Un témoignage exceptionnel sur l'univers secret des commandos français
C'est un témoignage d'une rareté absolue qui nous est offert, permettant de pénétrer dans l'intimité opérationnelle de l'un des guerriers de l'ombre les plus aguerris de l'armée française. Cet officier-commando appartient aux unités d'élite du commandement des opérations spéciales, l'élite parmi l'élite des forces armées françaises.
La vie secrète d'un chef de groupe du CPA 10
Charles d'Azérat, un pseudonyme comme il est d'usage pour les militaires en activité, sert comme chef de groupe au sein du prestigieux commando parachutiste de l'air n°10. Dans son récit sans concession, il évoque la traque de preneurs d'otages occidentaux, la « neutralisation » d'un leader djihadiste au Sahel, ou encore des combats au corps à corps contre les combattants de Daech.
Avec ce chef de guerre expérimenté, on découvre la peur qui étreint les soldats pendant les nuits désertiques, lorsqu'il faut s'approcher au plus près d'un campement ennemi. On ressent les silences lourds de sens lorsqu'un camarade tombe au combat. On comprend les tensions avec certains officiers américains dont l'assurance excessive peut mettre en danger la vie de leurs hommes en terrain hostile.
Une préparation digne des athlètes olympiques
Ces hommes se préparent au combat avec une rigueur extrême, comparables à des athlètes olympiques, tout cela pour assurer le succès des missions et défendre les intérêts de la France. Dans son livre, que Le Point a pu lire en exclusivité, d'Azérat prend soin de ne révéler aucun secret d'État et masque les détails opérationnels sensibles.
Si les balles sifflent et l'adrénaline monte dans ses récits, l'auteur nous convie surtout à une méditation profonde sur le sens du devoir militaire. Il dévoile comment lui et ses hommes, qu'il considère comme des chevaliers modernes, risquent leur vie par amour du drapeau et pour une certaine idée de la France.
Les origines mythiques du CPA 10
Le Point : D'où vient le mythe qui entoure le commando parachutiste numéro 10 ?
Charles d'Azérat : Il est d'abord l'héritier du Groupement d'Infanterie de l'Air, la toute première unité parachutiste des armées françaises créée en 1936. Ces pionniers ont été formés en Russie, les Soviétiques étant précurseurs dans ce domaine bien avant les Américains ou les Britanniques.
Le CPA 10 doit ensuite beaucoup aux SAS britanniques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains de nos anciens ont sauté sur la Bretagne à la veille du débarquement de Normandie pour empêcher les renforts allemands d'atteindre les plages. Nous partageons ce patrimoine avec le 1er RPIMa. Notre ADN comprend également la guerre d'Algérie, où l'unité a été recréée sous son nom actuel : CPA 10.
La place unique du CPA 10 au sein du COS
Le Point : Quelle est la place du CPA 10 au sein du COS aujourd'hui ?
Charles d'Azérat : Le COS s'appuie sur trois piliers : les Commandos Marine, le 1er RPIMa pour l'armée de Terre, et le CPA 10 pour l'Air. Cette complémentarité constitue une vraie force. Nous sommes une unité d'environ 250 à 300 personnes, dont plus de 200 opérationnels purs.
Notre particularité fondamentale est d'être la seule composante spéciale du monde occidental à posséder une unité commando d'action directe au sein de forces aériennes. Chaque groupe d'action comprend obligatoirement un contrôleur aérien capable de guider des frappes ou de gérer un espace aérien stratégique.
La construction d'une fraternité d'armes
L'acceptation du CPA 10 par les autres unités n'a pas toujours été simple dans les années 1990. Il fallait regagner nos lettres de noblesse après la dissolution suite au putsch des généraux pendant la guerre d'Algérie. C'est l'engagement en Afghanistan après le 11 septembre 2001, puis les opérations au Sahel et les libérations d'otages dans les années 2010, qui ont définitivement scellé notre légitimité.
