Une victoire historique dans un mouchoir de poche à Bordeaux
50,95% des voix, soit environ 1.800 bulletins d'écart. C'est avec cette marge infime que Thomas Cazenave, député Renaissance, a arraché la mairie de Bordeaux dimanche soir, face au maire sortant écologiste Pierre Hurmic. La différence était si ténue dans plusieurs bureaux de vote qu'il a fallu procéder à des recomptages de bulletins, prolongeant l'attente dans une ambiance électrique.
Une soirée de tension extrême
Alors que les résultats tombaient progressivement dans la soirée, Bordeaux se faisait attendre, créant une atmosphère particulièrement nerveuse. Arrivé vers 20 heures à sa permanence du cours Clemenceau, Thomas Cazenave s'est immédiatement réfugié dans son bureau, n'en ressortant qu'à 22h30. Entre-temps, les journalistes présents scrutaient les visages des proches du candidat, cherchant le moindre signe révélateur.
« C'est tendu, là, non ? » s'interrogeait un confrère, résumant l'état d'esprit général. Même les militants présents devant la permanence préféraient parfois suivre sur leurs téléphones le derby de rugby du Sud-Ouest entre l'UBB et le Stade Toulousain, où le score de 15-13 à la mi-temps n'offrait guère plus de respiration.
Le retournement de situation
À 21h30, une première estimation tombait enfin, donnant Thomas Cazenave en tête avec 50,8% des voix. Pourtant, une consœur revenue de la mairie affirmait que « là-bas », c'était Pierre Hurmic qui était annoncé vainqueur. En quelques minutes, le flot de supporters de Thomas Cazenave grossissait sensiblement devant sa permanence, tandis que sur les boucles WhatsApp, la cote du candidat de la droite et du centre montait en flèche.
Une responsable de son équipe de campagne prenait enfin la parole, appelant à « rester positifs, mais prudents ». « Thomas est quelqu'un de très prudent, il ne prendra la parole que lorsque les résultats seront consolidés », glissait une autre collaboratrice.
L'explosion de joie
À 22h15, une foule conséquente attendait désormais dehors lorsque des cris de joie éclatèrent soudain des deuxième et troisième étages du bâtiment. Les plus proches de Thomas Cazenave passèrent la tête aux fenêtres, levant le bras en signe de victoire. Dans la rue, les militants exultaient : « On a gagné, on a gagné ! »
Pendant ce temps, Pierre Hurmic, visiblement ému, reconnaissait sa défaite devant ses partisans. « Nous sommes fiers du travail accompli », déclarait-il, ajoutant que « demain est un autre jour, la vie politique continue ».
Les premières déclarations du vainqueur
À 22h30, Thomas Cazenave sortait enfin et enchaînait sur un bref discours. « Ce résultat nous oblige. Dès demain [lundi] nous serons au travail, au service des Bordelaises et des Bordelais et il y a beaucoup de travail », annonçait le nouveau maire. Il rendait également hommage à Nicolas Florian, l'ancien maire LR de Bordeaux qu'il avait rallié en 2020 entre les deux tours, décédé brutalement il y a un peu plus d'un an.
Interrogé sur sa première décision, il répondait : « Parmi les actions très concrètes durant mes 100 premiers jours, il y aura rallumer la lumière dans les rues de la ville. Nous sommes préparés, mais ce soir c'est le soir de la victoire, et j'aurais l'occasion de m'exprimer », avant de s'offrir un bain de foule.
Analyse d'une victoire serrée
Aziz Skalli, l'un de ses plus fidèles colistiers, estimait que « c'est la victoire de tout le travail accompli pendant 7 ans, on n'a jamais lâché ». Pour certains militants de la droite bordelaise, c'était l'heure de la revanche après avoir perdu la mairie en 2020, mettant fin à 73 ans de règne de leur parti sur la ville entre Jacques Chaban-Delmas et Alain Juppé.
Patrice, un militant, reconnaissait toutefois la précarité du résultat : « C'était tendu. Je voyais les résultats tomber dans différents bureaux de vote, et je pouvais constater que c'était serré. Et qu'il y avait également beaucoup d'abstention ».
Magali, qui avait passé une partie de la soirée comme assessrice dans un bureau de vote à Bacalan, un quartier traditionnellement favorable à Hurmic, expliquait : « Quand j'ai constaté que c'était serré dans ce bureau, sans être non plus trop confiante, j'étais plutôt optimiste. Pour moi, Thomas Cazenave incarne le renouveau, alors qu'Hurmic a manqué d'écoute et de concertation durant son mandat ».
Les défis à venir
Guillaume, 23 ans, soulignait un phénomène important : « Il y a beaucoup d'opposants d'Hurmic qui ont voté Cazenave ce soir. Il faudra que le futur maire de Bordeaux ne l'oublie pas dans sa politique. C'est mon cas. J'ai voté contre Hurmic, car pour moi, en six ans, la ville s'est dégradée avec une insécurité qui n'existait pas avant, et de véritables zones de non-droit se sont installées dans certains quartiers ».
Thomas Cazenave a assuré qu'il s'adresserait « à tous les Bordelais ». Aziz Skalli convenait également : « Les résultats sont serrés, c'est la preuve que la ville est véritablement coupée en deux, il faudra rassembler ».
La célébration d'une double victoire
À 23h15, le vainqueur du soir, son équipe et ses militants prenaient la direction de la place de la Victoire pour célébrer cette élection historique. Thomas Cazenave ne se privait pas d'une déambulation dans les rues de la ville, saluant ses supporters. Au Stade Atlantique, le match de rugby était terminé : l'UBB avait étrillé Toulouse 44 à 20. « C'est double victoire pour nous ce soir ! » lançait un militant en rangeant son téléphone, résumant parfaitement l'ambiance de cette soirée exceptionnelle à Bordeaux.



