Fraude électorale à Toulon : le témoignage bouleversant d'une électrice spoliée
En juin 2021, des soupçons de fraude électorale ont émergé à Toulon, conduisant à l'ouverture d'une information judiciaire qui pourrait déboucher sur un procès. Au cœur de cette affaire, le témoignage inédit de Nadjett Hadjer Melhaa, une Toulonnaise qui a découvert avec stupéfaction que son vote avait été volé alors qu'elle s'était abstenue.
La découverte d'une signature usurpée
Un jour de 2021, un journaliste frappe à sa porte pour lui demander si elle avait voté aux dernières élections. « À l'époque, j'avoue, je ne votais pas, sauf pour la présidentielle », confie Nadjett Hadjer Melhaa, une pointe de culpabilité dans la voix. La Toulonnaise découvre alors, ébahie, la photo d'une feuille d'émargement. Sous son nom, dans une case qui aurait dû rester vierge, figurait une signature qui n'était pas la sienne. « Ce n'était pas du tout ma signature, mais quelque chose de ridicule. Une crotte, un petit cra-cra », s'exclame-t-elle avec dégoût.
Une information judiciaire ouverte
Cette révélation a profondément bouleversé Nadjett Hadjer Melhaa, qui s'est sentie bafouée dans sa liberté citoyenne. Elle a depuis témoigné devant une enquêtrice de la police nationale et attend désormais un procès pour faire la lumière sur cette tricherie. Au tribunal de Toulon, une information judiciaire a été ouverte concernant des soupçons de fraude électorale dans le bureau de vote numéro 37 du quartier La Beaucaire.
Ce bureau avait enregistré des scores exceptionnels au second tour des élections régionales et départementales de juin 2021 :
- 85 % des suffrages pour la liste de Renaud Muselier
- 87 % des suffrages pour Michel Bonnus
Bien que ces résultats n'aient pas fait basculer l'issue globale des scrutins, ils ont attiré l'attention des autorités judiciaires.
Une enquête minutieuse
La révélation initiale provient d'une enquête du journaliste Simon Fontvieille, publiée dans Mediapart en décembre 2021. Après une analyse minutieuse des listes d'émargement, le journaliste a mené une longue enquête de terrain en porte-à-porte, identifiant une douzaine de situations suspectes. Nadjett Hadjer Melhaa n'était pas la seule concernée : son frère a également vu sa signature usurpée et a porté plainte.
« D'abord, j'ai eu peur des représailles », se souvient la Toulonnaise. « J'habitais et je vivais dans ce quartier, avec mon mari, mes enfants. Maintenant, je me dis que c'est eux, qui devraient avoir peur et honte. Pas le contraire. »
Des personnes mises en cause
Presque cinq ans après les faits, la possibilité d'un procès se matérialise. Nadjett Hadjer Melhaa pourra se constituer partie civile. « Oui, j'attends la justice. Ma liberté a été bafouée. Que ceux qui ont fait ça soient punis », déclare-t-elle avec détermination.
À ce stade, deux personnes sont formellement mises en cause, tout en restant présumées innocentes :
- Alain Dho, président du bureau de vote numéro 37, placé sous contrôle judiciaire, médecin généraliste dans le quartier
- La secrétaire du bureau de vote lors du second tour, très connue localement pour être en charge de l'Espace Beaucaire
Leurs avocats n'ont pas répondu aux sollicitations des journalistes.
Un contexte troublant
Ce n'est pas la première fois qu'un scrutin est entaché de soupçons à Toulon. En 2017, dans le quartier Sainte-Musse, des scores record avaient été enregistrés dans le bureau de vote 117 en faveur de la députée sortante Geneviève Levy. Là encore, le journaliste Simon Fontvieille avait trouvé la trace de signatures douteuses.
Une transformation citoyenne
Cette expérience a radicalement transformé Nadjett Hadjer Melhaa. « Maintenant, je vote tout le temps. Et je m'engage », affirme-t-elle. Devenue une électrice farouche, elle craint toujours que son vote ne soit à nouveau volé. « Il n'est plus question de s'abstenir, de peur de se faire voler son vote – et pourtant, l'abstention, c'est un droit », souligne-t-elle. « Et si aucun candidat ne convient, il faut aller voter blanc. »
Malgré sa défiance envers la chose publique, un événement l'a poussée à se mobiliser. Fin 2023, elle manifeste dans les rues pour dénoncer les bombardements sur la population civile dans la bande de Gaza. « Je suis mère de trois enfants et cela m'a horrifiée », exprime-t-elle. « Le fait de sortir et de manifester, c'est une nouvelle Nadjett que j'ai découverte. »
Un engagement politique
Elle rejoint le collectif local Liberté pour la Palestine et rencontre les représentants de plusieurs partis de gauche. « Mais au fil du temps, il n'en est resté qu'un seul, et ce parti qui nous soutient toujours, c'est LFI », explique-t-elle. Après des mois de protestation commune, elle décide de rejoindre la liste de La France insoumise pour l'élection municipale 2026, où elle figure en 11e position.
« Je suis fière qu'elle soit avec nous et sur cette liste », déclare Isaline Cornil, candidate LFI à la mairie de Toulon. « Ce sont des valeurs de transparence que nous défendons. »
Au premier tour des municipales du 15 mars 2026, « on avait réellement peur que le code électoral ne soit pas appliqué », ajoute-t-elle. LFI a donc déployé une quarantaine de délégués habilités à se rendre dans les bureaux de vote toulonnais. Désormais électrice avertie, Nadjett Hadjer Melhaa en faisait partie, veillant personnellement au respect des procédures démocratiques.



