Yvette Vigié, 93 ans, repart en campagne pour un septième mandat à Nabirat
Dans le petit village de Nabirat, niché aux confins du Périgord noir et du Quercy, une bataille électorale inattendue se prépare. Yvette Vigié, maire depuis 1989 de cette commune de 363 habitants, a décidé de briguer un septième mandat aux élections municipales de mars, alors qu'elle avait pourtant annoncé son retrait en juin 2025.
Un revirement de dernière minute
La nonagénaire, qui a fêté ses 93 ans le 25 février, était prête à passer le relais. « Je m'organisais pour trouver d'autres occupations », confie-t-elle, promettant de « ne pas venir embêter » la nouvelle équipe. Mais la donne a changé en quelques semaines.
La candidature de Gary Fraysse, un quadragénaire originaire du village, a modifié ses plans. Bien que le premier contact se soit « bien passé », le comportement du candidat, qui « se serait senti déjà élu », et le profil de ses colistiers, majoritairement des nouveaux arrivants peu connus, ont convaincu Yvette Vigié de repartir au combat.
L'enjeu symbolique de la bibliothèque
Le différend porte notamment sur l'avenir de la bibliothèque municipale. Gary Fraysse propose de la transférer dans la mairie pour libérer le bâtiment et y aménager un pôle médical, évoquant une « redynamisation » du village.
Pour Yvette Vigié, cette bibliothèque est un symbole de « la culture pour tous ». « La coupe était pleine », explique-t-elle. Son équipe sortante s'est réunie et a préparé une liste de 11 noms en moins de quinze jours, avec six élus actuels et « plus de femmes que d'hommes ».
Une carrière au service des autres
Née en 1933 dans une famille modeste, Yvette Vigié a dû renoncer à son rêve de devenir infirmière par manque de moyens. Elle part à Paris en 1958, où l'Assistance publique lui permet de se former comme soignante. Elle gravit les échelons pour devenir cadre au début des années 1970, travaillant au service pédiatrie de l'hôpital Trousseau.
De retour au pays en 1983, elle s'installe à l'hôpital de Gourdon dans le Lot. En 1989, des habitants viennent la chercher pour « reprendre la mairie », arguant qu'elle est « l'enfant du pays ». Élue à une courte majorité, elle avoue n'avoir alors « aucune idée de la fonction de maire ».
Un bilan marqué par la sauvegarde de l'école
Son premier chantier fut de maintenir l'école du village, qui ne comptait plus que dix élèves. Sur les conseils du conseiller général Germinal Peiro, elle crée une école maternelle. Le seuil de 20 élèves est atteint, puis dépassé avec une trentaine d'inscriptions après rénovation. Aujourd'hui, 27 enfants sont scolarisés à Nabirat.
Devenue la première femme maire du canton de Domme, Yvette Vigié a attrapé le virus de la politique locale. À 93 ans, elle fait face à Gary Fraysse, un quadragénaire artiste peintre et ancien directeur de supermarché, qui prône le « renouvellement » et agit « dans la transparence ».
Les électeurs de Nabirat devront trancher en mars entre l'expérience de la doyenne des femmes maires de France et les projets de modernisation portés par son challenger. Un choix qui déterminera l'avenir de ce village périgourdin pour les six prochaines années.



