Hongrie : la campagne désespérée de Viktor Orban face à une opposition solide
Ne vous y trompez pas. Malgré une campagne électorale extravagante et tapageuse, marquée par des soutiens de dirigeants de mouvements d'extrême droite venant de France jusqu'aux États-Unis, Viktor Orban n'est absolument pas en passe de remporter son pari de devenir Premier ministre de la Hongrie pour un cinquième mandat consécutif. Selon les derniers chiffres des instituts de sondage, le parti d'opposition Tisza, dirigé par Péter Magyar, l'adversaire principal d'Orban, conserve une confortable avance de 6 à 20 points sur le Fidesz actuellement au pouvoir.
Une stratégie électorale révélatrice d'un certain désespoir
La nature outrancière et excessive de la campagne du Fidesz, dirigée principalement contre l'Ukraine ainsi que contre les cibles habituelles d'Orban – Bruxelles et George Soros – dénote un certain désespoir palpable. L'actuel chef du gouvernement hongrois semble désireux de parler de n'importe quel sujet, de détourner l'attention sur des ennemis extérieurs, plutôt que d'aborder son propre bilan après seize longues années au pouvoir. Cette fuite en avant stratégique ne passe pas inaperçue auprès des électeurs hongrois, de plus en plus critiques.
Un bilan économique et social sévèrement écorné
Sous son mandat prolongé, la Hongrie est passée du statut enviable de chouchou des experts de l'Europe de l'Est à celui de ce qui pourrait bien être l'État membre le plus corrompu de toute l'Union européenne, du moins selon les rapports accablants de Transparency International. Les électeurs ne sont pas aveugles, et les images du vaste domaine personnel de Viktor Orban, situé à proximité d'un parc safari appartenant à son ami d'enfance, Lorinc Mészaros – considéré comme l'homme le plus riche du pays – ne leur ont certainement pas échappé.
Sur le plan économique, le pays accuse un retard croissant et inquiétant par rapport à ses voisins immédiats. Si l'on se base sur les indicateurs de consommation réelle, la Hongrie apparaît désormais comme le pays le plus pauvre de l'UE, se classant derrière la Bulgarie et la Roumanie. Dans le même temps, la Pologne – qui, dans les années 1990, était nettement plus pauvre que la Hongrie – est devenue l'économie de l'Union européenne qui connaît la croissance la plus rapide, dépassant même le Japon en termes de revenu par habitant, une performance qui contraste amèrement avec la stagnation hongroise.
Une démographie en berne et des politiques contre-productives
Depuis l'arrivée au pouvoir de Viktor Orban en 2010, le pays a perdu près d'un demi-million d'habitants, en raison combinée du vieillissement accéléré de la population et d'une émigration soutenue. Loin d'être un rempart efficace contre l'immigration de masse et un laboratoire de politiques pro-familiales prometteuses, comme l'imaginent parfois ses alliés idéologiques en Occident, les politiques du Fidesz ont plutôt servi de catalyseurs à la stagnation démographique, voire au déclin prononcé. Cette réalité démographique sombre sape les fondements mêmes des promesses de renaissance nationale portées par le gouvernement.
Face à ce constat sévère, l'opposition menée par Péter Magyar capitalise sur ces faiblesses, offrant une alternative crédible à un électorat en quête de changement. La campagne électorale, bien que bruyante, pourrait bien se conclure par une défaite cinglante pour Viktor Orban, marquant la fin d'une ère politique dominante en Hongrie.



