Ce n'est pas parce que les collectivités locales financent le projet de lignes nouvelles du Sud-Ouest (LNSO) qu'elles verront les TGV s'arrêter dans les nouvelles gares de Brax (Agen) et Bressols (Montauban). Le nouveau rapport du Conseil d'orientation des infrastructures (COI) a rendu ses conclusions début avril. Deux lignes sur un document de 125 pages inquiètent les territoires financeurs du projet LGV entre Bordeaux et Toulouse. Sa mise en service est prévue pour 2035.
Des conclusions alarmantes pour les élus locaux
Les conclusions du COI ont de quoi faire tomber de leur strapontin les élus du Lot-et-Garonne et du Tarn-et-Garonne qui défendent les lignes nouvelles du Sud-Ouest (LNSO) : « Les opérateurs de services librement organisés pourraient privilégier les dessertes sans arrêt entre Bordeaux et Toulouse. » Les contribuables et la plupart des collectivités, à l'exception du Département du Lot-et-Garonne, financent déjà ce projet contesté qui englobe la création de nouvelles gares à Brax (47) et Bressols (82). Ces gares « betteraves » sont situées à 7 kilomètres des gares historiques d'Agen et Montauban. Le COI prend des pincettes en utilisant le conditionnel. Mais la plupart des TGV pourraient passer à 300 km/h dans ces gares sans s'y arrêter.
Un plan B pour faire passer la pilule
Un plan B a été imaginé pour faire passer la pilule et justifier le lourd investissement de 100 millions d'euros pour la nouvelle gare de Brax et sa liaison ferroviaire vers Agen : déplacer les trains Intercités Marseille-Bordeaux sur la ligne nouvelle. Même à 200 km/h, ces trains d'équilibre du territoire (TET) permettraient de gagner du temps pour rejoindre Bordeaux ou Toulouse. Revers de la médaille : les Marmandais, situés sur la vieille ligne, seraient privés de plusieurs trains quotidiens.
L'équation financière est simple. Un opérateur ferroviaire aura plus de chance de rentabiliser une liaison ferroviaire à grande vitesse sur un Bordeaux-Toulouse direct (1 h 05 au lieu de 2 h 04 actuellement) que sur un Bordeaux-Agen-Montauban-Toulouse (1 h 20 en s'arrêtant dans les deux gares intermédiaires) ou un Bordeaux-Toulouse avec un arrêt dans une des deux gares.
Un problème national sans garanties
Pour l'instant, les élus locaux n'ont reçu aucune garantie sur le nombre de TGV qui s'arrêteront dans les nouvelles gares. C'est ce qu'a confirmé le vice-président des transports Jean-Luc Gibelin (Occitanie) le 15 avril lors de sa visite à Agen : « Nous réaffirmons l'importance des arrêts à Montauban et Agen. La question du nombre de trains qui vont s'arrêter n'est pas encore tranchée, nous serons fermes sur le sujet. » Le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset, déjà engagé dans un bras de fer avec la SNCF sur les trains du quotidien, s'interroge : « Pourquoi financer de nouvelles gares si les TGV ne s'y arrêtent pas ? » Les élus membres du Club TGV Gare d'Agen Porte de Gascogne font déjà du lobbying pour éloigner le spectre d'une gare fantôme à Brax.
Le président du Conseil d'orientation des infrastructures, David Valence, confirme à « Sud Ouest » les conclusions du rapport : « Dans le cadre actuel, rien n'oblige les opérateurs à faire arrêter les TGV dans les gares intermédiaires et ce, même si collectivités investissent dans le réseau. » Le président du COI conclut : « Le débat sur les dessertes d'aménagement du territoire est national. Il faut trouver le bon modèle pour inciter les entreprises ferroviaires à desservir ces gares moyennes. »



