L'USS Gerald R. Ford déroute vers la Crète après des incidents internes
Le plus grand porte-avions du monde, l'USS Gerald R. Ford, long de 337 mètres et pesant 112 000 tonnes, a modifié son cap pour rejoindre la baie de Souda en Crète. Cette escale non prévue intervient alors que le navire, achevé en 2017, était engagé dans l'opération Epic Fury en mer Rouge contre l'Iran depuis le 28 février. Contrairement aux attaques extérieures, ce sont des problèmes internes qui ont motivé ce changement de trajectoire.
Un incendie dans la buanderie principale
Le 12 mars, la Cinquième flotte américaine a annoncé via son compte X qu'un incendie s'était déclaré dans la buanderie principale du porte-avions. L'incident, désormais maîtrisé, n'est pas lié aux combats et n'a pas endommagé le système propulsif du navire, qui reste pleinement opérationnel. Cependant, les conséquences pour l'équipage sont significatives.
Deux marins ont été légèrement blessés, mais selon le forum de l'United States Naval Institute, environ 200 marins sur les 4 000 que compte l'équipage ont nécessité un traitement pour inhalation de fumées. L'incendie a détruit plus d'une centaine de matelas, créant une pénurie de couchage à bord.
Problèmes sanitaires récurrents
L'USS Gerald R. Ford connaît également des dysfonctionnements chroniques de ses toilettes, régulièrement bouchées et hors d'usage. Un rapport du Government Accountability Office de 2020 avait déjà souligné ce problème. Le système d'évacuation, similaire à celui des avions commerciaux mais dimensionné pour 4 000 personnes, nécessite des nettoyages à l'acide fréquents et non planifiés, chacun coûtant environ 400 000 dollars.
Ces difficultés sanitaires, combinées à l'incendie, ont sérieusement affecté les conditions de vie à bord. La plupart des blanchisseries étant hors service, de nombreux marins ne peuvent pas laver leur linge. La marine américaine a dû collecter près de 2 000 survêtements et autres vêtements pour les distribuer à l'équipage.
Conséquences opérationnelles
Le départ de l'USS Gerald R. Ford de la zone d'opération prive la région de ses 75 chasseurs F/A-18 Super Hornet, réduisant les capacités de frappe américaines contre l'Iran et la défense des alliés régionaux contre les drones Shahed. Cette absence devrait être compensée par le groupe aéronaval de l'USS George H. W. Bush et un Amphibious Ready Group en route vers le Moyen-Orient.
À quai en Crète, le porte-avions devient théoriquement plus vulnérable aux missiles balistiques iraniens comme les Sejil, Ghadr ou Kheibar, d'une portée supérieure à 2 000 km. Il sera protégé par les destroyers de son groupe aéronaval équipés du système de défense AEGIS. Toute attaque contre le navire en Grèce impliquerait de viser un membre de l'Union européenne et de l'OTAN, rappelant les frappes iraniennes sur Chypre début mars.
Contexte opérationnel
Le porte-avions et son équipage sont engagés depuis dix mois dans diverses opérations militaires. Ils ont notamment participé à l'opération Absolute Resolve qui a abouti à la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026. Déployé en mer des Caraïbes dès octobre 2025, le navire avait mené des frappes contre des navires suspectés de transporter de la drogue vers les États-Unis.
Cette escale imprévue en Crète met en lumière les défis logistiques et techniques auxquels font face même les navires les plus avancés technologiquement, avec des répercussions directes sur la vie des marins et les capacités opérationnelles des forces navales américaines.



