Municipales 2026 : Le Rassemblement national se prépare à un scrutin décisif
« Vivement le 15 mars ! » Cette exclamation résume l'impatience qui règne au sein du Rassemblement national à l'approche du premier tour des élections municipales de 2026. Porté par des sondages favorables, le parti à la flamme tricolore anticipe avec fébrilité ce rendez-vous électoral traditionnellement délicat pour ses candidats. Un an avant la présidentielle, ce scrutin pourrait bénéficier d'une forme de nationalisation du vote, soulevant de nombreuses interrogations stratégiques.
Une vague RN se profile-t-elle ?
Plusieurs questions cruciales agitent les états-majors du parti. Une vague déferlera-t-elle sur les territoires ou restera-t-elle limitée ? Les rares bastions déjà détenus seront-ils consolidés ? Des terres de conquête feront-elles l'objet de percées significatives ? Mais c'est surtout la question des rapports de force pour le second tour qui commence à préoccuper sérieusement les stratèges gravitant autour de Jordan Bardella et Marine Le Pen.
Ces derniers perçoivent dans l'entre-deux-tours des municipales à venir à la fois un piège et une opportunité historique. La possibilité de soutenir, voire de fusionner avec des listes Les Républicains représente un enjeu majeur qui pourrait redéfinir durablement le paysage politique français.
La position « tout sauf LFI » de Bardella
« Nous déciderons au cas par cas. Il m'est difficile de vous donner une consigne nationale au sujet d'un scrutin local », avait d'abord déclaré Jordan Bardella dans Le Parisien le 31 janvier dernier. Le président du RN a cependant semblé faire un pas supplémentaire lors d'un déplacement dans l'Hérault, déclarant au micro de BFM TV : « Pour gagner les élections, il faut le dépassement, l'union, et le rassemblement le plus large possible [...] Je ne suis pas fermé à des discussions sur des listes d'union ou de rassemblement au second tour s'il y a un danger de voir l'extrême gauche s'emparer de municipalités. »
Cette position « tout sauf LFI » avait déjà été défendue par le RN lors des législatives anticipées de 2024, mais elle reste totalement inédite pour un scrutin local depuis les régionales de 1998. En 2020, seules trois fusions de listes avaient été observées entre des listes RN et des listes étiquetées divers droite ou sans étiquette, à Aubignan et Orange dans le Vaucluse, ainsi qu'à Marles-les-Mines dans le Pas-de-Calais. Jamais avec des listes officiellement LR.
Un contexte politique transformé
En six ans, le contexte politique a radicalement évolué, tout comme le « cordon sanitaire » traditionnel entre la droite républicaine et le Rassemblement national. « C'est très simple, constate un parlementaire RN. Si notre dynamique se confirme, le risque est que notre qualification puis notre maintien au second tour dans un certain nombre de villes, que nous ne pouvons pas remporter, aient pour conséquences de plomber définitivement la droite. Et, donc, de faire élire la gauche, ce que nos électeurs ne comprendraient pas... »
Cette situation pourrait se concrétiser à Montargis dans le Loiret, où le RN a rassemblé 30% des suffrages lors des dernières européennes. Le maire LR sortant, Benoit Digeon, est candidat à sa réélection face à deux listes de gauche susceptibles de fusionner, créant un triangle défavorable pour la droite.
Une stratégie à double tranchant
Un autre parlementaire RN expose clairement la stratégie envisagée : « La meilleure façon de s'en tirer, est de proposer aux candidats LR de fusionner. S'ils refusent, on est couvert vis-à-vis de nos électeurs. S'ils acceptent, s'en est définitivement fini du “front républicain”. » Un haut cadre du parti nationaliste abonde : « Face on gagne, pile ils perdent... Pour moi, il faut évidemment y aller. Ce sera le dernier clou dans le cercueil de LR ! »
Le risque identifié chez Les Républicains
Cette perspective est évidemment applaudie par l'allié ciottiste du RN, le parti Union des droites pour la République (UDR). « Une réédition aux municipales des scénarios de Dreux en 1983 ou des régionales de 1998 doit hanter Bruno Retailleau », savoure un responsable de l'UDR. « Dans un sens ou dans l'autre, ce scrutin doit faire péter les digues en vue de la présidentielle et des prochaines législatives. »
Le risque est parfaitement identifié depuis de longs mois au sein de LR, comme l'expliquait un haut cadre cet été : « Il y a toujours des alliances aux municipales. Mais celles-ci seront peut-être les premières où nous pourrons avoir dans le même temps des fusions avec la gauche contre le RN et des fusions avec le RN contre la gauche. Notre plus grand défi va être de garder une forme de clarté. Ce n'est pas gagné... »
Des réticences internes au RN
Pourtant, le scénario d'une généralisation de soutiens ou de fusions avec des listes étiquetées Les Républicains ne fait pas l'unanimité au sein du Rassemblement national. « Je ne suis pas certain que Marine Le Pen soit tout à fait sur la même longueur d'ondes », glisse, sceptique, un élu proche de la députée du Pas-de-Calais. « Tendre la main aux LR voudra souvent dire tendre la main aux macronistes. »
La difficulté réside notamment dans la nécessité de condamner l'accord entre LR et le bloc central qui s'est noué ces derniers mois à l'Assemblée nationale, tout en lui donnant quitus au niveau local. Comment soutenir une liste LR adoubée par le parti présidentiel, voire où figurent certains de ses candidats ?
La boîte de Pandore du bureau exécutif
« Passons les premiers tours. Et traitons les questions quand elles se poseront, pas avant », balaie-t-on ainsi dans le cabinet de Marine Le Pen, cherchant à temporiser. Pourtant, les déclarations de Jordan Bardella n'ont fait qu'effleurer la boîte de Pandore que constitue le comportement à adopter vis-à-vis de LR aux municipales.
Cette question promet d'être largement débattue lors du prochain bureau exécutif du mouvement nationaliste, sa plus haute instance qui ne s'est pas réunie depuis fin septembre et devrait le faire la dernière semaine de février. « Trois questions y seront posées, subodore un élu RN. Est-ce qu'on soutient ou on peut fusionner ? Si fusion, à quelle condition ? Et si cela inclut ou non les LR macronisés ? »
Il n'est pas certain qu'une seule réunion suffise à trancher ce dilemme stratégique qui pourrait déterminer non seulement l'issue des municipales de 2026, mais aussi préparer le terrain pour la présidentielle de 2027 et les rapports de force politiques des années à venir.



