Le dilemme militaire récurrent des présidents américains
Donald Trump est aujourd'hui confronté à une question qui a tourmenté plusieurs de ses prédécesseurs : comment se retirer honorablement d'une intervention militaire qui s'enlise ? Sans même remonter à la guerre du Vietnam, les conflits en Irak et en Afghanistan offrent des exemples récents et douloureux de cette problématique.
En réalité, quels que soient les plans sophistiqués présentés aux commandants en chef, le choix qui s'offrait à eux était fondamentalement binaire : arrêter les frais tout en minimisant le coût politique et militaire du retrait, ou opter pour l'escalade. Historiquement, ils ont souvent choisi la seconde voie avant d'être finalement contraints, par désespoir, d'adopter la première.
Les leçons de l'Afghanistan
Lorsque Barack Obama arrive à la Maison-Blanche, il passe de longs mois à hésiter avant d'accepter de renforcer le contingent américain en Afghanistan, comme le réclamait son état-major. L'espoir était qu'un effort supplémentaire permettrait ensuite une réduction progressive de l'engagement américain dans ce conflit. Cette décision n'a fait qu'aggraver l'enlisement.
Ce seront ses successeurs, Donald Trump puis Joe Biden, qui en tireront les conséquences en mettant fin à cette intervention par un retrait qui tournera à la débâcle, illustrant parfaitement la difficulté de sortir proprement d'un conflit prolongé.
La situation iranienne : un adversaire résilient
Donald Trump se trouve aujourd'hui à ce même tournant décisif. Non seulement l'Iran, malgré les bombardements intensifs, continue de résister, mais son régime, bien que décimé par des assassinats ciblés, ne montre aucun signe de faiblesse.
Pire encore, Téhéran a réussi à étendre le conflit dans le Golfe et en Israël tout en prenant en otage l'économie mondiale via le contrôle stratégique du détroit d'Ormuz. Aujourd'hui, il n'est pas exagéré de conclure que la République islamique a pris l'avantage stratégique sur ses adversaires et les oblige désormais à réagir à ses initiatives.
Les conséquences économiques mondiales
De Tokyo à Berlin, des campagnes américaines aux usines taïwanaises, l'inquiétude grandit car la fermeture du golfe Persique entraîne des répercussions négatives dans les domaines les plus variés de l'activité humaine. Certes, l'Iran pourrait théoriquement s'effondrer, mais il n'en donne aucune impression tangible. Trump doit en tirer les conséquences stratégiques.
À l'évidence, le président américain hésite face à l'alternative déplaisante qui s'offre à lui. Pour l'heure, il semble suivre l'exemple de ses prédécesseurs en affichant une fermeté apparente et en annonçant l'escalade militaire.
L'escalade apparente et ses limites
Des milliers de soldats américains sont actuellement en route vers le Moyen-Orient. Des fuites soigneusement orchestrées laissent entendre que l'ordre de lancement du volet terrestre de l'opération américaine attend sur le bureau présidentiel pour signature.
Sur les chaînes de télévision, les généraux à la retraite dissertent gravement sur les scénarios envisageables, de l'île de Kharg aux côtes du détroit d'Ormuz. La célèbre 82e division d'infanterie, traditionnellement en première ligne dans les conflits majeurs, est déjà déployée dans la région.
La question du bluff stratégique
Avec Donald Trump, il est impossible de ne pas s'interroger : cette démonstration de force n'est-elle qu'un immense bluff ? En effet, des fantassins américains au sol constitueraient des cibles de choix non seulement pour les Iraniens défendant leur territoire, mais aussi pour tous les groupes djihadistes de la région.
L'expérience ukrainienne prouve à quel point les drones, dont certains sont produits en Iran, peuvent se révéler extrêmement meurtriers. Donald Trump n'a jamais montré un tempérament à assumer facilement les pertes humaines ou à adopter un ton churchillien face à l'adversité.
Son niveau de tolérance à la douleur politique n'est pas particulièrement élevé, surtout à quelques mois des élections de mi-mandat. Jusqu'à présent, il a maintes fois démontré qu'il reculait lorsqu'on lui résistait avec détermination, ce qui constitue probablement le fondement de la stratégie iranienne actuelle.
L'imprévisibilité trumpienne
Le président américain ne prépare-t-il pas sa « retraite sur des positions préparées à l'avance » lorsqu'il répète inlassablement que la guerre est gagnée, que l'ennemi n'a plus ni aviation, ni marine, ni missiles, et qu'aucune armée n'a jamais remporté un tel succès dans l'histoire ?
Ne se lave-t-il pas les mains du désastre potentiel lorsqu'il remarque que les États-Unis n'ont pas besoin du détroit d'Ormuz pour s'approvisionner en pétrole, et que ce sont aux pays dépendants de cette voie maritime d'effectuer le travail nécessaire ?
Enfin, n'annonce-t-il pas des négociations avec un ennemi qui, de son côté, les nie farouchement ? On a parfois l'impression qu'à force de penser en promoteur immobilier, Trump est incapable de comprendre qu'un pays dans la position de l'Iran pourrait préférer poursuivre un combat apparemment sans espoir plutôt que de conclure un accord désavantageux.
L'incertitude stratégique totale
Avouons que la situation laisse perplexe. Donald Trump, plus imprévisible que jamais, pourrait aussi bien renoncer que poursuivre l'escalade. Comme dans le dossier ukrainien, il souhaiterait probablement se dégager de ce mauvais pas, mais il se rend compte qu'il ne peut abandonner les États du Golfe face à l'Iran.
Cela étant, le risque existe que Téhéran ne surestime sa position et ne laisse au président américain d'autre choix que l'escalade. Ce serait une erreur stratégique majeure, car un arrangement incluant des concessions déjà présentes dans l'accord de 2015, un cessez-le-feu, la réouverture du détroit et des promesses de discussions sur la sécurité régionale fournirait probablement la feuille de vigne dont a besoin un président désireux de sortir du piège où il s'est lui-même enfermé.
Reste la question cruciale : quelle serait alors la réaction d'Israël face à un tel arrangement régional ? La décision de l'État hébreu pourrait bien déterminer l'issue finale de cette crise complexe.



