L'exercice militaire Orion 26 simule la conquête de la supériorité aérienne avec 24 pays alliés
Orion 26 : exercice majeur pour la supériorité aérienne avec 24 alliés

L'exercice Orion 26 : un entraînement majeur pour la supériorité aérienne

L'armée française a lancé l'exercice militaire majeur « Orion 26 », une simulation à grande échelle visant à conquérir la supériorité aérienne avec la participation de 24 pays alliés. Cet entraînement, qui a débuté le 8 février au large des côtes françaises, mobilise des moyens spatiaux, cybernétiques et des forces spéciales, constituant un préalable indispensable à toute opération militaire d'envergure.

Un scénario fictif aux échos géopolitiques réels

L'exercice se déroule dans un contexte fictif où le pays « Arnland » est confronté à des milices soutenues par la nation hostile « Mercure », qui dispose d'une enclave nommée « Kalindax » dans le sud-ouest d'Arnland. Ce scénario rappelle explicitement les craintes de l'Otan concernant une éventuelle action de déstabilisation russe contre les pays baltes, où vivent d'importantes minorités russophones.

Le général Marc Le Bouil, commandant de la défense et des opérations aériennes (CDAOA) et responsable de la composante aérienne de l'exercice, explique : « Il faut organiser la manœuvre pour pouvoir emporter la décision de façon massive, c'est-à-dire arriver sur place et libérer la zone. Une armée de l'air doit faire une entrée en premier, s'occuper des systèmes de déni d'accès qui protègent une zone. »

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Mobilisation impressionnante de moyens militaires

Pour cet exercice, quelque 12 500 militaires français et alliés sont mobilisés, accompagnés de :

  • 25 navires, dont le porte-avions Charles de Gaulle
  • Une centaine d'avions et d'hélicoptères

Parmi les pays participants figurent l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, qui contribuent avec du personnel et des équipements aux différentes phases de l'opération.

La campagne de renseignement : première étape cruciale

Le week-end dernier, dans la baie de Quiberon en Bretagne, les militaires ont simulé un débarquement sur Arnland. « Occuper le terrain, ça veut dire qu'il faut amener des gens au sol par bateau et pour ça il faut arriver à s'approcher », résume le général Le Bouil.

En amont, une campagne de renseignement intensive est menée pour identifier :

  1. Les radars et systèmes de défense aérienne ennemis
  2. Les centres de commandement adverses
  3. Les dépôts de carburant et de munitions

Cette collecte d'informations mobilise satellites d'observation, avions de renseignement et forces spéciales.

Créer une « bulle » de sécurité aérienne

L'objectif est de créer « une sorte de bulle » pour « occuper l'espace aérien sans être attaqué dans une fenêtre de temps pour mener l'action décisive, comme un débarquement », détaille le général. Pour y parvenir, il faut neutraliser les défenses ennemies par divers moyens :

  • Actions aériennes conventionnelles
  • Opérations cybernétiques
  • Interventions dans l'espace (comme aveugler un satellite)
  • Missions des forces spéciales

« Ce qui m'intéressera c'est peut-être moins de détruire chaque batterie antiaérienne que de détruire la capacité à les actionner », explique le haut gradé, évoquant notamment des actions cyber ou « la destruction des groupes électrogènes qui alimentent le centre de commandement ».

Les capacités SEAD : une priorité pour la France

Les capacités de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD), incluant missiles antiradars et puissants brouilleurs, sont essentielles à cette stratégie. Le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'Espace, avait relevé à l'automne leur rôle déterminant dans les opérations aériennes israéliennes contre l'Iran en 2024-2025 et dans l'opération américaine visant à capturer Nicolas Maduro au Venezuela.

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Pourtant, la France est actuellement dépourvue de ces missiles antiradars et n'en disposera pas avant le début des années 2030. « Ces capacités sont une priorité », affirme le général Le Bouil, tout en reconnaissant que « pour l'instant, ces capacités sont plutôt dans les mains de nos armées de l'Air partenaires » comme les Allemands, les Britanniques ou les Américains.

La coordination multinationale et l'intégration des milieux

Pour compenser ce déficit temporaire, « on travaille en coordonnant les effets pour compenser en partie les munitions que l'on n'aurait pas forcément à disposition aujourd'hui », par des attaques cyber ou de forces spéciales, précise le général. Cette approche s'inscrit dans la doctrine du « multimilieux, multichamps » (M2MC) prônée par l'Otan, qui vise à intégrer les différents milieux (maritime, terrestre, aérien) et champs d'action (cyber, spatial, forces spéciales).

Le général Le Bouil souligne que ce « séquencement des opérations, c'est à peu près le même dans toutes les opérations que l'on vit. La petite exception, c'est l'Ukraine », où la Russie s'est montrée incapable d'acquérir la maîtrise du ciel lors de son invasion en 2022.

L'exercice Orion 26 démontre ainsi l'importance croissante de l'intégration des capacités conventionnelles et non conventionnelles dans la stratégie militaire moderne, tout en renforçant la coopération entre les armées alliées face aux défis sécuritaires contemporains.