Mai 68 à Bordeaux : les archives de Sud Ouest racontent les affrontements
Mai 68 à Bordeaux : archives des affrontements

Mai 1968 à Bordeaux : une plongée dans les archives de Sud Ouest

Le mois de mai 1968 reste gravé dans l’histoire de France comme une période de contestation sociale, culturelle et politique sans précédent. À Bordeaux, comme dans le reste du pays, les événements ont pris une ampleur particulière. Les archives de Sud Ouest permettent de revivre ces journées intenses.

Les prémices d’un mouvement national

Tout commence le 22 mars 1968, avec l’occupation du bureau du doyen de l’université de Nanterre par des étudiants menés par Daniel Cohn-Bendit. Le 13 mai, la grève générale est déclenchée par les quatre grandes centrales syndicales (CGT, CFDT, FO et FEN). Pour la première fois depuis le début de la Ve République en 1958, étudiants et travailleurs se rassemblent massivement. Ces mobilisations aboutiront aux accords de Grenelle, conclus avec le gouvernement le 27 mai 1968.

Le samedi 25 mai : l’explosion à Bordeaux

À Bordeaux, répondant à l’appel de l’UNEF, un long cortège de quatre à cinq mille manifestants défile dans les rues, avec une concentration place Saint-Michel. Sous un beau temps, l’ambiance est bon enfant ; des enfants accompagnent même leurs parents. Le cortège se scinde en deux place de la Comédie, rejoint la place Gambetta, puis se dirige vers la place Pey-Berland. C’est devant l’hôtel de ville que Vincent Olivar, photographe de Sud Ouest, réalise un cliché emblématique. Peu après 19 heures, l’agitation monte. La foule se presse contre le Palais Rohan, certains tentent d’escalader les grilles, d’autres secouent la porte monumentale. Les CRS déferlent au pas de charge depuis la rue des Remparts. Un choc violent se produit, au milieu des cris et des gaz lacrymogènes utilisés pour disperser l’attroupement.

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« La masse explosa, littéralement, s’effilocha, se dispersant par lambeaux dans toutes les rues qui donnent sur la place Pey-Berland » (Sud Ouest, 27 mai 1968).

Une nuit de barricades

Une longue nuit d’affrontements commence. Après les échauffourées place Pey-Berland, le « front » se déplace vers la Faculté des lettres, le cours Pasteur, la rue de Cursol, le cours Victor-Hugo, la rue Sainte-Catherine et la place de la Victoire. Environ 2 000 manifestants dépavent les rues et érigent des barricades, notamment rue du Maréchal-Joffre, près du Palais de justice, où les baraques de la foire aux jambons servent de matériel de fortune.

Les affrontements se poursuivent jusqu’à une heure du matin, moment où débutent les négociations avec les dirigeants des services d’ordre. Un accord est trouvé : un no man’s land est instauré après le retrait progressif des CRS, permettant aux manifestants d’évacuer par petits groupes, notamment de la Faculté des lettres. La place de la Victoire est la dernière à retrouver le calme, les combats s’y étant prolongés plus longtemps. Le journaliste de Sud Ouest de l’époque conclut : « la nuit ardente va prendre fin. Le calme revient. Les derniers belligérants quittent la scène. La partie est achevée. »

Ces images et récits d’archives témoignent de l’intensité de cette période charnière de l’histoire de France, et de Bordeaux en particulier.

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