Depuis le 7 septembre, la base navale de Toulon et le Pôle Écoles Méditerranée de Saint-Mandrier accueillent les premiers appelés du nouveau service national, voulu par Emmanuel Macron. Ils sont 26, âgés de 18 à 25 ans, tous volontaires, et ont entamé leur formation initiale de combattant. Une immersion au cœur de ce dispositif, trente ans après la fin du service national obligatoire annoncée par Jacques Chirac en février 1996.
Une première semaine consacrée à l'administration
Arrivés à la base navale de Toulon le 6 septembre au soir, les jeunes appelés ont passé leur première semaine sous les drapeaux à effectuer les démarches administratives. Les choses sérieuses commencent réellement cette semaine avec le module « devenir combattant ». Au programme : bivouac, techniques de combat, techniques d'orientation et découverte des rations de combat.
« Pendant les quatre premières semaines du service national, la formation initiale des appelés se divise en trois modules : devenir militaire, devenir combattant et devenir marin. Outre leur donner les premières bases pour la protection du territoire national, l'idée du module de la semaine est de les sortir de leur zone de confort. Les premières impressions sont plutôt positives : on a des jeunes motivés, plutôt en forme, qui ont fait le premier pas de s'engager », déclare l'enseigne de vaisseau Randy, l'officier en charge du service national pour la base navale de Toulon.
Premiers pas dans la vie de combattant
Il n'est pas encore 8 heures du matin quand le premier maître Julien, fusilier marin, donne ses consignes : « Vous avez 10 minutes pour ranger le matériel de bivouac et être prêts ! ». Face à lui, 26 garçons et filles s'exécutent. La séance se poursuit avec l'apprentissage des actes élémentaires du combattant : se poster, c'est-à-dire voir sans être vu, tout en gardant la possibilité d'utiliser son arme face au danger. Fusil d'assaut factice en bandoulière, les jeunes se dispersent dans les bois de la colline Malbousquet. « C'est trop long ! Revenez ! J'ai vu un troupeau de gnous se déplacer. Pour ne pas être vus, je baisse ma silhouette, voire je me mets à plat ventre. Et votre arme, ce n'est pas un sac à main », fait remarquer l'instructeur, d'une voix calme. Au quatrième essai, le message commence à rentrer : « Ah, vous avez compris. C'est de mieux en mieux. Ça me plaît ! ».
La progression en formation est la nouvelle leçon. Le maître Ghani explique le PIF : P pour point à atteindre, I pour itinéraire et F pour formation. Avec un sac de 15 kg sur les épaules, Célia, 21 ans, bretonne, en bave mais serre les dents. « C'est dur. Mais je m'y attendais. En rejoignant le service national, je voulais me dépasser physiquement et mentalement », confie la jeune femme. Après un bac pro Transport, un CAP Petite Enfance et trois mois d'école de police, elle se cherche un peu. « À la campagne, c'est compliqué de trouver du boulot. À l'armée, je vais avoir un travail stable pendant dix mois dans la spécialité sécurité incendie. On verra après ».
Dix mois, voire plus si affinité
De l'autre côté de la rade, au Pôle Écoles Méditerranée (PEM), le capitaine de frégate Pascal Germain, commandant de l'école des matelots et chargé de construire le programme du service national, confirme : « Parmi la cinquantaine de jeunes appelés que nous accueillons au PEM dans le cadre du service national, une bonne partie ont une idée derrière la tête : celle de s'engager. C'est le cas des plus diplômés qui veulent voir ce qu'est l'armée avant de prolonger comme officier. Mais aussi des autres, plus jeunes, qui ont dix mois pour découvrir ».
Maxime, Farlédois de 19 ans, illustre parfaitement les propos du commandant Germain. Entre une série de pompes et une autre de squat avec un pneu en guise de poids, le jeune homme explique : « Je suis titulaire d'un bac pro en chaudronnerie et soudure industrielle. J'ai voulu m'engager pour travailler à l'atelier de chaudronnerie de Toulon, mais mon dossier n'a pas été retenu par la Marine nationale. Cette dernière m'a alors parlé du service national. C'est une seconde chance qui s'offre à moi et je compte bien la saisir ».
La mer vue de haut
Un peu au-dessus du stade où Maxime et ses camarades poursuivent la séance d'entraînement physique militaire et sportif, un autre groupe se familiarise avec le maniement des armes. Cette fois, il s'agit d'un vrai HK416, l'arme longue de dotation dans toutes les armées françaises. Avant le tir réel programmé pour ce lundi 21 septembre, le maître Jefferson, instructeur de tir à l'école des matelots, familiarise les jeunes aux règles ISTC (Instruction sur le tir de combat). Si les balles sont inertes, la concentration est maximale. Les jeunes répètent la séquence : chargement, contrôle personnel de sécurité, tir simulé, retrait des cartouches.
Sur les hauteurs de la presqu'île de Saint-Mandrier, un groupe d'une douzaine d'appelés commence à apprendre à devenir marin. Les premiers maîtres Fabien et Jean-Baptiste enseignent l'art de l'amarrage sur une réplique de plage avant d'un navire de guerre. Au premier lancer, la pomme de touline retombe sur le dos d'un solide civil de la Défense. Aucun dégât. C'est le métier qui rentre. Ces premiers volontaires du service national ont encore un peu plus de neuf mois pour devenir de vieux loups de mer.



