Le général Mandon détaille l'utilisation des 36 milliards d'euros supplémentaires pour la défense
36 milliards d'euros pour la défense : les priorités du général Mandon

Le général Mandon expose les priorités stratégiques financées par 36 milliards d'euros supplémentaires

Devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale ce jeudi matin, le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, a présenté un état des lieux détaillé des menaces sécuritaires, de l'Ukraine au Moyen-Orient. Il a surtout développé les réponses que la France entend apporter, avec en point d'orgue l'augmentation du budget des armées de 36 milliards d'euros pour la période 2026-2030. Si cette enveloppe est votée, les crédits de la défense auront ainsi doublé en dix ans, permettant de « durcir » significativement les capacités militaires françaises.

La menace russe persiste malgré les conflits au Moyen-Orient

Le général Mandon a rappelé avec insistance que la guerre en Ukraine reste « toujours ouverte », soulignant qu'elle dure déjà plus longtemps que certains épisodes des guerres mondiales. La Russie continue par ailleurs de renforcer massivement ses forces armées : elle prévoit d'augmenter ses effectifs de 1,3 million de soldats en 2025 à 1,9 million en 2030, ses chars lourds de 4 000 à 7 000 unités, et ses avions de combat de 1 200 à 1 500. Sa marine devrait se stabiliser autour de 240 bâtiments de guerre.

La production de drones russes connaît une croissance exponentielle : de près de 180 000 drones tactiques en 2023, elle est passée à plus de 1,5 million deux ans plus tard. Les drones de longue portée sont quant à eux passés de 2 500 unités à plus de 30 000 sur la même période.

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Renforcement crucial de la défense antiaérienne

Les 36 milliards d'euros supplémentaires devront notamment permettre de répondre à l'usage massif des drones. « Toutes les nuits, plus de cent drones s'abattent sur l'Ukraine, accompagnés de missiles plus perfectionnés », a rappelé le général Mandon, insistant sur la « pression gigantesque » que cette menace d'usure exerce sur les combattants.

Face à ce défi, la France va considérablement renforcer ses moyens de défense antiaérienne :

  • D'ici 2030, elle disposera de dix systèmes SAMP-T de nouvelle génération capables d'intercepter des missiles balistiques, soit deux de plus que prévu initialement.
  • D'ici 2035, elle comptera sur 15 systèmes de défense sol-air VL MICA, permettant des interceptions à 360° dans un rayon de 20 km et jusqu'à 9 km d'altitude.

Pour contrer les drones à bas coût, l'artillerie travaille sur des canons de 20 mm, tandis que l'armée de terre attend ses premiers véhicules blindés Serval équipés de systèmes antidrones. Les hélicoptères Tigre, déjà déployés au Moyen-Orient où ils ont abattu leurs premiers drones récemment, jouent également un rôle clé : en Ukraine, ils réalisent 25% des arrêts de drones Shahed.

Investissements majeurs dans les munitions et nouveaux armements

L'actualisation de la loi de programmation militaire va permettre de consacrer 8,5 milliards d'euros supplémentaires sur la période 2036-2030 aux munitions. Entre 2024 et 2030, ce sont 26,3 milliards d'euros qui seront mobilisés pour ces acquisitions dans tous les domaines : missiles air-sol, air-air, torpilles, obus de 155 mm pour les canons Caesar...

Cette enveloppe financera également de nouveaux armements :

  • Le missile air-air Comet, successeur du Météor, arrivera en 2030.
  • Un missile supersonique Stratus, capable de supprimer les défenses aériennes ennemies, sera développé pour « ouvrir des brèches », une capacité abandonnée après la guerre froide.

Le virage vers les munitions téléopérées sera également pris avec le projet Chorus, un drone capable de voler plusieurs milliers de kilomètres, produit en grande quantité et dont la charge « pose un vrai défi pour ceux qui seraient menacés ».

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Renforcement de l'entraînement et de l'endurance des armées

Les 36 milliards serviront aussi à renforcer « l'endurance » des armées, paramètre essentiel face aux conflits qui s'enlisent. « Il faut que les armées s'entraînent davantage », a insisté le général Mandon. Un investissement de 1,6 milliard d'euros supplémentaires est prévu pour la préparation : « Nos militaires doivent tirer davantage en exercice pour ne pas découvrir l'ouverture du feu. Nous devons aussi tester nos systèmes. La première force des armées, c'est l'entraînement. »

En conclusion, le général Mandon a martelé : « Il n'y a pas de guerre éclair », soulignant la nécessité de ces investissements massifs pour faire face à des conflits prolongés et à des menaces évolutives, notamment la prolifération des drones et le renforcement continu des capacités russes.