Saint-Étienne bascule à gauche après un scandale judiciaire qui a ébranlé la droite
Une affaire judiciaire retentissante a définitivement bouleversé le paysage politique traditionnel de Saint-Étienne. L'ancien député socialiste, Régis Juanico, qui avait refusé toute alliance avec La France Insoumise, a remporté, hier, les élections municipales avec un score solide de 44,13% des suffrages, selon les résultats définitifs. Cette victoire marque un tournant majeur dans cette ville de 175 000 habitants, historiquement ancrée à droite ou au centre.
L'héritage toxique de l'affaire Perdriau
Depuis 2014, Saint-Étienne était dirigée par Gaël Perdriau, ancien membre des Républicains. Cependant, ce dernier a dû démissionner en décembre après avoir été condamné à quatre ans de prison ferme et à une peine d'inéligibilité pour chantage à la sextape. Cet héritage judiciaire s'est avéré trop lourd à porter pour ses deux successeurs désignés, Siham Labich, adjointe à la politique de la Ville, et Marc Chassaubéné, premier adjoint. Aucun des deux n'a réussi à se qualifier pour le second tour, laissant la droite locale profondément affaiblie et divisée.
Une large coalition de gauche l'emporte
À la tête d'une large coalition de gauche, Régis Juanico a nettement devancé ses principaux adversaires. Le candidat du Rassemblement national, Corentin Jousserand, a recueilli 26,68% des suffrages, devenant ainsi la première force d'opposition. L'ancien député LR, Dino Cinieri, a obtenu 18,75%, tandis que la candidate LFI, Valentine Mercier, a récolté 10,44%. Cette configuration inédite illustre le profond reconfiguration du paysage politique stéphanois.
« La victoire des valeurs populaires »
Le candidat de gauche fraîchement élu a salué, hier, « la victoire des valeurs populaires ». Il a déclaré : « Des valeurs qui font que nous sommes fiers de notre passé minier et ouvrier et que nous sommes très conscients des atouts que nous avons pour relever cette ville avec un nombre d'emplois industriels très fort ». Régis Juanico a également promis de s'employer, dès les premiers jours, à redonner vie au centre-ville, un enjeu crucial pour la revitalisation de l'agglomération.
L'inquiétude face à la montée du RN
Malgré sa victoire, Régis Juanico s'est dit inquiet du fait « que le RN devienne la première force d'opposition » dans sa ville. Il a analysé : « On voit bien que l'effondrement aujourd'hui de la majorité au pouvoir ces deux derniers mandats est aussi la résultante de ce qui s'est passé avec des années de scandale politique et judiciaire, avec l'affaire Perdriau qui a entraîné la droite républicaine dans son sillage ». Cette remarque souligne les défis à venir pour la nouvelle majorité, qui devra faire face à une opposition renforcée de l'extrême droite tout en pansant les plaies laissées par les scandales précédents.
Les élections municipales de 2026 à Saint-Étienne s'annoncent déjà comme un test crucial pour la pérennité de cette nouvelle majorité de gauche et pour la capacité de la droite locale à se reconstruire après une décennie tumultueuse.



