Mark Carney à Davos : un appel à la résistance des puissances moyennes
Face à l'administration de Donald Trump, les nations européennes doivent-elles désormais orienter leur regard vers le Sud ? C'est précisément le message fort que Mark Carney, le premier ministre du Canada, a délivré lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 20 janvier 2026. Chaque année, cette grand-messe internationale rassemble les principaux décideurs mondiaux pour débattre des enjeux économiques, sociaux, politiques et environnementaux majeurs. Cependant, de cette édition 2026, ce ne seront pas les stratégies géopolitiques futures qui marqueront les esprits, mais bien la fin d'une illusion persistante.
La fin d'un monde dominé par les États-Unis
L'illusion en question est celle d'un ordre mondial principalement gouverné par les États-Unis et leurs alliés traditionnels, où les autres nations étaient perçues comme périphériques. Alors que le Forum de Davos s'ouvrait le 19 janvier dans un climat de tension extrême, Donald Trump menaçait d'annexer le Groenland par la force. Les États membres de l'Union européenne semblaient paralysés, redoutant de nouvelles attaques du président américain, qui n'a cessé de malmener ses alliés depuis son retour à la Maison Blanche.
Pourtant, malgré l'évidence d'une rupture profonde, l'Europe est restée incapable de formuler une réponse ferme et cohérente. Elle semblait en état de sidération, jusqu'à ce que la voix d'un allié, lui aussi menacé par son voisin américain, la tire de son inertie. Le Canada, par la voix de son premier ministre, a offert une perspective nouvelle et audacieuse.
Un discours en français pour marquer la résistance
« Je parlerai aujourd'hui de la rupture de l'ordre mondial, de la fin d'une fiction agréable et du début d'une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n'est soumise à aucune contrainte », a déclaré Mark Carney en français, rompant avec la tradition des discours en anglais à Davos. Ce choix linguistique symbolisait une résistance subtile mais significative à l'hégémonie américaine.
Le cœur de son allocution a porté sur la nécessité de résister aux « forts [qui] agissent selon leur volonté » tandis que les « faibles [qui] en subissent les conséquences ». Carney a appelé à la formation d'une alliance des puissances moyennes, résumant sa pensée par une phrase percutante : « les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n'êtes pas à la table, vous êtes au menu ».
Vers un nouveau « non-alignement » et des coopérations flexibles
Cette déclaration n'a pas seulement acté le déclassement relatif de l'Europe et de ses alliés en tant que puissances moyennes, mais elle a également ravivé le concept de « non-alignement ». Mark Carney a plaidé pour des coopérations « à géométrie variable », où les nations pourraient s'associer de manière flexible et pragmatique, en fonction de leurs intérêts communs et des défis spécifiques.
Son discours à Davos dessine ainsi une nouvelle doctrine pour le Canada et, par extension, pour les autres puissances moyennes. Il souligne l'urgence de construire des alliances solides et adaptatives dans un monde où l'influence américaine devient de plus en plus imprévisible et coercitive. La suite de cet article explore les implications concrètes de cette vision pour la politique étrangère européenne et les relations transatlantiques.