F-35 : Joseph Henrotin dévoile la dépendance stratégique de l'Europe envers les États-Unis
F-35 : la dépendance stratégique de l'Europe envers les USA (13.02.2026)

F-35 : Joseph Henrotin révèle les dessous de la dépendance stratégique européenne

Joseph Henrotin, expert reconnu des questions militaires et rédacteur en chef du mensuel Défense et Sécurité Internationale (DSI), vient de publier un ouvrage percutant intitulé Un avion pour les gouverner tous. Le F-35, prisme de la dépendance stratégique européenne (Éditions du Rocher, 2026). Dans une interview exclusive accordée à L'Express, il détaille les implications profondes de l'acquisition du chasseur américain par les pays européens.

Une dépendance structurelle sans précédent

Joseph Henrotin explique que le F-35 représente un cas unique dans l'histoire militaire : « Jamais, dans l'Histoire militaire, un système n'aura été aussi intégré avec les forces d'un pays étranger. Une fois en service, la dépendance aux États-Unis est structurelle, les bonnes relations importeront donc... » Cette dépendance prend des formes multiples, allant bien au-delà de la simple acquisition d'un avion de combat.

Le F-35 de Lockheed-Martin est avant tout un système intégré centré sur les réseaux, nécessitant des mises à jour régulières via des téléchargements sous forme d'abonnements payants à des serveurs basés aux États-Unis. Le système ODIN, utilisé pour la maintenance, permet de déterminer si l'appareil est en état de voler, et les pièces détachées restent la propriété des États-Unis jusqu'à leur installation. Un exemple frappant : en juin dernier, des pièces stockées en Europe ont été redirigées vers Israël pour répondre à des besoins urgents lors du conflit avec l'Iran, impactant potentiellement les vols des F-35 européens.

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Les multiples facettes de la dépendance

La conduite des missions dépend également étroitement des États-Unis. Le système de guerre électronique du F-35 nécessite une « bibliothèque de menaces » alimentée par le renseignement américain depuis la base d'Eglin en Floride. Seuls les Américains ont un accès total aux millions de lignes de code nécessaires au fonctionnement de l'avion, y compris pour l'intégration d'armements ou de nouvelles fonctionnalités. La formation des pilotes se fait exclusivement aux États-Unis, sur des avions achetés par les Européens.

Cette dépendance s'étend aussi aux plans industriel et social, car de nombreuses entreprises étrangères participent au programme F-35, comme Fokker aux Pays-Bas, sauvée par cette collaboration. Il existe même deux chaînes d'assemblage hors des États-Unis, en Italie et au Japon.

Pourquoi les États européens ont-ils accepté cette situation ?

Joseph Henrotin identifie plusieurs raisons :

  • La nécessité de donner des gages aux États-Unis pour qu'ils continuent de s'impliquer en Europe, notamment avec les armes nucléaires B61, mises en œuvre par le F-35.
  • Un impératif d'interopérabilité, couplé au sous-investissement des États européens dans la défense.
  • L'offre correspondait aux critères de gestion managériale, séduisant les politiques, tandis que la furtivité et la fusion de données attiraient les forces aériennes.

Paradoxalement, des pays comme le Danemark continuent d'acheter des F-35 malgré des tensions politiques, comme les revendications de Donald Trump sur le Groenland. Seul Israël a obtenu un accès partiel au code informatique pour ses F-35I Adir, tandis que des pays comme les Émirats arabes unis ont refusé cette dépendance. L'Espagne a renoncé à l'achat de F-35B, le Canada s'interroge, et la Turquie a été exclue du programme après l'acquisition de systèmes russes S400.

Un succès commercial mitigé par des défis techniques

Avec une cible de production de 3461 appareils, dont un millier pour les non-Américains, le F-35 est un succès commercial incontestable, équipant une vingtaine de pays, dont 13 en Europe. En comparaison, le Rafale dépasse à peine les 500 unités. Cependant, Joseph Henrotin souligne que le succès technique est partiel.

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Le F-35 est extrêmement complexe, avec trois versions (A, B, C) répondant à des exigences contradictoires, et il accuse un retard d'au moins dix ans sur le calendrier initial. Il ne sera pleinement opérationnel qu'avec la version Block 4, prévue pour 2031. Ses performances reposent sur la furtivité, mais celle-ci pourrait devenir moins pertinente dans les années à venir. De plus, l'appareil souffre d'un problème de propulsion : monoréacteur, son moteur manque de puissance, et ses systèmes informatiques sont gourmands en énergie et en refroidissement.

Joseph Henrotin note aussi que le F-35 est peu manœuvrant et lent, devant engager ses cibles à distance, ce qui peut s'avérer insuffisant. D'un point de vue opérationnel, son bilan militaire reste prématuré à évaluer, car ses missions passées, comme au-dessus de l'Iran, ne sont pas représentatives de ses capacités conçues pour des conflits de haute intensité.

En conclusion, le F-35 incarne une dépendance stratégique européenne profonde, mêlant enjeux technologiques, politiques et industriels, avec des implications durables pour la souveraineté des pays concernés.