Pourquoi chaque armée se proclame la première du monde selon Anatole France
Pourquoi chaque armée se dit la première du monde

L'ironie d'Anatole France sur la suprématie militaire universelle

Dans son roman L'Île des Pingouins, publié en 1908, Anatole France développe avec une ironie cinglante une théorie de la stratégie militaire qui semble étrangement actuelle. À travers une fable historique et parabolique, l'auteur se moque des prétentions des nations à posséder la meilleure armée du monde, un thème qui trouve un écho saisissant dans notre époque marquée par un réarmement généralisé et une multiplication des conflits.

Une fable qui humanise la belligérance

L'histoire commence avec un saint à demi-aveugle qui découvre des pingouins sur une île. Les prenant pour des êtres humains, il les baptise pour leur enseigner la loi divine. Ce baptême a pour effet de les humaniser, ce qui, dans la logique de France, les rend acrimonieux et belliqueux. Des siècles plus tard, le peuple des Pingouins entre en guerre contre son ennemi héréditaire, les Marsouins, illustrant l'adage « Qui dit voisins dit ennemis ».

Cette trame sert de prétexte à Anatole France pour déployer une réflexion profonde sur l'équilibre des forces militaires à l'échelle mondiale. Son analyse, teintée d'un humour voltairien, met en lumière l'absurdité des prétentions nationales en matière de défense.

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La citation révélatrice sur les armées « premières du monde »

Dans un passage célèbre du livre V, chapitre IV, France écrit : « Les Pingouins avaient la première armée du monde. Les Marsouins aussi. Et il en était de même des autres peuples de l'Europe. » Il explique que toutes les armées se considèrent comme les premières, car admettre l'existence d'une seconde place reviendrait à reconnaître une infériorité qui garantirait la défaite, nécessitant ainsi un licenciement immédiat.

L'auteur rappelle l'exemple de l'illustre colonel Marchand en France, qui, interrogé sur la guerre russo-japonaise de 1904-1905, n'hésita pas à qualifier à la fois l'armée russe et l'armée japonaise de « premières du monde ». France souligne que même les défaites les plus cuisantes ne remettent pas en cause ce statut, les peuples attribuant leurs revers à une fatalité inexplicable plutôt qu'à des faiblesses militaires.

Une résonance avec le réarmement contemporain

Cette satire ne parle que trop à notre planète en proie à un réarmement universel, où les politiques de défense s'affolent et les théâtres d'opérations se multiplient. La réflexion d'Anatole France invite à questionner la course aux armements et les discours nationalistes qui accompagnent souvent les conflits.

En dénonçant l'absurdité de prétentions militaires exclusives, l'auteur offre une critique intemporelle des mécanismes de la guerre et de la propagande qui l'entoure. Son œuvre reste d'une actualité brûlante, rappelant que la paix nécessite peut-être plus d'humilité que de suprématie affichée.

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