Saint-Loubès : le retournement électoral de 2026
L'éleveur de vaches limousines Antoine de Tournemire s'est lancé tardivement dans la campagne municipale, mais sa candidature a su profiter de l'aigreur persistante cultivée entre les deux gauches, écologiste et socialiste, depuis l'alternance de 2020. Cette année-là, le bastion socialiste historique, longtemps incarné par Serge Roux puis Pierre Durand, s'était effondré face à une équipe d'alternative écologiste qui lui avait ravi la mairie de Saint-Loubès.
Un contexte local profondément transformé
En 2020, la triangulaire aux deux tours avait déjà vu émerger Cédrick Chalard, représentant une droite rurale classique encore minoritaire à l'époque. Mais en 2026, la situation a radicalement changé. Les sortants emmenés par Sébastien Roux ont bougé de nombreuses lignes politiques, notamment sur les questions de logement et le projet controversé de l'école Modery, créant un bilan municipal fortement contesté.
Chez les socialistes battus en 2020, François Spagnol s'était préparé dès le début du mandat à reconquérir la mairie. Pourtant, malgré des valeurs potentielles communes entre écologistes et socialistes, la réconciliation s'est éloignée au fil des années et des conseils municipaux tendus. « Il y avait des Loubésiens qui n'étaient pas écoutés », constate Antoine de Tournemire, qui a pris acte de cette fracture pour se lancer dans une candidature positionnée à droite des deux premières listes.
Le programme libéral qui a séduit les électeurs
Le candidat de Tournemire a prôné un libéralisme économique, l'entrepreneuriat et le bon sens, proposant notamment de privatiser partiellement la Coupole et d'arrêter le projet de l'école à Modery alors même que le chantier avait déjà démarré. Sa campagne a trouvé un écho inattendu auprès des électeurs, le propulsant en tête dès le premier tour avec 37,04% des voix.
La liste de François Spagnol, arrivée deuxième avec 33,74%, a ensuite explosé en vol, perdant près de 10 points en une seule semaine. Le public assistant à la proclamation des résultats ce dimanche soir a pu constater l'ampleur du revirement électoral.
Une victoire plus que confortable
Le dimanche 22 mars, les chiffres ont parlé d'eux-mêmes : 400 voix en moins pour Spagnol, 400 voix en plus pour de Tournemire. Les électeurs quittant la liste hétéroclite PS/MoDem/LR ont semblé refuser jusqu'au bout l'équipe sortante et préférer le nouveau candidat, lui assurant une victoire finale de 46,01%.
Sébastien Roux, qui remplaçait dans la continuité la maire Emmanuelle Favre, ne progressait que de 70 voix et voyait sa défaite se dessiner dès les premières minutes du dépouillement. La tête de liste de l'équipe sortante siégera désormais dans l'opposition avec seulement 4 colistiers.
Les leçons d'une défaite cuisante pour la gauche
Entre un Parti Socialiste vexé d'avoir été bousculé par une équipe plus moderne en 2020, et une équipe en place jugée pas assez « politique » pour anticiper le cap électoral du deuxième mandat, la gauche loubésienne aux deux cultures irréconciliables a subi une défaite à la fois cuisante et édifiante.
Les socialistes, jadis tout-puissants sur la rive droite de la Gironde, peuvent désormais se poser de sérieuses questions sur leurs stratégies locales, d'autant que cette défaite s'ajoute à celle de Patrick Labesse (gauche écologiste) à Carbon-Blanc et surtout à celle de Nordine Guendez (PS) à Ambarès. La droite rurale, incarnée par Antoine de Tournemire, a su capitaliser sur les divisions de ses adversaires pour s'imposer durablement dans le paysage politique local.



