Scène houleuse à l'Agglo de Rochefort : l'opposant Vergnier s'isole en attaquant Blanché
Scène houleuse à l'Agglo : l'opposant Vergnier s'isole

Une entrée fracassante qui tourne au fiasco pour l'opposition rochefortaise

Ce jeudi 16 avril, le premier conseil communautaire de la nouvelle Agglomération Rochefort Océan devait être une formalité. Prévue pour élire le président, les vice-présidents et les représentants dans divers syndicats, la réunion s'annonçait longue mais routinière. Personne ne s'attendait au coup de théâtre orchestré par Fabrice Vergnier, l'opposant rochefortais du Parti Socialiste, qui allait transformer cette séance en un marathon procédurier de près de quatre heures.

Le dossier n°11 qui a tout déclenché

Tout bascule avec le dossier n°11, portant sur la validation du règlement intérieur. Une formalité habituellement expédiée en quelques minutes. Mais Fabrice Vergnier, s'adressant directement au président réélu Hervé Blanché, lance : « C'est un mauvais tour pour les nouveaux élus que de valider ce règlement intérieur sans avoir le temps d'y travailler. J'ai préparé 31 amendements que je suis prêt à défendre un par un. Comme on a six mois pour valider le texte, je vous demande le report du vote. »

La salle, composée des 58 nouveaux élus, retient son souffle. Même les élus de gauche, pourtant traditionnellement opposants, semblent dépités par cette initiative. Hervé Blanché, visiblement surpris, répond sans trembler : « Je vous laisse constituer un groupe d'opposition, libre à vous ! » Mais le ton est donné pour une soirée qui s'annonce particulièrement tendue.

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Un ping-pong procédurier épuisant

S'engage alors un véritable duel procédural. Hervé Blanché, conciliant dans un premier temps, propose à Vergnier d'envoyer ses modifications par mail, « car le règlement peut être modifié à tout moment », mais insiste pour voter le texte le soir même. Vergnier campe sur ses positions, exigeant de présenter ses 31 amendements immédiatement.

La tension monte progressivement. Éric Recht, élu de Loire, propose de reporter le vote « pour ne pas crisper les élus », tandis qu'Isabelle Gireaud de Rochefort veut voter sans délai. Le président Blanché finit par trancher : vote à main levée sur le report. Mais Vergnier exige un vote à bulletin secret, « prévu dans le règlement ».

Le résultat est sans appel : 42 voix contre le report, 15 pour et une abstention. Blanché, résigné, invite alors Vergnier à présenter son premier amendement. La révélation provoque des haussements de sourcils : à l'article 1, Vergnier veut simplement ajouter que « la convocation du conseil communautaire se fera toujours le même jour par respect des emplois du temps ».

« Waouh… », pourrait-on entendre dans l'assistance. L'amendement est rejeté. « Suivant, lance Blanché. Faites vite, c'est ridicule. »

La rupture définitive

Lassé par ce qu'il considère comme de l'obstruction, Hervé Blanché finit par craquer : « Je fais voter le règlement tant pis, on ne va pas décliner 31 amendements. » Vergnier s'offusque : « Vous refusez des amendements comme c'est écrit dans le règlement ? » La réponse du président est cinglante : « Oui, je refuse, ce n'est pas sérieux, vous ferez un recours, j'assume, j'ai la police de la séance ! »

Le règlement est finalement adopté par 44 voix pour, 12 abstentions et seulement 2 contre. Mais le véritable coup de théâtre survient au point n°12. Vergnier, qui tarde à voter, annonce soudain : « Euh nous partons. Face à un président qui refuse d'appliquer le règlement, nous préférons. »

Du tac au tac, Blanché réplique : « Une séance où deux nouveaux veulent obstruer et faire la loi, ça ne me plaît pas non plus. On s'était parlé de tout ça au téléphone, vous n'en faites qu'à votre tête, dont acte. » Dorothée Machabert, colistière Debout ! de Vergnier, visiblement sidérée, n'a que deux secondes pour se décider : elle part à son tour, sans conviction apparente.

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Une opposition atomisée et isolée

L'opposition rochefortaise n'aura ainsi siégé que 1 heure 50 à l'Agglo. Par cette entrée fracassante, Fabrice Vergnier a non seulement aliéné le président et la majorité, mais également ses alliés naturels de gauche. Pire encore, en claquant la porte, il s'est privé de toute possibilité de postuler aux postes proposés lors de cette même réunion : syndicat de l'incinérateur, aéroports, port de commerce, Mission locale ou hôpital.

À l'inverse, Romain Monroux, issu de la seconde liste de gauche, a siégé calmement jusqu'au bout, soulignant par contraste l'isolement stratégique de Vergnier. Cette séance mouvementée pose une question cruciale : le bazar de la campagne municipale à gauche laisserait-il encore des traces jusqu'à l'Agglo ?

Ce qui devait être une démonstration de force de l'opposition s'est transformé en piètre illustration du rôle d'élu minoritaire. Peut-être le reflet tragique d'une gauche locale profondément atomisée, incapable de présenter un front uni face à la majorité. Une leçon de politique locale dont les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà de cette séance houleuse.