L'Iran aurait espionné des bases américaines via un satellite chinois, selon le Financial Times
Iran : espionnage de bases US via un satellite chinois ?

L'Iran aurait espionné des bases américaines via un satellite chinois, selon le Financial Times

Le journal britannique The Financial Times a publié ce mercredi 15 avril des révélations explosives suggérant que Téhéran aurait espionné des bases militaires américaines au Moyen-Orient avec l'appui d'un satellite construit et mis en orbite par une entreprise chinoise.

Un satellite chinois au service des Gardiens de la révolution

D'après l'enquête du quotidien, qui s'appuie sur des documents militaires iraniens ayant fuité, le satellite référencé sous le nom de TEE-01B a été acquis par la Force aérospatiale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) après son lancement depuis la Chine.

La société chinoise Earth Eye Co est identifiée comme ayant construit et placé en orbite cet engin spatial. Selon les documents examinés, les commandants militaires iraniens auraient utilisé ce satellite pour surveiller des sites stratégiques américains en Arabie saoudite, en Jordanie, à Bahreïn et en Irak.

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Des images capturées avant et après des frappes

Le Financial Times précise que les images satellites auraient été capturées en mars dernier, à la fois avant et après des frappes de drones et de missiles contre ces installations militaires. Cette période correspond au début des hostilités en Iran, déclenchées par des frappes israélo-américaines le 28 février.

« Ce satellite est clairement utilisé à des fins militaires, car il est géré par la Force aérospatiale de la CGRI et non par le programme spatial civil iranien », a déclaré Nicole Grajewski, experte en Iran à Sciences Po, interrogée par le journal.

Un accord avec une entreprise chinoise

L'enquête révèle également qu'en vertu d'un accord avec la Chine, le Corps des Gardiens de la révolution islamique aurait obtenu l'accès aux stations terrestres commerciales exploitées par Emposat, un fournisseur de services de contrôle de satellites basé à Pékin.

Cet accord permettrait à l'Iran d'envoyer des commandes, de recevoir la télémétrie et l'imagerie, et de diriger les opérations du satellite depuis n'importe où dans le monde grâce au réseau d'Emposat qui s'étend à travers l'Asie et l'Amérique latine.

La Chine dément catégoriquement

Le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi vivement à ces révélations, qualifiant l'article du Financial Times d'« infondé » dans un communiqué adressé à l'agence Reuters.

« Ces derniers temps, certaines forces sont employées à fabriquer toutes les pièces des rumeurs et à les associer de manière malveillante à la Chine », a déclaré le porte-parole, ajoutant que « la Chine s'oppose fermement à ce genre de pratiques motivées par les arrière-pensées ».

La Maison-Blanche évoque de « gros problèmes »

Du côté américain, la Maison-Blanche n'a pas commenté directement les relations entre Emposat et Téhéran, mais un porte-parole a fait référence à des propos du président Donald Trump, qui a prévenu que la Chine serait confrontée à de « gros problèmes » si elle fournissait des systèmes de défense aérienne à l'Iran.

Une stratégie de dispersion des actifs spatiaux

Jim Lamson, ancien analyste de la CIA spécialisé sur l'Iran, explique au Financial Times que cet arrangement équivaut à une stratégie de dispersion pour les actifs spatiaux iraniens.

« Les stations terrestres satellites de l'Iran, qui ont été touchées en 2025 et 2026, peuvent être touchées très facilement par des missiles à des milliers de kilomètres. Or, vous ne pouvez pas simplement frapper une station terrestre chinoise située dans un autre pays », a-t-il souligné.

Des cibles supplémentaires identifiées

L'enquête du Financial Times révèle que d'autres sites auraient été surveillés par le satellite TEE-01B, notamment :

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  • Le Camp Buehring et la base aérienne d'Ali Al Salem au Koweït
  • La base militaire américaine de Camp Lemonnier à Djibouti
  • L'aéroport international de Duqm à Oman
  • Des infrastructures civiles dans le golfe Persique

Parmi ces infrastructures civiles figurent la zone portuaire de conteneurs de Khor Fakkan et l'usine d'électricité et de dessalement de Qidfa aux Émirats arabes unis, ainsi que l'installation d'Alba à Bahreïn, l'une des plus grandes fonderies d'aluminium au monde.

Des implications géopolitiques majeures

Si ces révélations sont confirmées, elles pourraient relancer les interrogations sur l'usage par l'Iran de capacités de renseignement d'origine chinoise, dans un contexte de fortes tensions régionales déjà exacerbées par les récentes frappes israélo-américaines.

Cette affaire met en lumière les relations complexes entre Téhéran et Pékin dans le domaine spatial et militaire, alors que les États-Unis surveillent de près toute collaboration pouvant renforcer les capacités de renseignement iraniennes.