Marseille : Benoît Payan réélu, une victoire de l'unité face au RN
Dimanche soir, alors que l'OM perdait à domicile contre Lille, les supporters du Printemps marseillais, eux, avaient de quoi célébrer. Les South Winners, qui avaient appelé à faire barrage au Rassemblement national, ont pu se réjouir de la large victoire de Benoît Payan. Une pluie battante a toutefois douché l'enthousiasme des sympathisants, bien moins nombreux que les journalistes rassemblés devant le QG du maire réélu, sur la Canebière.
« Je suis tellement soulagée que dès que j'ai entendu les résultats, j'ai sauté dans le métro pour venir », confie une habitante du 5e arrondissement. Le soulagement était aussi visible sur le visage de Benoît Payan, apparu peu après 22 heures tout souriant sous les applaudissements.
« L'unité qui l'a emporté »
« Ce soir, c'est l'unité qui l'a emporté », a-t-il répété à plusieurs reprises. « Cette ville que d'aucuns croyaient perdue, que d'aucuns croyaient acquise au Rassemblement national, a montré son plus beau visage ce soir, a montré qu'elle était capable de résister, a montré qu'elle était capable encore une fois de rester unie, et la confiance des Marseillaises et des Marseillais m'honore, m'oblige. »
Porté à la tête de l'hôtel de ville en 2020 après le retrait de Michèle Rubirola, représentant la coalition hétéroclite du Printemps marseillais, le maire sortant jouait gros. Élu avec 54,55 % des voix, il peut revendiquer « une victoire claire ».
Un écart creusé au second tour
Alors que seulement deux points le séparaient du candidat RN, Franck Allisio, au premier tour, l'élu de gauche a largement creusé l'écart au second. Son principal rival obtient 40,12 % des voix, tandis que Martine Vassal, candidate de la droite et du centre, ne recueille que 5,34 % des suffrages.
Le maire sortant a clairement profité d'un report de voix des électeurs Insoumis, orphelins depuis le retrait de Sébastien Delogu. La dramaturgie qu'il a mise en place contre « la vague brune » a fonctionné. À l'inverse, Franck Allisio n'a pas réussi à capitaliser sur sa campagne d'entre-deux-tours.
Gagner sans se renier
Dès le lendemain du premier tour, le candidat du Printemps marseillais a refusé « toute tambouille politique » et rejeté la main tendue de Sébastien Delogu. Pas question de pactiser avec celui dont le leader, Jean-Luc Mélenchon, l'a traité « d'arrogant maire pochette-surprise ».
« Dans cette campagne, nous avons montré que nous n'étions pas celles et ceux qui divisaient, nous n'avons insulté personne, nous n'avons réprimandé personne », a rappelé Benoît Payan. Comme à Paris, il montre que la gauche modérée peut gagner sans se renier. À un an de la présidentielle, sa victoire est aussi à lire sous ce prisme.
Recomposition politique à Marseille
Bien d'autres leçons seront à tirer de ce scrutin qui marque le début d'une forte recomposition politique. De manière surprenante, le candidat LFI, élu triomphalement aux législatives de 2024, n'a pas transformé l'essai. De son côté, le parti lepéniste n'a pas à rougir de son score.
Franck Allisio s'est félicité d'avoir raflé les 5e et 6e secteurs. « Un résultat sans précédent », a-t-il souligné, se présentant déjà comme le leader de l'opposition municipale.
La droite siphonnée
Franck Allisio peut se targuer d'avoir réussi à siphonner la droite marseillaise, qui avec un peu plus de 5 % des voix, franchit tout juste le seuil pour siéger au conseil municipal. Empêtrée dans un discours peu lisible, Martine Vassal s'est rapidement laissée distancer.
Si elle a affirmé qu'elle ne se représenterait pas à la présidence de la métropole Aix-Marseille Provence, Benoît Payan confirme qu'il ne la briguera pas non plus. L'occasion peut-être de mettre fin aux « chicayas » entre la collectivité et la municipalité.



