Une nuit de célébration pour la gauche marseillaise
Des détonations retentissent dans l'air humide du Vieux-Port de Marseille, tandis qu'une gerbe de couleurs vives illumine le ciel nocturne. Devant la brasserie Fioupelan, où les militants du Printemps Marseillais se sont rassemblés, la victoire de Benoît Payan est fêtée avec des feux d'artifice spectaculaires et des fumigènes colorés, sous les acclamations enthousiastes d'une centaine de ses proches et de militants dévoués. Selon les résultats des bureaux de vote dépouillés peu après minuit, le maire sortant a obtenu une majorité confortable de 55% des suffrages, devançant nettement le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio, qui a recueilli 39,3% des voix, et la candidate de l'union de la droite et du centre, Martine Vassal, avec seulement 5,3%.
Un discours empreint d'émotion et de symbolique
« Comme les couleurs de notre maillot, ce soir notre sang est blanc et bleu », déclare l'édile de 48 ans, debout sur un plot, alors que la pluie recommence à tomber doucement sur l'assemblée. Mais contrairement à l'OM, le Printemps Marseillais s'est imposé ce dimanche décisif, à l'occasion du deuxième tour des élections municipales, offrant une victoire nette et personnelle à l'ancien socialiste. Cette performance marque un tournant significatif dans le paysage politique local.
Des militants soulagés et optimistes
« Quel bonheur, je suis tout ému », confie Vincent, 71 ans, militant de la première heure. Toute la journée, ce résident de Belsunce redoutait une progression inquiétante du score du RN dans la ville portuaire, ouverte sur la Méditerranée. « On est très apaisés », renchérit une jeune femme anonyme, venue célébrer la victoire de la gauche avec plusieurs amies. « Vive Payan, vive le Printemps Marseillais : ce soir c'est la fête », se réjouit Walid, 20 ans, animateur à la mairie, illustrant la joie contagieuse qui règne parmi les supporters.
Thierry, « très heureux », savoure lui aussi sa première gorgée de bière de la soirée. « Payan a fait un pari gagnant sans LFI : le côté centriste de la droite s'est reporté sur nous », analyse le militant avec perspicacité. Au lendemain du premier tour, Benoît Payan avait choisi de partir seul, déposant sa liste en préfecture sans accepter un accord avec La France Insoumise. Le candidat Sébastien Delogu, pourtant qualifié avec 11,9% des voix, s'était finalement retiré. Cette stratégie a séduit Evelyne, une militante déterminée. « Il a tenu et c'était la clé de sa victoire », explique-t-elle, motivée par l'objectif de « faire un barrage net » au Rassemblement national.
Une ombre derrière la victoire
Un attroupement se forme sous la pergola de la brasserie : Amine Kessaci, militant écologiste engagé contre le narcotrafic et numéro trois de la liste du maire sortant, arrive entouré d'une protection policière renforcée. « Marseille a su se tenir debout », se félicite-t-il avec fierté. Et d'ajouter, tourné vers l'avenir : « Dès demain, on sera au travail ». Cependant, derrière cette victoire éclatante, une ombre plane pour ces militants : le score historique du RN, qui sera largement représenté dans le conseil municipal, marquant une transformation profonde du paysage politique local. « La droite classique à Marseille n'existe plus », commente Thierry avec réalisme.
Un discours inaugural plein de gravité
Plus tôt dans la soirée, Benoît Payan s'était exprimé une première fois dans son quartier général de campagne, situé sur la célèbre Canebière. « Je mesure l'ampleur de la tâche, je mesure l'honneur qui m'est fait ce soir et je mesure la responsabilité qui, dans la situation actuelle du pays, est la mienne », avait-il salué solennellement, remerciant chaleureusement les Marseillais et les Marseillaises pour leur confiance renouvelée. « Ce soir, ce n'est pas une petite victoire », avait-il souligné avec force, louant sa propre « constance » tout au long de la campagne. Avant d'ajouter, visiblement ému : « Marseille, cette ville que d'aucuns croyaient perdue, a montré son plus beau visage ce soir ».
Cette élection municipale de 2026 à Marseille restera dans les mémoires comme un moment clé, où la gauche a su se rassembler pour contrer la montée du RN, tout en faisant face à un paysage politique local en pleine mutation. Les défis à venir pour Benoît Payan et son équipe seront nombreux, mais cette nuit de célébration offre un répit bien mérité après une campagne intense et polarisée.



