L'Europe inquiète face aux voitures chinoises : risques de cyberespionnage et collecte de données
Voitures chinoises en Europe : risques de cyberespionnage

L'Europe confrontée à l'afflux de voitures chinoises et aux risques sécuritaires

Les voitures chinoises débarquent par milliers sur le continent européen, inondant progressivement le marché automobile. Cette invasion ne suscite pas seulement des inquiétudes économiques pour les constructeurs locaux, mais elle soulève également de graves préoccupations en matière de sécurité, notamment concernant la collecte de données personnelles et les risques potentiels de cyberespionnage orchestré par Pékin. Plusieurs États membres de l'Union européenne ont déjà commencé à réagir, tandis que les institutions européennes planchent activement sur ce dossier brûlant.

Une expansion spectaculaire des constructeurs chinois

L'industrie automobile chinoise a réalisé des progrès remarquables ces dernières années. En 2024, la production et les ventes ont atteint des records historiques, avec plus de 31 millions de véhicules écoulés. Les véhicules à énergies nouvelles, tels que les électriques, représentent désormais environ 41% de ce chiffre, témoignant d'une transition rapide vers des technologies plus vertes. Cependant, cette performance doit être relativisée compte tenu de l'immensité du marché intérieur chinois, qui absorbe une grande partie de cette production.

Néanmoins, les exportations vers l'étranger ne cessent de croître. Des marques comme BYD, MG, Leapmotor et Xpeng gagnent du terrain en Europe. Selon les données d'AAA Data, arrêtées au 31 août et complétées par celles de septembre, pas moins de 122.989 véhicules de ces quatre marques circulent déjà sur les routes françaises. Cette montée en puissance alarme non seulement les constructeurs automobiles européens, mais aussi les armées, les services de renseignement et le Parlement européen, qui redoutent des implications sécuritaires.

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Les alertes sécuritaires se multiplient en Europe

La Pologne a été l'un des premiers pays à tirer la sonnette d'alarme. Fin janvier, le vice-ministre de la Défense, Cezary Tomczyk, a évoqué la possibilité d'interdire l'accès des voitures chinoises aux sites militaires polonais pour des raisons de sécurité. Selon Bloomberg, Varsovie échange actuellement des informations sur les risques liés à ces véhicules ultra-équipés en électronique et étudie des restrictions, bien qu'aucun calendrier précis n'ait été fixé.

Ces réflexions s'appuient sur des analyses d'experts. En décembre, un rapport du Centre d'études orientales de Varsovie a mis en garde contre les dangers d'espionnage associés aux véhicules chinois. Pour Cezary Tomczyk, la menace est bien réelle : "Ce n'est pas une éventualité dont nous devons nous inquiéter, c'est un fait". Paulina Uznańska, chercheuse au Centre d'études orientales, précise : "Peu importe qui les produit ou leur pays d’origine, ces voitures peuvent être piratées. Elles ont un énorme potentiel de collecte de données, par exemple sur des zones militaires lorsqu’elles les traversent".

Les données, au cœur des préoccupations

Les voitures connectées, qu'elles soient chinoises ou non, collectent en permanence une quantité astronomique de données. Cela inclut la position GPS, les trajets effectués, la vitesse, les habitudes de conduite, ainsi que des vidéos et images capturées par les caméras, radars ou lidars. Ces informations peuvent potentiellement enregistrer des rues, des bâtiments sensibles, des bases militaires ou des ambassades. De plus, les smartphones connectés au véhicule ajoutent une couche supplémentaire de données, comme les contacts, certains identifiants et parfois des enregistrements vocaux.

Au Parlement européen, les députés Bart Groothuis et Caroline Nagtegaal du groupe Renew ont interpellé la Commission sur ces risques. Ils rappellent que "les véhicules électriques ont également accès à des données sensibles, dont le volume augmente avec leur intégration aux appareils personnels et aux applications de villes intelligentes". Ils soulignent également que "des ministres britanniques ont averti que la Chine pourrait utiliser les voitures électriques à des fins d'espionnage, ce qui représente un risque important pour la sécurité".

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Le Royaume-Uni également sur le qui-vive

Outre-Manche, les craintes de cyberespionnage sont tout aussi présentes. En 2023, un groupe transpartisan de députés avait déjà alerté le gouvernement sur le risque de céder à Pékin le contrôle des "infrastructures critiques" du marché automobile britannique. Une source gouvernementale de haut rang a déclaré au Telegraph : "Si ce véhicule est fabriqué dans un pays comme la Chine, comment être certain qu’il ne servira pas à collecter des renseignements et des données? Si des pays qui utilisent déjà des technologies d’espionnage fabriquent des véhicules électriques, pourquoi ne feraient-ils pas de même ici?".

La réponse européenne en gestation

Face à ces menaces, la Commission européenne a placé la cybersécurité des "technologies propres" parmi ses priorités. Le 20 janvier, elle a proposé une révision de son règlement visant à identifier les pays ou fournisseurs jugés "à haut risque" dans les secteurs critiques. Cette mesure obligerait les États membres à prendre des actions pour réduire les risques, pouvant aller jusqu'à l'exclusion de certaines entreprises des chaînes d'approvisionnement.

Bien que les voitures électriques ne soient pas explicitement ciblées, des analyses de risques sur les véhicules connectés sont en cours, comme l'a confirmé la commissaire Henna Virkkunen. La Chine, bien que non nommée directement dans le texte, est déjà dans le collimateur de l'UE, plusieurs de ses acteurs étant classés à risque dans les réseaux 5G, notamment Huawei et ZTE. Cette "guerre technologique" entre Pékin et Bruxelles semble donc se poursuivre sur un nouveau front.

Un défi complexe pour l'Union européenne

Le défi posé par les véhicules électriques chinois s'inscrit dans un contexte plus large de sécurité des produits connectés. Tout appareil soumis à des mises à jour logicielles peut être difficile à contrôler, et l'efficacité des régulations dépendra de la capacité des autorités européennes à faire respecter les règles. Contrairement à la 5G, où de nombreux pays ont limité ou exclu les fournisseurs chinois sans impact majeur sur les prix ou le déploiement, les voitures électriques compliquent davantage la donne.

Le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) note que des facteurs tels que les prix compétitifs, la disponibilité, la qualité souvent supérieure et les arguments climatiques rendent les choix plus sensibles pour les décideurs et les consommateurs. L'UE et ses États membres devront donc prendre le temps d'élaborer des réglementations adaptées avant de pouvoir répondre efficacement aux risques. Mais dans cette course contre la montre, le temps pourrait bien jouer contre Bruxelles, alors que les voitures chinoises continuent d'affluer sur le continent.