Le candidat présidentiel David Lisnard imite Javier Milei avec une broyeuse symbolique
La tronçonneuse de Javier Milei est sans doute encore un peu trop tôt pour la France. David Lisnard le sait parfaitement, et il ménage encore ses effets. Mardi 7 avril, face à un public acquis à sa cause réuni près de l'Arc de Triomphe, le maire de Cannes triomphalement réélu, officiellement candidat à la présidentielle, a singé le président argentin, mais avec une retenue mesurée.
Un spectacle contre le "Léviathan administratif"
À l'issue d'un discours sévère sur le "Léviathan administratif tentaculaire et kafkaïen" français, il a enfin explicité l'utilité de la machine posée à côté de lui sur scène : une broyeuse. "Le Code du travail, broyé ! Le code de l'urbanisme, broyé ! Le code de l'environnement, broyé !", a-t-il déclamé devant les quelque 200 personnes présentes, en glissant des feuilles de papier dans l'appareil, déclenchant des applaudissements nourris. Une sorte d'échauffement pour le fondateur de Nouvelle Énergie, qui lance ainsi sa campagne présidentielle avec un symbole fort.
La cérémonie des "Cerfa d'or"
Ce rendez-vous avait au moins le mérite de l'originalité. Intitulée "En finir avec la bureaucratie", l'invitation promettait la remise de prix au nom évocateur : le "Cerfa d'Or de l'acharnement fiscal", "de la créativité bureaucratique", "de la punition administrative". L'ambiance était celle de ces cérémonies un brin kitsch, quelque part entre Miss France et les Victoires de la Musique. Dans le rôle d'une Madame Loyal ou de Jean-Pierre Foucault, Sophie Mouysset, directrice de cabinet adjointe de David Lisnard, a harangué une foule au départ un brin morne.
"Notre magnifique République des Cerfa !, a-t-elle dénoncé. C'est l'État qui encadre, mais pas que : c'est l'État qui informe, conditionne, homologue et surtout l'État qui empêche. Les Cerfa d'or sont là pour rappeler une conviction simple : on ne peut pas encore stopper cette bureaucratie, pour le moment. Alors, pourquoi ne pas la récompenser ?" Pour présenter ces diplômes factices, des soutiens affichés de David Lisnard : la députée Alexandra Martin, la maire des Loges-en-Josas Caroline Doucerain, le sénateur Étienne Blanc.
Les cibles multiples de la bureaucratie
Tout le monde a subi les foudres de l'assemblée : Roland Lescure et la taxe sur les pourboires, "qui prouve qu'en France, aucune somme d'argent n'est trop petite pour échapper durablement à l'imagination fiscale". "Il n'a pu être présent, il s'en excuse", laisse échapper Sophie Mouysset.
Agnès Pannier-Runacher et l'arrêté qui oblige les ostréiculteurs à installer toilettes et lavabos sur leurs embarcations – "l'un des plus beaux moments de déconnexion réglementaire" pour Étienne Blanc. Gabriel Attal et sa volonté de passer les réseaux sociaux en noir et blanc pour les moins de 15 ans après une demi-heure d'utilisation – "une réponse aussi inefficace qu'inutile et qui aurait pu constituer un scénario dans la série Black Mirror sur Netflix. Merci Gabriel". Les cibles sont nombreuses, faciles, de nature à susciter l'hilarité d'un public déjà convaincu.
Un programme radical de démantèlement administratif
Si dans l'assemblée se dissimulent des élus Nouvelle Énergie, en revanche, nulle trace des caciques des Républicains, dont David Lisnard a claqué la porte avec perte et fracas le 31 mars. C'est peu après 20 heures que le vrai spectacle commence. Durant une heure, David Lisnard s'en prend à la cible de prédilection de la droite libérale française : la bureaucratie, que l'on penserait, à l'entendre, responsable de tous les maux de France.
Le candidat à la présidentielle a énuméré les nombreuses absurdités administratives, "où la modalité devient finalité", et dénoncé la gabegie budgétaire. Son diagnostic (l'excès de normes, la défiance démocratique, les procédures illisibles, etc.), ses grands principes (liberté, subsidiarité, État centré sur le régalien, etc.), tout est déjà bien connu de sa base militante.
Il a déroulé ses premiers jours à la tête de l'État : un gouvernement composé de seulement douze ministres avec, dans les 45 jours, une revue fonctionnelle de chacun d'entre eux, un moratoire pour geler toutes les normes en cours, une loi d'habilitation pour transformer l'État par ordonnance et supprimer les 1 200 agences publiques et un référendum sur l'organisation des pouvoirs publics et la création des provinces.
Le credo : "une norme créée, deux normes supprimées"
Le credo est clair : "une norme créée, deux normes supprimées". Radical ? David Lisnard assume et assène. "C'est radical parce que notre pays est radicalement bureaucratisé [...] Nous allons compliquer la vie de l'administration jusqu'à ce que l'administration nous simplifie la vie."
Le libéral refuse le qualificatif d'anarchiste, assumant son attachement à l'État de droit, mais revendique ses influences libertariennes, Javier Milei en tête. "L'Argentine n'est pas la France, c'est vrai. Mais la leçon est claire : quand la majorité a la volonté de faire gagner la liberté, on peut faire bouger les choses."
Il connaît les classiques de son camp et se fend d'un hommage au général de Gaulle : "Il a gouverné. Il a préparé, il a décidé, il a agi vite, fort, il a demandé sa légitimité directement au peuple et il a assumé les votes du peuple." À Charles de Gaulle qui disait "comment voulez-vous gouverner un pays qui a 258 variétés de fromages ?", David Lisnard, lui, répond : "Comment voulez-vous gouverner un pays qui a plus de 400 000 normes ? Vive le fromage, mort à la norme."
Les concurrents et la stratégie de campagne
Ce 7 avril, David Lisnard n'a pas non plus oublié de ferrailler contre ses concurrents, sans les nommer. Il le sait, sur le flanc droit, l'embouteillage des candidatures promet une féroce bataille. Son ancienne famille politique ? Un départ sans regret. Les macronistes ? "Il n'y a pas de différence de nature entre le bloc central et les extrêmes. Je les trouve tous étatistes, collectivistes, interventionnistes, socialistes, nourris à la même matrice." Celui qui plaide pour une primaire ouverte, d'Édouard Philippe à Reconquête, espère par là "ouvrir un espace politique", dixit Alexandra Martin.
Au sein de son équipe, on le dit tout bas : il ne faut pas tout miser sur la débureaucratisation et renforcer le programme de David Lisnard sur des thèmes forts comme l'international ou le pouvoir d'achat, pour lui octroyer une dimension présidentielle véritable.
La fin du meeting et les défis à venir
Tout un symbole : lorsque la réunion se termine et que retentit "Ramones", de Blitzkrieg Bop, un groupe punk apprécié de l'élu, un membre de l'assemblée persifle : "Une réunion comme ça, ça doit se terminer sur la Marseillaise..." L'excuse du débutant n'est pas acceptable. Une broyeuse sur scène, cela fait son petit effet... Mais le candidat déclaré devra aller au-delà de la mise en scène facile s'il veut espérer agréger cet électorat de droite qui craint plus que tout la division et le combat des chefs. La route vers la présidentielle sera longue et semée d'embûches pour celui qui veut incarner une alternative libérale radicale.



