Une collaboration étroite derrière l'élimination de Khamenei
L'assassinat de l'ayatollah Ali Khamenei, survenu lors d'une frappe ciblée le 28 février, a été rendu possible grâce à une collaboration approfondie entre les services de renseignement américains et israéliens. Selon des informations exclusives du New York Times, la localisation précise du Guide suprême iranien a été assurée par la CIA, qui surveillait ses déplacements et habitudes depuis plusieurs mois.
La démonstration de force du renseignement technique américain
Cette opération, baptisée "Fureur épique", s'inscrit dans une série d'actions récentes mettant en lumière la précision accrue du renseignement américain. Bernard Barbier, ancien directeur technique de la DGSE, analyse pour L'Express les implications de cette démonstration de force.
"L'attaque ressemble beaucoup à ce qu'ont réalisé les Israéliens contre le quartier général du Hezbollah à Beyrouth en septembre 2024," explique-t-il. "Cette fois, la méthode a été adaptée contre le QG de l'ayatollah, avec une combinaison de renseignement humain, essentiellement israélien, et d'une énorme part de renseignement technique américain."
Le rôle crucial des agences de renseignement américaines
Trois agences américaines sont au cœur de ce dispositif :
- La CIA pour la coordination et l'orchestration des capteurs
- La NSA pour les aspects cyber et l'interception
- La NGA pour l'imagerie spatiale de précision
Les États-Unis ont déployé des drones de très haute altitude pour réaliser des écoutes, l'espace aérien iranien leur étant interdit. Au sol, des équipes locales ont probablement été montées avec les Israéliens pour du renseignement tactique opérationnel.
Une capacité de transmission instantanée révolutionnaire
"L'opération 'Fureur épique' démontre la capacité des Américains à mener une action très peu de temps après avoir obtenu une information," souligne Bernard Barbier. "Ils disposent désormais d'une transmission instantanée permise par leurs satellites."
Contrairement à la France où les images satellites peuvent mettre plusieurs heures à être récupérées, les États-Unis utilisent un système de satellites géostationnaires à 36 000 kilomètres de la Terre, couplé à des mini-satellites volant à 400 kilomètres d'altitude. Ce dispositif permet de transmettre des images en temps réel aux opérateurs sur le terrain.
Des moyens financiers colossaux
Les moyens américains sont gigantesques comparés à ceux des Européens. En 2025, le budget cumulé des agences de renseignement américaines atteignait 73,3 milliards de dollars, contre 50,5 milliards d'euros pour l'ensemble de la défense française, DGSE comprise.
"Le système américain est très coûteux," précise l'analyste. "C'est un investissement de l'ordre de 20 millions de dollars par opération, un coût que nous ne pouvons pas nous permettre en France."
Succès technique mais questions stratégiques
Techniquement, l'opération a été extrêmement bien menée et démontre la précision du renseignement américano-israélien. Les Israéliens ont annoncé avoir éliminé une cinquantaine de cadres du régime iranien.
"On peut admirer cette efficacité," reconnaît Bernard Barbier. "Mais une question demeure : dans quel but ? Pour quel bilan ? À Gaza, l'élimination de dirigeants du Hamas n'a pas mis fin à une guerre qui dure depuis deux ans. En Iran, les Gardiens de la révolution ont été amputés d'une partie de leurs chefs, mais la structure reste en place."
Cette opération révèle ainsi non seulement les capacités techniques avancées du renseignement occidental, mais aussi les limites stratégiques de telles actions ciblées dans des conflits complexes au Moyen-Orient.



