L'invincibilité de Giorgia Meloni s'effrite dans les urnes italiennes
Le lundi 23 mars a marqué un tournant politique majeur en Italie. La Première ministre Giorgia Meloni a subi sa première défaite électorale significative depuis son arrivée au pouvoir en 2022, avec le rejet par 53,7 % des votants de son référendum sur la réforme de la justice. Ce revers inédit pour la dirigeante d'extrême droite brise son statut d'invincibilité et révèle les premières fissures dans sa popularité.
Une réforme constitutionnelle trois décennies dans les cartons
Ce changement constitutionnel, qui figurait parmi les points majeurs du programme de Meloni, prévoyait une séparation des carrières des juges et des procureurs, ainsi qu'une modification du fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature. Portée par la droite italienne depuis trente ans et soutenue notamment par Silvio Berlusconi, cette réforme représentait pour Meloni un moyen de dépolitiser la justice. Ses opposants y voyaient au contraire une tentative d'affaiblir l'indépendance judiciaire.
Une participation record transforme le scrutin en vote anti-gouvernement
Ce qui a surpris les observateurs, c'est l'ampleur de la mobilisation. Avec 59 % de participation au niveau national – atteignant jusqu'à 65 % dans des villes comme Milan et même 70 % à Florence et Bologne – le référendum a dépassé toutes les prévisions. Cette mobilisation exceptionnelle, portée notamment par les jeunes électeurs, a transformé ces dernières semaines le scrutin en un véritable référendum pour ou contre le gouvernement Meloni. Dans un contexte de hausse des prix et de baisse de la productivité, la popularité de la Première ministre commence sérieusement à se fissurer.
Meloni tente de garder la face face à la défaite
Deux heures après la fermeture des bureaux de vote, Giorgia Meloni a réagi dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. « La souveraineté appartient au peuple et les Italiens se sont exprimés clairement aujourd'hui », a-t-elle reconnu avec calme. Tout en affirmant que le gouvernement avait honoré ses promesses en portant cette réforme, elle a fermé la porte à toute démission : « Il reste bien sûr le regret d'une occasion manquée de moderniser l'Italie, mais cela ne change pas notre engagement à continuer à travailler avec sérieux et détermination. »
L'opposition voit une opportunité historique
Pour l'opposition, cette « première vraie défaite » – comme l'a titré le quotidien La Repubblica – représente une occasion de pousser Meloni vers la sortie. L'ancien président du Conseil Antonio Conte a lancé : « Après quatre ans et quatre lois de Budget, le gouvernement est les mains vides. Ils n'ont fait qu'une seule réforme, qui a été rejetée par les citoyens. » Il appelle à l'organisation d'élections anticipées, même si un retour aux urnes reste pour le moment hypothétique.
Un gouvernement fragilisé par les polémiques
Au-delà de la personne de Meloni, son gouvernement a pris un coup durant cette campagne. Son ministre de la Justice, Carlo Nordio, avait qualifié en février le Conseil supérieur de la magistrature de « paramafieux », forçant le président Sergio Mattarella à défendre l'institution. Ironie du sort, le numéro deux du ministère, Andrea Delmastro Delle Vedove, a été pris dans une polémique mafieuse juste avant le vote, avec des révélations sur ses liens avec une famille condamnée pour activités mafieuses.
La loi électorale comme prochain test majeur
Désormais, Giorgia Meloni souhaite « aller de l'avant » et se concentrer sur la loi électorale, dont l'examen parlementaire a commencé le lundi même du référendum. Cette réforme, qui vise à instaurer une prime majoritaire au nom de la stabilité gouvernementale, est cruciale pour la dirigeante si elle souhaite optimiser ses chances de réélection. Les législatives sont prévues au plus tard en décembre 2027, mais ce texte va surtout donner l'occasion à la coalition de Meloni de tester sa majorité et de tenter de se rassurer après ce revers historique.



