La Rochelle, théâtre d'une bataille municipale à gauche
À quelques semaines des élections municipales des 15 et 22 mars, la ville de La Rochelle se prépare à un scrutin particulièrement disputé. Pas moins de six listes revendiquées de gauche s'alignent sur la ligne de départ, témoignant des profondes divisions qui traversent la famille politique depuis des années.
L'héritage de Michel Crépeau plane toujours
Dix ans après la disparition des universités d'été du Parti socialiste du paysage rochelais, l'ombre de Michel Crépeau, maire radical de 1971 à 1999, continue de planer sur l'hôtel de ville. Cette figure tutélaire, disparue brutalement il y a vingt-sept ans, a durablement marqué la cité portuaire au fer rose. L'année 2026 marquera un changement d'époque significatif : pour la première fois, les Rochelais désigneront un maire qui ne sera pas un héritier direct de l'ancien radical.
Un paysage politique fragmenté
Sur les huit listes déclarées pour ces municipales, seules deux ne se revendiquent pas explicitement de gauche : celle de Christophe Batcabe, qui se présente comme « transpartisane », et celle du Rassemblement national. La députée européenne Séverine Werbrouck espère faire entrer l'extrême droite au conseil municipal, ce qui constituerait une première dans cette forteresse traditionnellement de gauche.
L'électeur de gauche devra ainsi départager les propositions de :
- Lutte ouvrière (Antoine Colin)
- Les Insoumis (Véronique Bonnet)
- L'union PS-PCF-Écologistes-collectif Assemblée citoyenne (Maryline Simoné)
- Le député Olivier Falorni (soutenu par le PRG, Place publique et Bernard Cazeneuve)
- Le maire sortant de centre gauche Thibaut Guiraud
- Jaouad El Marbouh, leader d'une liste dite citoyenne
Programmes convergents, stratégies divergentes
À l'heure de dévoiler leurs programmes, les candidats abordent sensiblement les mêmes thèmes : crise du logement, enjeux de mobilité, adaptation au changement climatique, animation des quartiers. Les différences résident davantage dans les méthodes proposées que dans les objectifs affichés.
« Dans cette élection, tout le monde n'est pas clair », critique l'écologiste Jean-Marc Soubeste, allié à Maryline Simoné. « On ne se cache pas, nous, derrière des faux-semblants ou de faux nez rouges. »
Olivier Falorni, homme à abattre
Le député Olivier Falorni, déclaré au centre gauche, constitue l'une des figures centrales de cette campagne. Défait de moins de 200 voix lors des municipales de 2020, il tente aujourd'hui de réussir là où il avait échoué. Attaqué sur son positionnement vis-à-vis du pouvoir macroniste, dont il a été davantage le soutien que l'adversaire, il réplique : « Je laisse les polémiques de partis à ceux qui n'ont que cela à proposer. Ma liste est celle du rassemblement rochelais, pas celle des querelles de chapelles. »
Une ville « Belle et rebelle »
Dans cette ville fière de sa devise, il semble toujours de bon ton de s'émanciper des partis et d'incarner une gauche hors piste. Olivier Falorni, tombeur de Ségolène Royal en 2012, a bien compris cette spécificité rochelaise et s'évertue à incarner « l'esprit rochelais », fait « d'ouverture, de tolérance, de solidarité, mais aussi d'indépendance et de résistance ».
Guerre de clans et divisions historiques
La politique rochelaise tourne depuis des années en une véritable guerre de clans digne d'une pièce de Shakespeare. Aujourd'hui, on désigne moins les membres du conseil municipal par leur appartenance politique que par leur camp (fountainistes ou falornistes).
Cette division a atteint son paroxysme avec le duel fratricide de 2020 et continue de plomber la gauche locale. La gauche rochelaise a développé une élasticité telle qu'il est devenu coutumier pour les responsables départementaux des partis de négocier les accords en mettant hors de la table le cas de la capitale charentaise-maritime, jugé trop tortueux.
Trois principaux prétendants
Maryline Simoné, candidate de La Rochelle unie, se flatte de l'union qu'elle porte et qui n'avait plus rassemblé socialistes, écologistes et communistes depuis 2008. Elle trouve sur son chemin une ex-lieutenante de Ségolène Royal, rappelant les vieilles rivalités.
Thibaut Guiraud, héritier de Jean-François Fountaine qui a démissionné en juin pour lancer son poulain, s'évertue à incarner la continuité tout en défendant sa méthode axée sur le quotidien et la proximité. L'ancien grand argentier de la Ville n'a disposé que de neuf mois pour gagner en notoriété et témoigner de sa crédibilité.
En chat échaudé après sa défaite de 2020, Olivier Falorni a demandé à ses équipes de mener « une campagne d'outsider ». Il profite actuellement d'une fenêtre médiatique opportune avec le retour en seconde lecture à l'Assemblée nationale de sa proposition de loi instaurant un « droit à l'aide à mourir ».
Depuis la mi-décembre, les concurrents ne comptent plus leurs coups dans cette conquête tardivement engagée de l'hôtel de ville. Les temps vont changer à La Rochelle, mais ce n'est pas le vent nouveau qui lavera les inimitiés profondes qui divisent la gauche locale depuis des années.



