Ce dimanche, 1 982 grands électeurs sont appelés aux urnes pour désigner les trois nouveaux sénateurs du Gard. Cinq listes sont en lice, et l'enjeu principal réside dans l'attribution du troisième siège, que le Rassemblement national espère conquérir. Le scrutin se déroule en préfecture, de 8 h 30 à 17 h 30, avec des résultats attendus vers 18 h 30.
Un collège électoral très majoritairement communal
Les sénateurs ne sont pas élus directement par les citoyens, mais par un collège de grands électeurs, composé de députés, de conseillers régionaux et départementaux, et surtout de délégués des conseils municipaux. Plus de 95 % de ce collège est issu des communes, leur nombre variant selon la taille de la population. Une commune de moins de 500 habitants n'envoie qu'un seul grand électeur, tandis qu'au-delà de 30 000 habitants, l'intégralité du conseil municipal est convoquée, plus un électeur supplémentaire par tranche complète de 800 habitants.
À Nîmes, la ville pèse 211 grands électeurs, avec une représentativité proportionnelle par groupe politique. Le vote est obligatoire. Le ministère de l'Intérieur souligne que « ce système garantit la mission constitutionnelle du Sénat, à savoir assurer la représentation des collectivités territoriales, de la plus petite commune rurale aux plus grandes métropoles ».
Trois sièges à pourvoir, cinq listes candidates
Le Sénat est renouvelé par moitié tous les trois ans. Ce dimanche, 178 sièges sont en jeu dans le pays, dont trois dans le Gard. Les sortants Vivette Lopez et Laurent Burgoa (LR) et Denis Bouad (PS) occupaient ces sièges depuis six ans. Vivette Lopez ne brigue pas un troisième mandat, mais les deux autres sont à nouveau candidats, chacun en tête de liste.
Dans les départements élisant trois sénateurs ou plus, le scrutin est proportionnel par liste. Les sièges sont répartis selon le quotient électoral (suffrages exprimés divisés par le nombre de sièges), puis par la règle de la plus forte moyenne. Ce calcul permettra soit à la liste en tête d'obtenir deux sièges, soit à la troisième liste de rafler le dernier siège.
Cinq listes sont en présence, chacune composée de cinq candidats en parité. Trois listes se réclament de la gauche : celle de Jean-Baptiste Thibaud (La France Insoumise), celle de Denis Bouad (union de la gauche, avec la communiste Cathy Chaulet en deuxième position), et celle de Carole Bergeri (Divers gauche, soutenue par des militants Place Publique). À droite, Laurent Burgoa est le seul candidat de la droite et du centre. Le Rassemblement national présente Sylvie Josserand, députée, qui devra quitter l'Assemblée nationale si elle est élue.
Les promesses des candidats pour les collectivités
La campagne a été centrée sur les promesses aux élus locaux. Carole Bergeri défend « une simplification législative et réglementaire », affirmant que « les élus locaux doivent retrouver leur liberté d'agir aujourd'hui bloquée par les normes et réglementations ». Denis Bouad évoque les contraintes des normes et « les conséquences de la loi Zan » (zéro artificialisation des sols), tout en défendant le maintien des services publics. Jean-Baptiste Thibaud appelle à « desserrer l'étau budgétaire », notamment par une indexation de la dotation globale de fonctionnement sur l'inflation.
Laurent Burgoa veut lutter contre le transfert obligatoire de compétences aux intercommunalités et fait de « la défense des budgets des collectivités » sa priorité. Sylvie Josserand met en avant « la défense de l'autonomie communale, la simplification des normes, la corrélation des ressources en cas de transfert de compétences ». Au-delà des collectivités, Laurent Burgoa entend « sauvegarder les traditions gardoises et ceux qui les font vivre », dont les manifestations taurines. Sylvie Josserand prône « l'octroi des moyens exigés par la sécurité civile face aux risques d'incendies, d'inondations, d'épisodes cévenols ». Jean-Baptiste Thibaud parle aussi de la sécurité civile « en détresse », de déprise agricole et viticole et des écoles en tension. Carole Bergeri met « l'eau et l'agriculture » au centre de ses préoccupations et veut aligner formations et emplois. Denis Bouad voit dans cette élection un enjeu politique : « empêcher l'élection d'un septième parlementaire RN dans le Gard ».
Le suspense autour du troisième siège
Les deux premiers sièges semblent promis à Denis Bouad et Laurent Burgoa, mais le RN peut-il arracher le troisième ? Sylvie Josserand peut compter sur un socle d'un peu plus de 200 voix, insuffisant en théorie, mais en 2020 le RN avait dépassé les 80 voix qui lui étaient promises. La droite a perdu des grands électeurs à Nîmes en six ans, et la gauche part divisée, deux facteurs qui peuvent abaisser le seuil pour permettre à la troisième liste d'obtenir un sénateur.
Lundi, le maire de Nîmes, Vincent Bouger, a appelé à la mobilisation, parlant d'un enjeu « simple mais énorme ». Le suspense sera donc au rendez-vous dimanche soir, quand les résultats détermineront si le RN confirme son ancrage territorial dans le Gard après ses succès municipaux à Vauvert et Bagnols-sur-Cèze.