Aujourd'hui, la fraternité d'armes est totale. Mais elle s'est construite dans le sang et dans la boue, pas dans les discours.
Le stage Beluga : l'épreuve ultime
Le Point : Comment décririez-vous le stage Beluga, passage obligé pour intégrer le CPA 10 ?
Charles d'Azérat : C'est un stage d'environ six mois qui se décompose en quatre phases :
- Une semaine de sélection avec tests physiques et privation de sommeil
- Deux mois et demi de base commando (tir intensif, explosif, combat héliporté)
- Une phase à Djibouti en milieu désertique pour l'immersion totale
- Une phase technique spécialisée (combat urbain, investigation, libération d'otages)
Les instructeurs vivent et dorment dans la boue avec les stagiaires. Il n'y a aucun confort. On recherche l'autonomie de l'opérateur, sa capacité à prendre la bonne décision en une microseconde. Parce que sur le terrain, il n'y a pas de deuxième chance.
L'idéal chevaleresque au XXIe siècle
Le Point : Vous évoquez un idéal chevaleresque. N'est-ce pas anachronique au XXIe siècle ?
Charles d'Azérat : Je comprends qu'elle semble incongrue dans une société bâtie sur l'individualisme. Pourtant, c'est un concept central dans mon engagement. La réalité de cet idéal, c'est de se battre de tout son cœur pour les plus démunis.
Mon métier c'est de servir par les armes, ce qui implique d'être prêt à donner sa vie pour défendre son pays. Dans une libération d'otages, nous retrouvons cette figure moderne de la défense des plus vulnérables. Il y a une beauté du geste dans cet acte, une noblesse qui n'est pas une question de caste, mais de service absolu.
Le fossé entre armée et société civile
Le Point : Vous parlez d'un fossé entre l'armée et la société civile. Est-il vraiment si profond ?
Charles d'Azérat : Il est abyssal. L'armée bénéficie d'une très belle image auprès de la population, mais cette bonne image s'accompagne d'une méconnaissance invraisemblable du monde militaire.
Depuis la fin du service militaire, les gens ne comprennent plus les grades, les régiments ou la réalité du terrain. Vivre au rythme des opérations spéciales crée un décalage immense avec la société civile.
Les défis psychologiques des combattants
Le Point : Comment gérez-vous les troubles post-traumatiques au sein de vos commandos ?
Charles d'Azérat : Le syndrome post-traumatique existe depuis que l'homme fait la guerre. La vraie nouveauté, c'est la non-acceptation du fait de guerre par la société moderne.
En 14-18, toute une génération avait fait la guerre. Aujourd'hui, le soldat rentre dans une société qui refuse de voir la réalité crue des combats. L'armée fait ce qu'elle peut pour accompagner les blessés, mais elle ne peut pas remplacer le soutien de la société.
Se préparer aux conflits de demain
Le Point : Comment vos commandos se préparent-ils aux conflits de demain ?
Charles d'Azérat : Nous développons des capacités en cyber, en guerre électronique et en utilisation de drones. Dans un contexte de haute intensité, notre rôle change : nous devenons des « game changers » capables de mener des sabotages stratégiques.
L'enjeu est de maintenir notre excellence en contre-terrorisme tout en nous préparant aux conflits de demain. Nous analysons de près les retours d'expérience de conflits comme l'Ukraine pour ne pas être dans la rupture mais dans l'anticipation constante.
Regard sur les nouveaux conflits
Le Point : Comment regardez-vous les nouveaux conflits comme l'Ukraine ?
Charles d'Azérat : Je regarde ce qui se passe en Ukraine avec une attention extrême, car c'est une leçon pour comprendre la guerre moderne. Avec la maturité et l'expérience, on sait que la guerre est une chose trop dure pour être souhaitée.
Quand on est un jeune commando, on veut se confronter au feu. Aujourd'hui, mon expérience compense l'ardeur de la jeunesse. Mais évidemment, si nos intérêts vitaux étaient touchés, il ne me faudrait pas longtemps pour être en situation de combat.



