Paris 2026 : une bataille municipale à cinq candidats dans une incertitude totale
Paris 2026 : une bataille municipale à cinq candidats incertaine

Paris 2026 : une bataille municipale à cinq candidats dans une incertitude totale

À quelques semaines des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, la campagne parisienne s'annonce comme l'une des plus imprévisibles de l'histoire récente. Un cacique du Parti socialiste parisien résume la situation : « Habituellement, à un mois du scrutin, on sait qui va gagner. Cette fois, l'incertitude est totale. » Les derniers sondages confirment cette analyse, avec pas moins de cinq candidats susceptibles de se qualifier pour le second tour.

Un paysage politique fragmenté

Selon les estimations, le socialiste Emmanuel Grégoire, tête de liste de la « gauche unie » hors LFI, domine avec 32 % des intentions de vote. Il est suivi de près par Rachida Dati (LR MoDem UDI), créditée de 26 à 28 %. Pierre-Yves Bournazel (Horizons-Renaissance) se maintient à 14 %, tandis que Sophia Chikirou (LFI) oscille entre 11 et 12 %. La surprise vient de Sarah Knafo (Reconquête), passée de 7 à 10 % en quelques semaines. Le représentant du RN, Thierry Mariani, stagne quant à lui à 5 %.

Rachida Dati : entre ambition et controverses

Rachida Dati mène une campagne offensive, martelant : « Cette victoire, nous l'aurons, c'est le projet d'une vie ! » Lors d'un meeting le 10 février, elle a présenté son programme devant 200 militants et une cinquantaine de journalistes, adoptant une approche inspirée du maire de New York Zohran Mamdani, dialoguant avec des Parisiens sur leur quotidien.

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Son portrait de Paris est accablant : agressions sexuelles, problèmes de crack et prostitution à la porte de la Chapelle, difficultés d'accessibilité pour les personnes handicapées. Ses adversaires dénoncent des « outrances trumpistes », tandis que ses soutiens vantent son « réalisme » et sa priorité à la « propreté et à la sécurité ».

Mais la magistrate fait face à de sérieux obstacles. Accusée de corruption et de trafic d'influence, elle doit comparaître en septembre devant le tribunal judiciaire de Paris. Emmanuel Grégoire a ironisé : « Comment prétendre être maire de Paris quand on doit rendre des comptes au tribunal judiciaire de cette même ville pour des faits de corruption ? »

La percée de Sarah Knafo et la concurrence de Bournazel

La zemmouriste Sarah Knafo, 32 ans, représente une menace sérieuse pour Rachida Dati, lui prenant des voix à la droite de la droite dans les quartiers bourgeois. Active sur les réseaux sociaux, elle progresse régulièrement dans les sondages.

Sur son centre, Rachida Dati est contestée par Pierre-Yves Bournazel, 48 ans, qui refuse toute alliance avec elle. Soutenu par Édouard Philippe et Gabriel Attal, il se présente comme plus consensuel et moins clivant. « Le vote utile, c'est celui qui permettra de gagner au second tour ! » répète-t-il, estimant pouvoir mieux rassembler face à la gauche que sa concurrente.

Les divisions du camp macroniste

À Paris, le camp macroniste est profondément divisé. Gabriel Attal se démène pour Pierre-Yves Bournazel, tandis que des figures comme le député Sylvain Maillard ou la ministre Aurore Bergé ont choisi Rachida Dati, notoirement proche d'Emmanuel Macron et de son épouse. Cette fracture s'étend jusqu'au sommet du pouvoir, illustrant les tensions au sein de la majorité présidentielle.

Emmanuel Grégoire : entre continuité et rupture

Emmanuel Grégoire, 48 ans, conduit une liste unie dès le premier tour entre PS, écologistes et communistes - une première dans la capitale. Il domine les sondages à 32 %, mais reste en deçà du cumul des voix d'Anne Hidalgo et David Belliard en 2020 (40 %).

Le député socialiste s'inscrit dans la continuité de la politique d'Anne Hidalgo sur la végétalisation, les déplacements doux et le logement social, mais promet une « rupture de méthode » et plaide pour « la réconciliation ». Ses relations avec la maire sortante sont tendues : « Elle a tout fait pour torpiller ma candidature », lui reproche-t-il.

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Le spectre de la gauche radicale

Le grand danger pour Emmanuel Grégoire vient de sa gauche, avec la possible qualification de l'Insoumise Sophia Chikirou au second tour. La guerre entre PS et LFI est déclarée depuis des années à Paris. Sophia Chikirou a affirmé dans Le Parisien : « Il ne faut pas qu'un socialiste soit maire de Paris. » Contrairement à Sarah Knafo qui assure qu'elle ne « fera pas perdre » la droite, l'Insoumise adopte une posture beaucoup plus offensive envers le Parti socialiste.

Le retour de Bertrand Delanoë

Fait marquant de cette campagne, l'ancien maire Bertrand Delanoë est devenu une référence souvent citée, à gauche comme à droite. Gabriel Attal assure : « Le bilan Hidalgo c'est non. L'héritage Delanoë, c'est un grand oui. » Très discret depuis dix ans, Delanoë est sorti de sa réserve en apportant son soutien à Emmanuel Grégoire, l'accompagnant même sur un marché.

Alors que les Parisiens se préparent à voter, cette élection municipale s'annonce comme l'une des plus indécises et fragmentées de l'histoire récente de la capitale, avec des enjeux qui dépassent largement le cadre local pour refléter les fractures nationales du paysage politique français.