Dassault contre Airbus : le projet d'avion de combat européen Scaf menacé de mort
Le PDG de Dassault, Éric Trappier, a vivement critiqué l'attitude d'Airbus, estimant que la coopération industrielle sur l'avion de combat européen est désormais impossible dans les conditions actuelles. « Airbus ne veut plus travailler avec Dassault » pour développer l'avion de combat européen du projet Scaf, et si cette attitude persiste, « le projet est mort », a-t-il déclaré mercredi lors d'une conférence de presse présentant les résultats annuels du groupe.
Des enjeux colossaux pour l'Europe
Des dizaines de milliards d'euros d'investissements et des milliers d'emplois qualifiés sont en jeu sur les trente prochaines années dans le cadre de ce projet de Système de combat aérien du futur (Scaf). Ce programme repose sur une coopération industrielle entre la France, l'Allemagne et l'Espagne, avec pour objectif de remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d'ici à 2040.
Le président Emmanuel Macron a réaffirmé l'importance d'un modèle commun lors d'une visite en Inde le 19 février, soulignant que les Européens « ont intérêt à avoir un standard européen ». Cependant, le chancelier allemand Friedrich Merz a publiquement exprimé des doutes sur la pertinence du projet, notant que les besoins militaires diffèrent entre les pays.
Des divergences profondes entre industriels et États
Dassault et Airbus s'opposent depuis des mois sur le pilotage industriel du Scaf, une dispute qui menace désormais l'avenir même du programme. Éric Trappier a insisté : « Si Airbus maintient la probabilité de ne pas travailler avec Dassault, le projet est mort », s'appuyant sur la solidité financière de son groupe pour défendre sa position.
Emmanuel Macron a réagi à ces tensions en observant : « On a des frictions entre les entreprises. C'est la vie des affaires. Est-ce que ça doit décider de la stratégie des États ? La réponse est non ». Cette déclaration souligne le décalage entre les intérêts industriels et les objectifs stratégiques des nations européennes.
Les divergences portent notamment sur les spécifications techniques, avec l'Allemagne mettant en avant des besoins différents de ceux de la France, qui requiert un avion capable de transporter des armes nucléaires et d'opérer depuis un porte-avions. Cette complexité ajoute une couche supplémentaire de difficultés à une coopération déjà fragilisée.
L'avenir du Scaf semble donc suspendu à une résolution rapide des conflits entre Dassault et Airbus, sous peine de voir s'évaporer un projet crucial pour la souveraineté et l'industrie de défense européenne.



