Macron élargit la dissuasion nucléaire à l'Europe, un héritage contesté pour 2027
Macron: dissuasion nucléaire pour l'Europe, un héritage contesté

Emmanuel Macron précise sa vision nucléaire européenne à l'Ile Longue

Une étape supplémentaire, l'une des dernières avant de transmettre les clés de l'Élysée dans un peu plus d'une année. Ce lundi 2 mars, sur la base militaire stratégique de l'Ile Longue, Emmanuel Macron a développé, au cours d'un discours très attendu, sa proposition audacieuse d'élargir le parapluie nucléaire français à la protection de ses partenaires au sein de l'Union européenne. Le chef de l'État poursuit ainsi sa croisade personnelle, initiée lors de son discours fondateur de la Sorbonne en 2017, visant à approfondir significativement l'intégration européenne sur les plans stratégique et défensif.

Un héritage européen déjà contesté dans le camp présidentiel

Seulement, cet élan visionnaire fera-t-il véritablement des émules ? Alors que les ambitions s'aiguisent au sein du bloc central en vue de la présidentielle de 2027, une question cruciale se pose : les successeurs potentiels reprendront-ils à leur compte cette composante essentielle de l'ADN politique macroniste ? Dans l'entourage élargi du président, l'humeur du moment penche nettement davantage vers la différenciation, voire vers une forme de scission idéologique, que vers la continuation pure et simple de cette ligne. Les paris sont ouverts, mais la tendance ne semble pas prête de s'inverser dans les prochains mois.

À l'Élysée, où l'on prépare méthodiquement la mise en valeur de l'héritage du locataire actuel, l'activisme européen et le bilan en la matière figurent déjà en tête de liste des succès revendiqués. Comment imaginer que les ambitieux n'épousent pas le sillon déjà tracé ? s'interroge-t-on dans les couloirs du pouvoir. "L'euro-enthousiasme d'hier est devenu une euro-nécessité aujourd'hui : existe-t-il une alternative crédible lorsqu'on se situe dans le camp des modérés ?", souligne un conseiller proche d'Emmanuel Macron. "Il sera très difficile pour le bloc central de ne pas s'inscrire dans ce champ politique. Je recommande de travailler en profondeur ce sujet pour gagner en densité, car pour l'instant, les positions restent assez superficielles."

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Cinquante nuances d'européisme dans le débat public

Simple méthode Coué ou avertissement réaliste ? Même si l'heure n'est pas encore à la rédaction définitive des programmes électoraux, les louanges envers la construction européenne se font plutôt rares et timides dans l'espace public. Entre un ministre macroniste, aspirant candidat, qui estime que "l'Europe à vingt-sept ne fonctionne plus vraiment, puisqu'il s'agit de moins en moins d'une authentique communauté de valeurs partagées" et Édouard Philippe qui souligne régulièrement les faiblesses structurelles de l'Union sur la scène internationale, l'attachement fervent à l'UE ne constitue pas l'argument principal des futurs prétendants de la droite et du centre.

"Il n'y a pas beaucoup d'espace politique pour les eurobéats aujourd'hui, personne ne peut prétendre sérieusement que l'Europe est parfaite", veut croire Gilles Boyer, eurodéputé Renew et proche collaborateur d'Édouard Philippe. "Parmi ceux qui considèrent encore que l'Europe représente une solution et non un problème, un débat crucial émergera notamment sur la question de la supériorité de la norme européenne face à la norme nationale. Je ne sais pas encore précisément comment Édouard se positionnera sur ce sujet..." Bruno Retailleau, lui, a déjà clairement tranché la question en faveur de la souveraineté nationale.

Un scepticisme français persistant malgré les efforts

Il existe également peu d'avantages électoraux immédiats à se positionner en champion d'une Europe plus interventionniste et plus intégrée. Les aléas diplomatiques – tels que les négociations complexes avec le Mercosur ou les choix difficiles de la Commission européenne face à l'administration de Donald Trump – ont incontestablement joué en défaveur de ce projet. Pourtant, Emmanuel Macron, malgré ses discours mobilisateurs et ses efforts constants, n'est pas parvenu à inverser durablement la courbe de popularité de l'Europe au sein de l'opinion publique française.

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Le récent eurobaromètre publié par le Parlement européen démontre sans ambiguïté que la France figure parmi les pays membres les plus critiques et les plus sceptiques à l'égard de l'Union. La vaste enquête Ipsos sur les "Fractures françaises", menée en collaboration avec le Cevipof, Le Monde, la fondation Jean-Jaurès et l'Institut Montaigne, souligne quant à elle un chiffre révélateur : à peine 20 % des citoyens français souhaitent aujourd'hui un renforcement des pouvoirs de décision de l'UE au détriment de ceux de notre nation.

L'européisme, un ressort électoral affaibli

Certes, le socle électoral de premier tour des futurs candidats du bloc central se montre traditionnellement plus sensible et réceptif à la thématique européenne que les électeurs des deux extrêmes politiques. Mais, comme l'indique avec précision le politologue Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos France, l'argument selon lequel "l'union fait la force" apparaît considérablement affaibli sur l'ensemble de l'échiquier politique : "Il faut absolument tempérer le postulat selon lequel l'européisme demeurerait l'un des ressorts profonds et intangibles du vote macroniste", explique-t-il analytiquement. "Même cette frange spécifique de l'électorat n'est plus aussi euro-enthousiaste qu'elle a pu l'être par le passé."

Incarner fidèlement l'ADN du macronisme ou adapter pragmatiquement son discours au scepticisme ambiant grandissant ? Le futur candidat du bloc central – à supposer qu'il soit unique – devra impérativement faire preuve d'une souplesse tactique remarquable pour concilier ces deux impératifs contradictoires. Un travail de fond considérable s'annonce donc. Gare au claquage politique, ce ne serait vraiment pas le moment opportun.