Naval Group : le site des Bormettes, jalon clé de la stratégie drones
Naval Group : les Bormettes, jalon clé de la stratégie drones

Pierre Éric Pommellet, le Pdg de Naval Group, sera à La Londe-les-Maures ce mardi 29 septembre pour la pose de la première pierre du site des Bormettes. Dans un entretien accordé avant cette visite, il a détaillé la stratégie du groupe en matière de drones et de systèmes autonomes, confirmant que « les drones font pleinement partie du combat naval » et que les solutions de l'industriel sont déjà opérationnelles.

Une stratégie confortée par les retours d'expérience

En juillet 2022, Naval Group avait annoncé un investissement de 140 millions d'euros sur son ancien site des Bormettes pour en faire un centre d'excellence dédié aux drones. Plus de quatre ans après, la pose de la première pierre marque une accélération. Pour Pierre Éric Pommellet, ce projet s'inscrit dans une stratégie redessinée en 2022, « autour de la France, de l'international, des drones et des systèmes autonomes », alors que débutait la guerre en Ukraine.

« Aujourd'hui, avec les retours d'expérience en mer Noire ou en mer Rouge, les drones font pleinement partie du combat naval », souligne-t-il. Le site des Bormettes, centenaire, devient le point de regroupement industriel des activités drones, systèmes autonomes et armes sous-marines.

Des drones déjà à la mer

Interrogé sur le calendrier, le Pdg affirme que « cela va plus vite que prévu : nos drones sont déjà à la mer ». Ils réalisent des missions et sont régulièrement testés par la Marine nationale et d'autres marines européennes. La semaine prochaine, lors de l'exercice Wildfire en Méditerranée, Naval Group testera ses drones et ses systèmes de lutte anti-drones. « Parce que quand on développe le glaive, il faut aussi penser au bouclier », explique-t-il.

Les drones de surface sont déjà opérationnels. Pour les drones sous-marins de grande performance, des démonstrateurs naviguent, et « nous serons à la mer bien avant la fin de la décennie ». Le site des Bormettes regroupera des activités de conception, de fabrication, d'intégration et d'utilisation.

Naval Group utilise déjà des drones, notamment à bord du navire de guerre des mines développé avec Exail pour la Belgique et les Pays-Bas, qui assure « la première mission dronisée des flottes de l'Otan ». Pour la France, le groupe travaille avec Thales sur des drones de guerre des mines et intègre des drones aériens hélicoptères (Schiebel, Airbus VSR700) dans le cadre d'un contrat d'équipement de frégates. Naval Group développe aussi ses propres drones, comme le Seaquest, un drone de surface d'une dizaine de mètres pour des missions ISR. Enfin, avec la DGA et le ministère des Armées, le programme UCUV (Unmanned Combat Underwater Vehicle) prépare un prototype de drone sous-marin de combat à grande élongation pour les deux ans à venir.

Recrutements et attractivité

Pour accompagner ces développements, Naval Group recrute « de l'ordre de 300 à 400 personnes par an dans le Var et entre 1 000 et 1 200 personnes au niveau national ». Le groupe compte 4 500 salariés dans le Var, répartis entre Toulon, Ollioules, Saint-Tropez et bientôt La Londe-les-Maures. « On offre des profils de carrière », insiste le Pdg, qui voit dans cette croissance une marque d'attractivité.

Pour attirer les jeunes, Naval Group mène des actions auprès des collégiens et lycéens, prend des stagiaires en troisième et en seconde, et travaille avec l'UIMM pour adapter les formations. Le groupe est aussi actif avec l'association « Elles bougent » pour encourager les jeunes femmes à rejoindre l'industrie.

Succès à l'export et plan de charge

À l'international, Naval Group a récemment remporté des contrats au Brésil, en Indonésie, aux Pays-Bas (sous-marins Orka), en Grèce (frégates) et en Suède. Le chiffre d'affaires en Europe est passé de 0 euro en 2019 à un milliard d'euros en 2026. L'international représente entre 35 % et 40 % de l'activité globale.

Le programme majeur reste le porte-avions de nouvelle génération « France Libre », dont les retombées pour les sites varois seront « considérables ». À Ollioules, cela permettra de lancer le développement d'un nouveau système de combat. Avant l'arrivée du navire à Toulon en 2035, de gros travaux d'infrastructure ont démarré dans le port militaire. Concernant les catapultes électromagnétiques américaines, la DGA a indiqué qu'il n'y a « pas d'inquiétude », la technologie étant sécurisée.

Le plan de charge de Naval Group est « extrêmement soutenu et assuré sur plusieurs décennies », avec un chiffre d'affaires en hausse d'environ 5 % par an. Le groupe combine développement des systèmes conventionnels et essor des systèmes autonomes, qui prennent une place centrale dans le combat naval collaboratif.