Municipales 2020 : un scrutin local aux répercussions nationales complexes
Municipales 2020 : un scrutin local aux répercussions nationales

Municipales 2020 : un scrutin local aux répercussions nationales complexes

Attention aux effets d'optique trompeurs ! En 2020, le Parti socialiste et Les Républicains ont consolidé leurs positions dans de nombreuses municipalités, un succès qui ne les a pourtant pas empêchés d'enregistrer des scores décevants à l'élection présidentielle deux ans plus tard, avec respectivement 1,75 % pour Anne Hidalgo et 4,63 % pour Valérie Pécresse. Les leçons des municipales sur le plan national doivent être analysées avec une extrême prudence, car l'élection d'un maire et celle d'un président de la République répondent à des logiques et des ressorts fondamentalement différents.

Un paysage politique éclaté et une participation en déclin

À l'issue de ce scrutin, la carte politique de la France révèle un paysage profondément fragmenté où la confusion semble régner en maître. C'est principalement dans les grandes villes que les municipales prennent la valeur de « mini-présidentielles », selon l'expression du sondeur Brice Teinturier de l'institut Ipsos. L'étiquette partisane y joue un rôle plus significatif que dans les petites communes rurales. Signe inquiétant des temps, le désintérêt, voire le rejet pur et simple de la chose publique, gagne progressivement l'échelon local. Le taux de participation, qui s'est établi à 57 %, est en chute libre constante depuis trois décennies. Sur le terrain, des profils apolitiques ou indépendants ont connu un certain succès, comme en témoigne le score de l'économiste Philippe Dessertine à Bordeaux, qui a atteint 20 % des suffrages.

Les extrêmes et la résistance du front républicain

Si le premier tour du 15 mars a été marqué par l'expression de certaines radicalités, les partis extrêmes ont plutôt déchanté lors du second tour. Malgré des victoires notables dans plusieurs villes moyennes telles que Carcassonne, Cagnes-sur-Mer ou Menton, la poussée du Rassemblement national s'est avérée moins importante que certaines prévisions ne l'annonçaient. On pourrait y voir une volonté des électeurs de ne pas importer au niveau local le chaos et les divisions qui caractérisent parfois le débat national. Bien que Jordan Bardella ait habilement tendu la main aux candidats de la droite traditionnelle, la digue du front républicain a globalement résisté. Le RN a une nouvelle fois buté sur un plafond de verre particulièrement puissant dans les grandes métropoles. La preuve à Toulon, où Laure Lavalette, espoir du parti à la flamme, a échoué à conquérir la mairie.

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La gauche entre puissance métropolitaine et divisions internes

Dans les grandes métropoles, la gauche apparaît de plus en plus puissante et bien implantée. Les victoires des socialistes Emmanuel Grégoire à Paris et Benoît Payan à Marseille, ainsi que celle de l'écologiste Grégory Doucet à Lyon, en sont des illustrations flagrantes. Cependant, la vague verte de 2020 a largement reflué, comme le montrent les défaites subies à Strasbourg, Poitiers, Besançon et Bordeaux. « Ils n'ont pas compris ce que c'était que d'être maire, le dogmatisme leur a porté préjudice », analyse une figure influente de la droite. Le fait le plus spectaculaire de ces municipales reste sans doute la volte-face des socialistes. Après s'être initialement drapés dans leurs vertus républicaines, les représentants du parti à la rose n'ont pas tardé à piétiner leurs propres lignes rouges en s'empressant de conclure des alliances avec La France Insoumise. À Toulouse, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand, Tulle ou encore Avignon, la rhétorique de l'union des gauches s'est révélée contre-productive et source de tensions. Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, devra en rendre des comptes. Raphaël Glucksmann et François Hollande vont probablement saisir cette brèche pour promouvoir leur ligne politique hostile à LFI. La guerre des gauches semble promise à reprendre de plus belle.

Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, estime avoir eu raison de s'impliquer activement dans ces élections. La preuve, selon ses partisans, la stratégie de communication pro-Gaza a fonctionné à plein dans certaines banlieues et villes populaires, comme à Saint-Denis, Roubaix, La Courneuve ou Vaulx-en-Velin, des municipalités remportées par des candidats issus de LFI.

