Le Rassemblement national domine les sondages à un an de la présidentielle
Comme un air de déjà-vu se profile dans le paysage politique français. À exactement un an de l'élection présidentielle, le Rassemblement national culmine dans les intentions de vote et écrase littéralement la concurrence selon les dernières études d'opinion. Cette avance spectaculaire, favorisée par les divisions entre prétendants à gauche comme à droite, interroge cependant sur sa solidité réelle face à un électorat encore largement indécis.
Des chiffres historiques mais trompeurs
Dès le lendemain du second tour des élections municipales, trois instituts de sondage ont publié leurs études avec un constat unanime : le Rassemblement national fait la course en tête, et de très loin. Le président du parti Jordan Bardella recueille entre 34% et 38% des intentions de vote selon les scénarios testés, se positionnant comme le favori incontestable. Marine Le Pen, testée par un seul institut en raison de sa potentielle inéligibilité, se situe légèrement en dessous avec 31% à 34%, mais reste largement devant tous ses concurrents.
Ces chiffres atteignent des niveaux historiques. Depuis un demi-siècle, seuls Nicolas Sarkozy en 2007 (31,2%) et François Mitterrand en 1988 (34,1%) s'étaient hissés à de telles hauteurs dans les sondages à un an du scrutin. Pourtant, cette position dominante précoce ne constitue en rien une garantie de succès final, comme le démontre l'histoire électorale récente.
L'historique révélateur de la surestimation systématique
Marine Le Pen, candidate aux trois derniers scrutins présidentiels, en a fait l'amère expérience. En mars-avril 2011, pour sa première tentative, elle était jaugée entre 20% et 24% dans les sondages, qualifiée dans presque toutes les configurations. Elle termina finalement troisième avec seulement 17,8% des suffrages.
Le scénario se répète cinq ans plus tard : testée entre 26% et 32% au printemps 2016, elle atteint certes le second tour mais avec 21,3% des voix au premier tour, bien en deçà des pronostics. Même constat en 2021 : entre 25% et 28% d'intentions de vote en mars-avril pour un résultat final de 23,1%, après avoir frôlé l'élimination à cause de la concurrence d'Éric Zemmour.
À force de répétition, se dégage l'impression nette que le Rassemblement national est systématiquement surestimé avant le début véritable de la campagne présidentielle. Cette distorsion s'explique en partie par la méthodologie des sondages qui s'appuient sur un électorat encore très indécis.
L'électorat indécis : variable déterminante
Les études récentes révèlent que moins de 70% des personnes interrogées « ont exprimé une intention de vote » ou sont « tout à fait décidées à aller voter ». Or, l'abstention dépasse rarement un quart des inscrits, à l'exception notable du dernier scrutin présidentiel. Des millions d'électeurs vont donc affiner leur choix au cours des prochains mois, probablement au profit d'autres candidats.
Jean-Yves Dormagen, patron de l'institut Cluster 17, considère cette hypothèse comme « plausible » et souligne qu'une « volatilité » importante reste possible vers d'autres prétendants du même bord politique, de Bruno Retailleau à Éric Zemmour en passant par Nicolas Dupont-Aignan.
Un socle électoral néanmoins solide
Néanmoins, les partisans de Marine Le Pen et Jordan Bardella figurent parmi « les plus stabilisés » du corps électoral selon les analyses des sondeurs. Leur « noyau dur » est évalué à « un gros 20% », constituant « une base assez solide et nettement plus élevée que les autres formations politiques ». Cette assise électorale robuste assure pratiquement à l'un ou l'autre des leaders du RN un ticket pour le second tour de l'élection présidentielle.
Dès que le Rassemblement national aura choisi son champion définitif, en fonction du verdict en appel de Marine Le Pen prévu le 7 juillet, l'un de ses principaux défis consistera à faire face à de probables pronostics moins flatteurs, susceptibles d'entraver sa dynamique victorieuse apparente.
La communication rodée du parti
Les éléments de langage sont cependant parfaitement maîtrisés par la direction du mouvement. « Nous accueillons ces sondages favorables avec beaucoup d'humilité et de gravité », déclarait déjà Jordan Bardella début mars, en pleine campagne municipale. « Ils sont une photographie à l'instant T », ajoutait-il, tout en y voyant la preuve que « nous pouvons gagner cette élection présidentielle ».
Difficile pourtant de résister à la tentation de la communication triomphaliste. Sur ses réseaux sociaux, le parti se targue systématiquement d'être « largement en tête des intentions de vote au premier tour », voire « donné gagnant au second tour ». Récemment, il met même en avant sa prédominance supposée dans certaines catégories spécifiques de la population, comme les femmes et les actifs.
Cette stratégie de communication agressive soulève cependant une question cruciale : le Rassemblement national ne risque-t-il pas de se positionner trop haut, trop tôt, reproduisant ainsi les schémas des scrutins précédents où l'écart entre les sondages et les résultats finaux s'est révélé significatif ?
La réponse se jouera dans les mois à venir, au gré des déclarations des candidats, des débats politiques et surtout de la maturation progressive du choix des électeurs encore indécis qui détiennent, in fine, les clés de l'issue du scrutin présidentiel.



