L'île de Kharg, cible stratégique dans le conflit entre l'Iran et les États-Unis
Kharg, cible stratégique dans le conflit Iran-États-Unis

L'île de Kharg, cœur économique et cible militaire stratégique

Perdue dans les eaux du nord du golfe Persique, à seulement 25 kilomètres des côtes iraniennes et à environ 200 kilomètres de celles de l'Irak ou du Koweït, l'île de Kharg présente une importance disproportionnée par rapport à sa modeste superficie. Ce petit territoire constitue en effet le principal terminal pétrolier de l'Iran, par lequel transite la majorité des exportations de brut du pays. Un ensemble complexe de terminaux, de vastes réservoirs de stockage et d'installations portuaires sophistiquées y est relié aux riches champs pétroliers du sud-ouest iranien.

Cette concentration d'infrastructures vitales fait de Kharg un véritable « centre de gravité économique » pour la République islamique, indispensable au fonctionnement de son système énergétique et financier. Par conséquent, elle représente également une cible privilégiée et hautement symbolique pour les adversaires de l'Iran. L'histoire récente en témoigne : pendant la longue et meurtrière guerre Iran-Irak (1980-1988), les forces irakiennes ont bombardé l'île pendant des années. Cependant, elles n'ont jamais possédé la capacité militaire de s'en emparer physiquement ni, en définitive, d'interrompre durablement le trafic pétrolier.

Un contexte régional explosif et une cible qui revient au premier plan

La question de la vulnérabilité de Kharg refait surface avec une acuité nouvelle dans le contexte géopolitique actuel. Les États-Unis et Israël mènent une campagne de frappes ciblées contre l'Iran. Les objectifs affichés sont, au minimum, de détruire le programme nucléaire iranien et ses capacités de frappe régionale, et, dans une optique plus ambitieuse, de renverser ou de soumettre définitivement le régime de Téhéran.

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En réponse, l'Iran a lancé sa propre campagne de représailles, utilisant missiles et drones, qui s'est étendue à plusieurs pays de la région. Téhéran a également accru sa pression sur la navigation dans le détroit stratégique d'Ormuz, déployant tous ses moyens dits « anti-accès » : vedettes rapides, drones navals et aériens, mines marines et missiles antinavires. Cette guerre d'usure par coups successifs est difficile à soutenir sur le long terme, tant sur le plan militaire qu'économique et donc politique, pour les deux camps. C'est dans ce cadre qu'émerge l'idée, du côté américain, de la conquête de l'île de Kharg, envisagée comme un accélérateur de l'histoire capable de faire basculer le conflit.

Les scénarios stratégiques : destruction ou saisie ?

La destruction complète des installations de Kharg porterait un coup sévère à l'économie iranienne pour de nombreuses années. Toutefois, un tel acte serait probablement jugé trop déstabilisant et risquerait d'enflammer davantage la région. En revanche, la saisie physique de l'île par les forces américaines présenterait plusieurs avantages stratégiques. Elle contribuerait à l'étouffement économique de l'Iran sans engager l'avenir politique du pays de manière irréversible. Elle offrirait un précieux gage pour d'éventuelles négociations futures. Enfin, elle constituerait un coup d'éclat audacieux, démontrant la détermination et la capacité d'action des États-Unis.

Une telle opération n'aurait cependant rien d'une simple formalité. L'île est forcément bien défendue. Une garnison d'environ un millier de soldats iraniens y est stationnée, dont près de la moitié est dédiée à la défense aérienne. Ces troupes sont appuyées par des batteries de missiles sol-air à courte et moyenne portée. De plus, Kharg se trouve sous la protection de l'enveloppe lointaine des défenses côtières de la 2e base navale iranienne, située à Bouchehr.

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Le scénario d'une conquête : une opération complexe et risquée

La première étape pour s'emparer de Kharg consisterait à neutraliser, voire à détruire, ces défenses par une campagne de frappes aériennes soutenue. Le général américain Dan Caine a récemment évoqué la possibilité d'utiliser des hélicoptères d'attaque AH-64 Apache et des avions d'attaque au sol A-10 Thunderbolt II, déployés depuis le Koweït, maintenant qu'une supériorité aérienne est établie. Cette phase préliminaire de neutralisation pourrait durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour s'achever seulement quelques minutes avant l'assaut principal.

Cet assaut serait très probablement héliporté et mené de nuit. La taille minimale de la force requise pour s'emparer d'un objectif de cette importance est estimée à un bataillon d'infanterie. La 31e Marine Expeditionary Unit (MEU), arrivant avec le groupe amphibie Tripoli, est parfaitement adaptée à ce type de mission. Des unités d'élite comme un bataillon de Rangers, ou des bataillons d'assaut par air des 82e ou 101e divisions aéroportées, pourraient également être engagés, à condition qu'ils soient déjà déployés dans la région, très certainement au Koweït.

Un groupement d'assaut héliporté ayant un rayon d'action moyen de 300 kilomètres, le point de départ de l'opération devrait être relativement proche de Kharg. Cela impliquerait un décollage depuis le Koweït pour l'US Army, ou depuis une base temporaire établie sur la côte pour la 31e MEU, venue du golfe d'Oman. Cette base servirait à la mise en place des vagues d'assaut et aux ravitaillements en carburant.

Si la 31e MEU était engagée, l'assaut serait divisé en deux vagues. La première vague, composée d'environ 300 fantassins répartis en trois compagnies, serait transportée par 20 à 25 hélicoptères lourds CH-53 ou appareils hybrides MV-22 Osprey, escortés par 4 à 6 hélicoptères d'attaque AH-1. Une dernière séquence de frappes serait assurée par des F-35B à décollage vertical. Les Marines seraient déposés de nuit au centre de l'île avant de s'emparer de la piste aérienne au nord-est, des infrastructures au nord-ouest et des installations pétrolières au sud. Pendant ce temps, les Osprey et CH-53 retourneraient chercher la deuxième vague, plus lourdement équipée, et potentiellement un bataillon supplémentaire de l'US Army.

La phase de conquête active pourrait prendre plusieurs jours. Elle ne serait pas encore terminée qu'il faudrait déjà mettre en place des défenses contre les drones et les attaques navales, pour résister au harcèlement continu que l'Iran ne manquerait pas d'organiser. Au bout du compte, si les Américains acceptent les risques inhérents à une opération de cette envergure – et il y aura forcément des pertes, même réduites – rien ne pourra probablement les empêcher de s'emparer de l'île de Kharg. Une telle réussite représenterait leur premier grand succès tactique majeur dans ce conflit prolongé.