La puissance amphibie française déployée en Norvège et en Méditerranée
De notre envoyé spécial en Norvège, Clément Machecourt. Habituellement cristalline, l'eau du fjord du petit port de Sørreisa, au nord-ouest de la Norvège, est aujourd'hui troublée par une noria de navires français. Des engins de débarquement assurent des allers-retours incessants entre un imposant porte-hélicoptères amphibie (PHA) et la terre ferme, charriant une centaine de légionnaires. Au sol, des soldats se dépêchent de casser la glace qui s'est formée autour de la cale du port, préparant activement leur arrivée.
Cold Response : un exercice de l'Otan à grande échelle
C'est le début de l'exercice Cold Response, une manœuvre de l'Otan à laquelle participent les forces françaises. Mi-mars, vingt-cinq mille militaires servant sous quatorze drapeaux différents sont réunis pour s'entraîner à combattre de manière coordonnée. Pour la partie amphibie de cet exercice majeur, l'un des géants de la marine française joue un rôle prépondérant.
PHA : trois lettres qui font la fierté de la marine nationale, au même titre que le porte-avions Charles-de-Gaulle. La France possède trois exemplaires de ces bâtiments – le Mistral, le Tonnerre et le Dixmude – qui ne se contentent pas d'un rôle de sentinelle des fjords. Récemment, le PHA Tonnerre a été déployé en urgence en Méditerranée, aux côtés d'autres navires dont le Charles de Gaulle et huit frégates, non loin d'un groupe aéronaval américain frappant l'Iran. « Peu de marines sont capables de faire ce qui a été fait », a déclaré Emmanuel Macron depuis le hangar du porte-avions, le 9 mars.
Des bijoux de technologie face aux menaces russes et iraniennes
Lourds de 21 500 tonnes et nécessitant 200 marins pour être manœuvrés, les PHA peuvent accueillir jusqu'à 900 soldats, dont un état-major complet de 150 personnes. Ce sont des bijoux de technologie : grâce à leurs deux moteurs montés sur des pods orientables à 360°, ils peuvent rester immobiles sans jeter l'ancre. Leur immense radier accueille des bateaux de toutes tailles, y compris l'aéroglisseur LCAC américain long de 26,5 mètres. Les hangars abritent une soixantaine d'engins flottants et jusqu'à 16 hélicoptères d'attaque ou de transport. Depuis le pont d'envol de 200 mètres, six hélicoptères peuvent décoller simultanément. « On projette de la puissance pour venir soutenir une opération amphibie », résume le lieutenant de vaisseau Charles, commandant adjoint aviation du bâtiment.
La Russie avait tenté d'acheter deux PHA à la France, mais après l'invasion de la Crimée en 2014, François Hollande a annulé l'accord ; les navires ont été vendus à l'Égypte. S'ils étaient aux mains des Russes, ils auraient pu permettre un débarquement amphibie à Odessa dès le début de la guerre en Ukraine en 2022.
Entraînement et missions humanitaires
Lors de l'exercice en Norvège, les fusiliers marins se sont entraînés à descendre en corde lisse depuis un NH90, une technique utilisée pour visiter des navires suspects comme le pétrolier Grinch en Méditerranée, soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme russe. Les hélicoptères participent aussi à des évacuations sanitaires ou au dépôt de commandos au sol. Seuls les PHA peuvent évacuer massivement plusieurs milliers de personnes et les soigner rapidement, comme au Liban en 2006 et au Yémen en 2015.
Parmi leurs capacités, il faut citer le centre de chirurgie et de réanimation : un hôpital flottant de 750 m2 avec médecins, infirmiers, dentistes, deux blocs opératoires et jusqu'à 119 lits. « Depuis notre départ de Toulon, le 25 janvier, nous avons réalisé cinq opérations avec anesthésie générale, géré un épisode de grippe, et soigné les blessures du quotidien », explique le médecin en chef Julien.
Vulnérabilité et coopération internationale
Équipé seulement de quatre mitrailleuses, deux canons de 20 millimètres et de missiles Mistral, le PHA est un navire vulnérable qui doit compter sur d'autres navires. Lors de l'exercice de l'Otan, ces derniers étaient hollandais, norvégiens et britanniques. « Une myriade d'acteurs qu'il faut réussir à faire travailler ensemble », souligne le capitaine de vaisseau Quentin Vieux-Rochas.
L'amiral néerlandais George Pastoor, lors de sa visite sur le PHA français, a repris ce message : « Nous travaillons régulièrement avec la marine française, nous avons participé à l'exercice de haute intensité Polaris l'année dernière. Avec Cold Response, nous envoyons un message clair de dissuasion vis-à-vis de la Russie. » En Méditerranée, plusieurs frégates hollandaises, italiennes, espagnoles et grecques accompagnent le Charles de Gaulle et le Tonnerre, envoyant un message clair également vis-à-vis de l'Iran.



