Le 21ᵉ RIMa de Fréjus, centre névralgique de la formation aux drones kamikazes pour l'armée française
Au cœur du camp Lecocq à Fréjus, le 21ᵉ Régiment d'infanterie de marine (RIMa) a été désigné comme le Centre d'entraînement tactique drone pour la 6ᵉ brigade légère blindée. Cette unité assure désormais les formations de pilotage des munitions téléopérées (MTO) pour l'ensemble des régiments de la brigade, marquant une étape cruciale dans l'adaptation de l'armée française aux réalités du combat moderne.
Une scène d'entraînement insolite au stade du camp Lecocq
Le stade du camp Lecocq se transforme régulièrement en « héliport » improvisé lors des stages organisés par le 21ᵉ RIMa. Sous un soleil printanier, des groupes de jeunes hommes, télécommande en main et casque de réalité virtuelle sur les yeux, pourraient passer pour une équipe d'e-sport en plein air. En réalité, il s'agit de militaires en treillis, réunis derrière les cages de football pour apprendre à piloter des drones FPV (First Person View), similaires à ceux utilisés avec dévastation sur le front ukrainien.
Le bourdonnement caractéristique de ces petits engins volants trahit leur présence, tandis que les moniteurs guident les stagiaires : « Fais un 180°… Encore un… Stabilise… Fais-le atterrir… ». Parmi les quatorze participants de cette session, on trouve non seulement des « marsouins » du 21ᵉ RIMa, mais aussi des soldats du 1ᵉʳ Régiment de Spahis de Valence et de la 13ᵉ demi-brigade de Légion étrangère du camp du Larzac.
Une volonté stratégique du chef de corps
Le choix du 21ᵉ RIMa comme centre de formation n'est pas le fruit du hasard. Le sergent Bryan, l'un des quatre moniteurs de la cellule drone, explique : « Le 21ᵉ RIMa est l'unité qui a le plus d'expérience en matière de drone au sein de la brigade. Cela résulte d'une volonté de l'actuel chef de corps, le colonel Damien Delort, qui a fait de l'usage des drones une priorité et a mis les moyens humains et financiers en conséquence. »
Ce centre, bien que tout nouveau avec seulement une deuxième session de formation après une première en novembre dernier, illustre la montée en puissance des capacités drones de l'armée de Terre. Le stage s'étale sur trois semaines : la première est entièrement consacrée à la fabrication des drones, où chaque binôme construit l'appareil qu'il utilisera et ramènera dans son unité. Les deux semaines suivantes sont dédiées au pilotage, avec des manœuvres simples évoluant vers une utilisation du drone comme munition téléopérée, bien sûr sans charge explosive lors de l'entraînement.
Apprendre à monter et réparer les drones sur le terrain
Le sergent-chef Mathias, responsable de la cellule drone, souligne l'importance de la phase de montage : « Apprendre à monter un drone FPV permet de bien comprendre son fonctionnement et d'être capable de le réparer sur le terrain. Les drones se crashent souvent lors des formations, donc savoir assurer la maintenance de base est crucial. » Les drones utilisés, fournis par un fabricant français, sont spécifiquement conçus pour la solidité, résistant même à des chutes de 80 mètres ou des collisions avec des pylônes.
Un atelier d'une dizaine de postes a été aménagé au camp Lecocq pour cette formation. Les stagiaires travaillent sur des drones FPV de cinq pouces (12,7 cm) capables de transporter une charge de 1 kg. « Le principe reste le même quel que soit la taille : il s'agit d'assembler un puzzle d'une dizaine de pièces comme le châssis, les moteurs, les cartes électroniques, la batterie et la caméra. Avec de l'habitude, on peut monter un drone en 2 heures », précise le sergent-chef Mathias.
Adaptation au combat moderne inspiré par l'Ukraine
Ces formations témoignent de la volonté de l'armée française de s'adapter aux réalités du combat moderne, largement influencé par le conflit en Ukraine où plusieurs milliers de drones sont utilisés quotidiennement pour l'observation, la destruction de blindés ou l'interception d'appareils ennemis. Les drones, de plus en plus performants et économiquement accessibles, ont prouvé leur efficacité redoutable, comme en attestent les nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Face à cette évolution, l'armée de Terre réagit progressivement. En décembre dernier, la Direction générale de l'armement a livré ses premières munitions téléopérées (MTO) de courte portée, des drones kamikazes pouvant frapper jusqu'à 10 km. Les premières MTO de longue portée (500 km) sont attendues pour mi-2027. D'autres stages tactiques, incluant des largages de grenade, des infiltrations de nuit et des frappes avec drones FPV, devraient être organisés à partir de fin mai, renforçant ainsi les capacités opérationnelles des forces françaises.



