Bordeaux Métropole : retour à une cogestion droite-gauche avec les socialistes
Bordeaux Métropole : retour à une cogestion droite-gauche

Assuré d'une confortable majorité à droite et au centre, Thomas Cazenave, qui sera élu président de Bordeaux Métropole vendredi 24 avril, dégaine un « projet de mandature » abondé par les maires PS qui, après vote, feront leur entrée dans le nouvel exécutif. Une « cogestion » revue et corrigée, après six ans de majorité écolo-socialiste.

Un revirement politique

« On efface l'anomalie de 2020 », cingle un maire de droite. « Le retour à une forme de logique », convient un autre, à gauche. À la veille de l'élection d'un nouvel exécutif à la tête de Bordeaux Métropole, le maire (Renaissance) de Bordeaux, Thomas Cazenave, qui en reprendra la présidence, a présenté ce jeudi 23 avril une « nouvelle approche » de gouvernance, fondée autour d'un « projet de mandature » d'ores et déjà arrêté, sur dix pages. Et auquel souscrit, apparente surprise, le groupe des élus socialistes, par la voix de Christine Bost, maire d'Eysines et future ex-présidente de la Métropole.

Sacré revirement au sortir de six ans d'attelage écolo-socialiste à la tête de l'institution intercommunale. Un mandat qui avait marqué une rupture avec cinquante ans de « cogestion » entre la droite et la gauche, héritage du chabanisme dont Pierre Hurmic, alors maire écologiste de Bordeaux, entendait bien se défaire. Son successeur Thomas Cazenave ne remet pas en selle cette bonne vieille cogestion, du moins pas dans les mêmes contours, à savoir un panachage de vice-présidences. Lui qui sait pouvoir s'appuyer sur une confortable majorité de maires de droite et du centre (ou, variante, sans étiquette) s'est d'abord mis en tête de « redonner un élan démocratique », dit-il, à la Métropole, à travers la rédaction de ce projet de mandature qui brasse mobilités, habitat, propreté, sécurité, environnement, attractivité économique, etc.

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Un projet de mandature consensuel mais ferme

Un inventaire qui ne fait pas que dans le consensuel : « On n'a pas cherché le plus petit dénominateur commun », soutient le futur président. Il a soumis une première version aux différentes sensibilités de l'hémicycle métropolitain, écologistes compris, et donc Christine Bost, qui a donné suite. « Au lendemain du second tour, le paysage ayant changé, abonde l'intéressée, il fallait se donner le temps pour pouvoir aboutir à ce résultat. »

Les élus socialistes ont pu y mettre « leur patte », assure-t-elle, notamment confortés de ne pas voir la « régie de l'eau » ou la « coopération avec les territoires » remises en cause. Le tout est « intellectuellement satisfaisant », poursuit Christine Bost : « C'est une entrée en matière tout à fait correcte, saine, satisfaisante. Nous sommes dans la danse. Nous serons bienveillants, vigilants et attentifs. »

Vote et délégations

Christine Bost s'accommode au passage de l'exigence d'un audit des finances, fût-il souvent brandi ici ou ailleurs en signe de défiance quand une majorité chasse l'autre : « Ça nous paraît normal de faire un état des lieux. On avait commencé à proposer des réorientations notamment en matière de ressources humaines, à travers le gel des recrutements depuis plusieurs mois. » Subtilité de l'affaire, ce « projet de mandat » fera l'objet d'un vote du conseil métropolitain, dès vendredi. Vote qui délimitera, de fait, majorité et oppositions – au groupe des écologistes, s'ajoute Jimmy Bourlieux, conseiller municipal Rassemblement national de Mérignac.

« Qui est dans la majorité, qui est dans la minorité ? Soutenir ce projet de mandature, c'est aussi s'engager sur sa déclinaison annuelle, c'est-à-dire le budget », décrit Thomas Cazenave. Et, « en fonction du vote », prévient-il, « une place pleine et entière sera faite aux maires du groupe socialiste » au sein de l'exécutif. Onze délégations, un rang inférieur par rapport aux vice-présidences, sont dans les tuyaux. « On n'a pas besoin d'une force d'appoint pour faire une majorité. On a cherché à s'ouvrir, on n'est pas sectaire », reprend le maire de Bordeaux.

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Une entente qui surprend mais qui se justifie

Cette entente ne peut que surprendre pour qui « a une vision récente de la Métropole », convient Christine Bost, c'est-à-dire le clivage droite-gauche à l'œuvre depuis 2020. Mais elle ne ferait que revenir aux fondamentaux d'une intercommunalité dont certains n'avaient pas fait le deuil : « On était ensemble entre 2014 et 2020 », souffle Christophe Duprat, maire LR de Saint-Aubin-de-Médoc, ancien vice-président aux transports sous Alain Juppé et Patrick Bobet. « Les socialistes ne le diront pas mais ils ont galéré toute la mandature avec les écologistes. On a toujours travaillé ensemble avec eux, dans l'arc républicain. On démarre les choses dans la clarté. Toutes les bonnes volontés sont bienvenues. » Et d'observer que les « marges de manœuvre seront réduites » : raison de plus pour « associer tout le monde à la décision ».

Maire de Saint-Médard-en-Jalles, Stéphane Delpeyrat, l'un des élus PS qui figurent aux côtés de Christine Bost et Thomas Cazenave, ce jeudi 23 avril, ne dit pas autre chose : « J'ai toujours été favorable à la cogestion. Pas pour des raisons de place, ni d'intérêt communal, mais parce que c'est la logique d'une intercommunalité : il n'y a pas de suffrage universel, par conséquent, la légitimité de chaque maire est la même. Et cela appelle du compromis, de la discussion. » Ne serait-ce qu'à travers la nature des dossiers, plaide-t-il : « On a beaucoup écrit, beaucoup échangé sur ce projet. On n'est pas à l'Assemblée nationale, on parle franchissement du fleuve, LGV, RER : il n'y a pas de raisons d'affrontement majeur. Il y a plus de raisons de se mettre ensemble que l'inverse. »