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Le tremplin d'Édouard Philippe et le cas Ciotti

Parmi les présidentiables potentiels, Édouard Philippe, boosté par son score très élevé au Havre, s'impose comme le grand gagnant du bloc central. Il a affirmé une ligne politique très claire fondée sur le refus de tout extrémisme. Sa victoire municipale va lui donner un élan considérable dans la perspective de la prochaine campagne présidentielle. « On va célébrer nos succès et enclencher la campagne en avril. On va monter en puissance, y compris sur le programme. Pour donner à voir une cohérence et une crédibilité », annonce l'un de ses proches collaborateurs. Une démonstration de force est d'ailleurs prévue le 12 avril à Paris. « Aujourd'hui, il est celui qui peut rassembler le plus », estime un poids lourd de la droite.

À l'inverse, à Nice, c'est une stratégie opposée qui a porté ses fruits. La victoire d'Éric Ciotti, président du parti UDR allié au RN, revêt une forte portée symbolique. Elle valide, à l'opposé de la ligne Philippe, la voie de l'union des droites, au risque de décomplexer certains élus LR qui hésitent à franchir le Rubicon. Le cas Ciotti est même devenu un véritable cas de conscience pour la droite après les déclarations de Bruno Retailleau entre les deux tours. Pour ce dernier, patron des Républicains, la victoire en 2027 ne sera possible qu'à condition de grignoter une partie de l'électorat du RN. Ce n'est pas l'avis d'Édouard Philippe ou de Gabriel Attal, pour qui il faut avant tout ratisser large au centre de l'échiquier politique.

L'unité de la droite et du centre à l'épreuve

Ce scrutin a également servi de test grandeur nature sur l'unité de la droite et du centre. La stratégie du rassemblement s'est globalement révélée gagnante, à l'exception notable du psychodrame parisien. Durant la campagne, Gérard Larcher, Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Bayrou et Hervé Marseille ont eu plusieurs occasions de se réunir pour régler des situations locales conflictuelles. Par exemple, le maintien de la candidate de droite Martine Vassal à Marseille, qui n'avait aucune chance face à Benoît Payan et Franck Allisio, n'a pas été facile à obtenir. Mais cette décision était essentielle pour ne pas donner l'impression de vouloir faciliter l'élection du RN. « Depuis toujours, c'est l'union de la droite et du centre qui fonctionne dans les communes. On a agrégé des gens d'Horizons, de Renaissance, de LR. Ça va mailler le territoire pendant sept ans », se félicite un élu influent du Sénat, qui invite à reproduire le même réflexe unitaire dès le premier tour de la présidentielle de 2027. Un ministre partage ce constat : « Nous sommes de plus en plus nombreux à penser qu'on doit être unis pour empêcher un duel LFI/RN. Quitte à être sur un radeau en 2027, autant que personne ne parte seul à la nage. »

Prélude à la « bataille des 20 % » et répercussions parlementaires

Le sondage grandeur nature que constituent les municipales préfigure ce qu'un responsable centriste appelle « la bataille des 20 % ». « Ce qui va se jouer désormais, c'est de savoir qui sera en mesure de se qualifier face au RN. C'est la pesée avant le match de boxe ! » Malgré les appels répétés à l'unité et à une candidature unique pour éviter la dispersion des voix, la période qui s'ouvre devrait au contraire donner lieu à une multiplication des ambitions et des candidatures. Chacun des prétendants va vouloir se compter et affirmer sa stature d'ici à l'automne, espérant prendre un avantage décisif sur ses adversaires. Édouard Philippe va accélérer son mouvement, Gabriel Attal ne fait pas mystère de son intention de se déclarer après la publication de son livre, Bruno Retailleau veut monter en puissance. Sans oublier David Lisnard, Xavier Bertrand, Michel Barnier… « Tous vont cavaler façon 'grand concours la France un incroyable talent' », s'amuse un centriste, qui prédit des semaines à venir très animées, à la manière d'un « grand défouloir » politique. Un phénomène que l'Élysée va suivre de très près, tandis que dans l'entourage proche d'Emmanuel Macron, on est persuadé que les Français restent encore très éloignés des enjeux de la présidentielle et pourraient sanctionner sévèrement « ceux qui montrent qu'ils ne pensent qu'à leur gueule ».

Une question cruciale demeure après ce 22 mars et préoccupe Sébastien Lecornu ainsi que le gouvernement : quelles répercussions ces élections municipales auront-elles sur l'ambiance à l'Assemblée nationale ? Les résultats locaux peuvent-ils provoquer des réactions en chaîne susceptibles de déboucher sur une motion de censure ? « On peut avoir moins de soutiens à gauche, et plus de pression à droite », redoute un poids lourd de l'exécutif. De la compétition présidentielle naissante aux dynamiques parlementaires, toutes les cartes du jeu politique français sont en train d'être rebattues.