sécurité collective l'exige.

L'étude de Génération libre pose une question fondamentale : jusqu'où sommes-nous prêts à laisser le législateur réguler nos vies ? Cette silencieuse apathie semble donner envie à beaucoup de se poser la question étudiée par Georges Bernanos : « Mais finalement, la liberté pour quoi faire ? » L'auteur de La France contre les robots rappelait, comme une prière aux futures générations, que la pire menace pour la liberté n'est pas qu'on se la laisse prendre, mais qu'on désapprenne à l'aimer ou qu'on ne la comprenne plus.