Attaque au Kurdistan irakien : pourquoi les drones Shahed sont si difficiles à intercepter
Drones Shahed : pourquoi ils sont si difficiles à contrer

Un militaire français tué dans une attaque de drone au Kurdistan irakien

Un militaire français a perdu la vie et six autres ont été blessés jeudi soir lors d'une attaque de drone au Kurdistan irakien. Cet incident tragique met en lumière la menace croissante que représentent les drones de conception iranienne Shahed, des engins peu coûteux mais redoutablement efficaces qui sèment la désolation au Moyen-Orient.

La navigation autonome : une parade au brouillage GPS

Les interférences sur les signaux GPS sont devenues monnaie courante autour du Golfe, où elles visent à désorienter les armées adverses et leurs drones. Ces perturbations affectent également la navigation maritime et la vie quotidienne des populations. Pourtant, de nombreux drones parviennent malgré tout à atteindre leurs cibles.

« En n'utilisant pas le GPS, vous évitez ce brouillage », explique Thomas Withington, chercheur associé au Royal United Services Institute (RUSI). « Juste avant ou juste après le décollage, le drone allume un récepteur GPS pour savoir où il se trouve », précise-t-il.

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Ensuite, un gyroscope prend le relais, mesurant la vitesse, la direction et la position de l'engin par rapport à son point de départ. Cette navigation inertielle permet au drone d'opérer en complète autonomie. Au moment de frapper, il peut soit réactiver le GPS, soit rester en mode inertiel, avec toutefois un risque accru d'imprécision.

Les mécanismes anti-brouillage sophistiqués

Ces dispositifs ont déjà été observés durant la guerre en Ukraine avec les drones Geran-2, des versions russes des Shahed. Certains engins étaient équipés d'un système de suppression des interférences d'antenne de pointe, capable d'éliminer les signaux de brouillage ennemis tout en préservant le signal GPS souhaité, selon le groupe de réflexion américain Institute for Science and International Security (ISIS) en 2023.

Des composants anti-brouillage ont même été retrouvés sur des débris de drone à Chypre dès les premiers jours du conflit actuel, rapporte une source industrielle européenne. « C'est assemblé à partir de pièces disponibles dans le commerce, mais il possède bon nombre des capacités dont dispose l'équipement GPS de l'armée américaine », assure Todd Humphreys, professeur à l'Université du Texas à Austin.

La furtivité des matériaux de construction

« Un radar aime les gros avions métalliques, car le métal est une surface conductrice qui renvoie beaucoup d'énergie vers le radar », observe Thomas Withington. Or, les drones iraniens sont souvent construits à partir de matériaux légers absorbant les ondes radar, tels que le plastique ou les fibres de verre, explique le RUSI dans une note de 2023.

Leur taille réduite et leur vol à basse altitude leur permettent ainsi de passer entre les mailles des systèmes de détection conventionnels, rendant leur interception particulièrement complexe.

Les alternatives au GPS : BeiDou et Loran

La question de savoir si l'Iran utilise le système de guidage chinois BeiDou, concurrent direct du GPS, agite les observateurs. Certains estiment que cette technologie pourrait renforcer la résistance aux brouillages. « Certaines transmissions sont plus difficiles à brouiller que d'autres, mais toutes peuvent l'être », tempère Dana Goward, président de Resilient Navigation and Timing.

D'autres soupçons portent sur Loran, un système de radionavigation sans satellite développé pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Iraniens avaient annoncé en 2016 relancer cette alternative au GPS, mais rien ne permet aujourd'hui de confirmer son activation, selon plusieurs experts. Ce type de système nécessite en effet un réseau de gros transmetteurs au sol, moins discrets et potentiellement vulnérables aux bombardements.

Les contre-mesures : entre guerre électronique et destruction physique

Face à ces drones résistants, les armées se concentrent sur une autre option : les abattre physiquement. Canons, missiles, drones intercepteurs et même lasers - que les Israéliens et les Américains développent activement - font partie de l'arsenal déployé.

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Concernant l'efficacité du brouillage, « tout repose sur la capacité à détecter les émissions radio du drone, s'il en émet », analyse Thomas Withington, évoquant la phase finale de vol. Les Ukrainiens ont démontré que le brouillage pouvait fonctionner : ils affirment parvenir à brouiller, pirater ou leurrer une proportion significative des drones russes.

Entre mi-mai et mi-juillet 2025, Kiev a neutralisé 4 652 drones grâce à la guerre électronique, contre 6 041 abattus par des moyens conventionnels, sur un total de 12 851 engis, selon des données militaires analysées. Ces deux techniques - électroniques et conventionnelles - sont souvent utilisées de concert pour maximiser l'efficacité des défenses anti-drones.