André Santini, 85 ans, brigue un 8e mandat depuis l'hôpital à Issy-les-Moulineaux
Santini, 85 ans, candidat depuis l'hôpital à Issy-les-Moulineaux

André Santini, 85 ans, brigue un huitième mandat depuis son lit d'hôpital

À Issy-les-Moulineaux, une situation politique inédite agite la ville alors que son maire historique, André Santini (UDI), âgé de 85 ans, annonce sa candidature pour un huitième mandat consécutif depuis son lit d'hôpital. Hospitalisé depuis octobre suite à une chute, l'ancien ministre a officialisé sa candidature début février lors d'une brève sortie de l'établissement médical. Cette campagne menée à distance nourrit à la fois les inquiétudes des habitants et les aspirations de renouveau portées par les oppositions.

Une campagne atypique depuis l'hôpital

« Catastrophe ! », résume Valérie, 55 ans, résidente depuis vingt ans, en traversant la place du marché Corentin Celton. « Avec un maire à l'hôpital et des oppositions inexistantes, je vais voter blanc pour la première fois », confie-t-elle à l'AFP, préférant garder l'anonymat. Cette adjointe de direction dans les assurances, pourtant partisane de longue date, estime qu'André Santini a « un bilan exceptionnel, mais on vote surtout pour un avenir ».

Philippe Knusmann, adjoint au maire et directeur de campagne, reconnaît des « interrogations compréhensibles » tout en assurant que l'édile, toujours hospitalisé et se déplaçant en fauteuil roulant, « travaille, remonte la pente et a très envie de poursuivre l'œuvre qu'il a engagée ». La date de sortie de l'hôpital reste cependant inconnue.

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L'opposition dénonce un manque de transparence

Martine Vessière, candidate DVD, présente dimanche matin sur le marché pour distribuer des tracts, tacle : « Le fait qu'il soit affaibli et qu'il ait disparu du terrain, ça, les gens l'ont remarqué ». L'ancienne adjointe au maire, passée à l'opposition en 2017, juge que « le bilan est positif mais les gens veulent une autre démocratie ».

Le flou entourant la santé du maire est perçu par l'opposition comme un « manque de transparence » qui s'étendrait à d'autres domaines de la politique locale. Mathieu Morel, candidat écologiste de la gauche unie, critique notamment « des zones d'aménagement concerté confiées à des promoteurs immobiliers sur lesquels les habitants n'ont aucune marge de manœuvre ».

Il déplore également que le maire se représente alors qu'une enquête le visant a été ouverte en juillet 2022 pour harcèlement et agression sexuelle, accusations qu'il conteste fermement. Gaël Lago, tête de liste LFI, résume : « On ne se bat pas contre M. Santini, mais contre un système en place, pour redonner du pouvoir au peuple ».

Un système municipal sous le feu des critiques

Dans un rapport publié en mars, la Cour des comptes a relevé un « défaut de transparence des décisions de gestion » qu'elle attribue notamment à « l'entremêlement des satellites », c'est-à-dire des structures externes auxquelles la ville délègue des compétences, comme des sociétés d'économie mixte.

Pourtant, pour Marc Brami, retraité de 67 ans et Isséen depuis 1982, la longévité d'André Santini à la tête de la ville et le cumul de ses fonctions - vice-président de l'intercommunalité du Grand Paris Seine Ouest, de la métropole du Grand Paris et président du Syndicat des eaux d'Île-de-France - sont gages d'un « savoir-faire » difficile à répliquer. « La ville a été transformée à l'avantage des gens qui vivent à Issy », observe-t-il.

Des projets d'avenir et l'absence de successeur

Un adjoint de la majorité, rencontré anonymement au marché, insiste : « Il reste encore beaucoup de projets à finir, l'extension de la ligne 12 jusqu'à Sèvres, la rénovation du quartier des Épinettes. André Santini veut être là pour les gros projets ». La question de la succession n'est donc pas à l'ordre du jour, et aucun nom n'a émergé publiquement.

Gabriel Attal, conseiller municipal de Vanves, à qui le maire avait demandé de le rejoindre, a décliné tout en affichant son soutien. Valérie s'exaspère : « Il a toujours rendu invisibles ses adjoints, on ne les connaît pas. J'aimerais voir un maire qui fait monter les autres ».

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Mathieu Morel reconnaît que « M. Santini a une énorme connaissance à la fois de la ville, mais aussi de la politique, qu'elle soit locale ou nationale », mais ajoute : « Garder pour lui ces éléments, ce n'est pas la vision que j'ai de la politique ». Alors qu'Issy-les-Moulineaux approche des 70 000 habitants, le débat entre continuité et renouveau politique s'intensifie dans cette ville aisée de la proche banlieue parisienne.