Une crise diplomatique majeure éclate entre Washington et Madrid
Le torchon brûle désormais ouvertement entre les États-Unis et l'Espagne. Ce mercredi 4 mars, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a réaffirmé avec force son opposition catégorique à l'attaque menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Cette prise de position intervient directement en réponse aux menaces proférées par Donald Trump de couper brutalement tous les échanges commerciaux avec l'Espagne, en représailles à sa position jugée trop critique sur le conflit.
« On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes »
« C'est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l'humanité... On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes », a déclaré avec gravité Pedro Sanchez lors d'une allocution télévisée solennelle à la nation ce matin. Les tensions entre ces deux alliés traditionnels au sein de l'Otan se sont considérablement intensifiées après que le chef du gouvernement espagnol a publiquement dénoncé les bombardements américains et israéliens sur le territoire iranien.
Cette position ferme et peu commune parmi les pays européens a été suivie d'une mesure concrète : Madrid a interdit aux avions militaires américains d'utiliser les bases navales et aériennes stratégiques du sud de l'Espagne pour soutenir l'offensive contre Téhéran. Washington a perçu cette décision comme un véritable crime de lèse-majesté, obligeant le Pentagone à déplacer dans l'urgence quinze appareils, dont des avions ravitailleurs essentiels, qui étaient stationnés sur ces sites militaires.
Les menaces commerciales explicites de Donald Trump
« L'Espagne est épouvantable », a lancé sans détour Donald Trump mardi dans le bureau Ovale, avant sa rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz en visite à la Maison-Blanche. Le président américain a ensuite précisé sa menace : « Nous allons stopper tous les échanges commerciaux avec l'Espagne. Nous ne voulons rien avoir à faire avec l'Espagne. J'ai le droit de stopper tout cela. Des embargos - je fais ce que je veux, et on pourrait le faire contre l'Espagne. »
Face à ces déclarations belliqueuses, Madrid refuse catégoriquement de céder à la pression. « La position du gouvernement espagnol peut se résumer en quatre mots : 'Non à la guerre' », a martelé Pedro Sanchez, insistant sur le caractère « non hypocrite mais cohérent » de cette ligne politique. Le Premier ministre a ajouté avec détermination : « Nous n'allons pas nous rendre complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde et qui est contraire à nos valeurs et à nos intérêts simplement pour éviter des représailles de la part de quelqu'un », faisant clairement référence aux menaces commerciales émanant de la Maison-Blanche.
L'Espagne relativement peu dépendante des États-Unis
Mais l'Espagne doit-elle véritablement craindre ces sanctions commerciales annoncées ? Réagissant aux commentaires incendiaires de Donald Trump, le gouvernement espagnol a publié dès mardi soir un communiqué officiel rappelant que les États-Unis devaient « garder à l'esprit l'autonomie des entreprises privées, le droit international et les accords commerciaux entre les États-Unis et l'Union européenne ».
Madrid a également affirmé détenir « les ressources nécessaires pour contenir les potentielles répercussions d'un embargo commercial » imposé unilatéralement par Washington et « pour soutenir les secteurs affectés ». Principal exportateur mondial d'huile d'olive, l'Espagne vend effectivement aux États-Unis de l'acier, des pièces automobiles détachées et des produits chimiques.
Cependant, sa vulnérabilité économique face aux menaces américaines apparaît limitée. Les données gouvernementales américaines révèlent qu'en 2025, les États-Unis ont enregistré pour la quatrième année consécutive un excédent commercial avec l'Espagne, atteignant 4,8 milliards de dollars. Cette réalité économique confère à Madrid une marge de manœuvre diplomatique plus importante que certains autres pays européens potentiellement plus dépendants du marché américain.



