Une audition sénatoriale révèle des contradictions majeures
Les témoignages présentés ce mercredi 18 mars devant le Comité sénatorial du renseignement ont mis en lumière des divergences significatives entre les déclarations de l'administration Trump et les évaluations des services de renseignement américains concernant la menace iranienne. Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national, et John Ratcliffe, directeur de la CIA, ont été convoqués pour justifier les affirmations répétées du président américain selon lesquelles l'Iran représentait une menace imminente nécessitant l'entrée en guerre des États-Unis.
Le programme nucléaire iranien : une réalité différente
Donald Trump a maintes fois affirmé que l'Iran tentait de reconstruire son programme nucléaire après les frappes américaines de juin lors de l'opération Midnight Hammer. Lors de son discours sur l'état de l'Union le 24 février, à peine trois jours avant le début des hostilités, le président américain insistait encore sur les sinistres ambitions nucléaires de Téhéran.
Pourtant, dans sa déclaration écrite transmise au comité sénatorial, Tulsi Gabbard a présenté une version radicalement différente. "À la suite de l'opération Midnight Hammer, le programme d'enrichissement nucléaire de l'Iran a été anéanti", a-t-elle assuré, ajoutant qu'"aucun effort n'a été entrepris pour tenter de reconstruire leurs capacités d'enrichissement" depuis lors. Elle a précisé que les entrées des installations souterraines bombardées avaient été recouvertes de terre et bouchées avec du ciment.
Curieusement, la directrice du renseignement national a omis ces éléments cruciaux lors de sa déclaration orale devant les sénateurs. Interrogée sur cette omission, elle a invoqué des contraintes de temps sans remettre en cause ses écrits. Le sénateur démocrate Mark Warner l'a immédiatement accusée d'avoir "omis à l'oral les parties qui contredisent le président".
Les missiles iraniens : une menace lointaine
Dans le même discours sur l'état de l'Union, Donald Trump avait également affirmé que l'Iran construisait des missiles balistiques intercontinentaux capables d'atteindre bientôt le territoire américain, ainsi que des bases militaires dans la région et en Europe. Là encore, les deux responsables du renseignement ont peiné à soutenir ces déclarations.
Tulsi Gabbard a confirmé les conclusions de la Defense Intelligence Agency publiées l'année dernière, selon lesquelles il faudrait une décennie avant que l'Iran ne surmonte les obstacles technologiques pour produire des armes capables d'atteindre les États-Unis. Lors de son intervention, elle a souligné que la Chine et la Russie disposaient de systèmes capables de pénétrer ou de contourner les défenses antimissiles américaines, tandis que les missiles nord-coréens pourraient déjà atteindre le sol américain, et ceux du Pakistan potentiellement. Elle n'a cependant pas classé l'Iran parmi les nations disposant de ces capacités avancées.
De son côté, John Ratcliffe s'est concentré sur la menace que représente l'Iran pour les alliés régionaux et les bases militaires américaines, évitant soigneusement de répondre directement à la question d'une menace imminente sur le territoire national.
Une responsabilité contestée
Agacée par les questions insistantes des sénateurs, Tulsi Gabbard a finalement tenté de se dédouaner en déclarant qu'"il n'est pas de la responsabilité de la communauté du renseignement de déterminer ce qui est ou pas une menace imminente". Le sénateur démocrate Jon Ossoff lui a immédiatement rétorqué : "C'est précisément votre responsabilité de déterminer ce qui constitue une menace pour les États-Unis".
Cette audition particulièrement tendue intervient au lendemain de la démission fracassante de Joe Kent, responsable du contre-terrorisme, qui a clairement mis en cause l'entrée en guerre des États-Unis avec l'Iran. Dans sa lettre de démission adressée au président Trump, il a écrit : "Je ne peux pas en toute conscience soutenir la guerre en cours en Iran. L'Iran ne représentait pas de menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre en raison de la pression d'Israël et de son puissant lobby américain".
Ces révélations successives jettent une lumière crue sur les contradictions entre les déclarations publiques de l'administration Trump et les évaluations des services de renseignement, soulevant des questions fondamentales sur les véritables motivations du conflit avec l'Iran et sur l'utilisation politique des informations de sécurité nationale.



