Gérard Larcher, le gardien de l'unité à droite face aux ambitions multiples
S'il est une figure qui pèsera de tout son poids dans la séquence politique à venir, c'est bien Gérard Larcher. Le président du Sénat, plus haute autorité morale de la droite républicaine, s'est érigé en garant de la sagesse et de la responsabilité au sein de sa famille politique. Dans son bureau du Petit Luxembourg comme au siège des Républicains, il distille inlassablement le même message, à la fois mise en garde et appel à la raison.
Une logique électorale implacable
« L'an prochain, nous avons une présidentielle. Et si nous avons plus d'un candidat sur la ligne de départ, nous n'aurons pas de second tour. Donc nous devons tous cheminer les uns vers les autres », répète-t-il avec une fermeté qui n'exclut pas le réalisme. La logique est mathématique : avec un Rassemblement national assuré d'accéder au second tour et un seuil de qualification potentiellement bas en raison de la fragmentation de l'offre, chaque candidature supplémentaire à droite et au centre réduit la part du gâteau et augmente le risque d'élimination sèche.
Gérard Larcher, que certains surnomment « Royal Gégé », excelle dans ce rôle de conciliateur et de pater familias. Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu semble peu investi dans l'animation de la coalition gouvernementale, c'est le président du Sénat qui, avec discrétion et efficacité, réunit les chefs de file pour huiler les rouages d'une alliance souvent fragile.
Des rencontres discrètes et des messages clairs
Comme l'a révélé La Tribune Dimanche, un premier déjeuner de travail s'est tenu le mercredi 17 décembre à son initiative, réunissant Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Hervé Marseille. Si l'ordre du jour officiel concernait la préparation des accords pour les municipales, l'hôte n'a pas manqué de fixer la ligne de conduite pour l'échéance présidentielle : « attention à ne pas être trop nombreux dans la compétition pour 2027… »
Ce type de rencontre devrait se multiplier, car Gérard Larcher est l'un des rares à pouvoir dialoguer avec toutes les sensibilités. Il a ainsi eu Édouard Philippe au téléphone la semaine dernière, lui rappelant subtilement ses responsabilités dans la bataille municipale parisienne où la division entre la droite et le centre pourrait profiter au candidat socialiste.
« Je te déconseille de faire perdre Dati à Paris », a-t-il lancé à l'ancien Premier ministre, sous-entendant clairement que tout échec à faire l'unité se paierait lors de la présidentielle. « Le test, ce sera effectivement le 15 mars. Soit nous sommes capables de nous retrouver, soit non. Sachant qu'il y a une attente forte de l'électorat sur le thème 'mettez-vous d'accord' », analyse-t-on dans son entourage.
L'impossible équation de l'unité
À ce stade, la grande opération rassemblement a plus de chances d'échouer que de réussir. La théorie est séduisante, mais la mise en œuvre se heurte à une réalité implacable : la liste des prétendants ne cesse de s'allonger.
Édouard Philippe s'est officiellement lancé, Bruno Retailleau s'est déclaré la semaine dernière, David Lisnard l'a précédé, Gabriel Attal s'apprête à le faire, Laurent Wauquiez garde « toujours dans la tête » l'idée de devenir président, Xavier Bertrand se « prépare », Gérald Darmanin y « songe »… Sans oublier Michel Barnier, Yaël Braun-Pivet, Élisabeth Borne et bien d'autres qui nourrissent des ambitions similaires.
« Là, ça ressemble à la fureur de vivre ! » ironise Laurent Wauquiez. « Tout le monde est dans la voiture et appuie à 150 km/h en projetant les voitures les unes contre les autres, en se disant qu'il y en a bien un qui va tourner le volant à la dernière minute. »
Trois stratégies, trois visions
Chaque figure du « socle commun » (l'alliance entre la droite et le centre) est convaincue d'être la mieux placée pour l'emporter. Mais leurs approches divergent radicalement.
Édouard Philippe, échaudé par l'échec d'Alain Juppé dont il fut le témoin direct, refuse catégoriquement toute idée de primaire. Ses partisans estiment que les électeurs feront « naturellement le ménage » à l'approche de 2027, surtout si la perspective d'un face-à-face entre LFI et le RN se précise. « La primaire, c'est une machine à perdre qui ne crée pas de dynamique. On ne va faire que s'écharper », résume un de ses lieutenants.
Gabriel Attal, quant à lui, prépare sa montée en puissance avec un livre à la fois intime et politique, des meetings programmés et des voyages à l'étranger. « Gabriel sait pourquoi y aller et pour quoi faire. Il va montrer les muscles. Il va parler de rupture, de changement de modèle, et les autres passeront pour des conservateurs », confie un proche. Lui aussi préfère la sélection naturelle à une primaire qu'il jume poussée par des « outsiders qui veulent exister ».
Bruno Retailleau, plus pragmatique, s'accommodera de ce qui se décidera, conscient de ne pas être en position de force pour l'instant.
Le casse-tête des modalités
La question du mode de désignation reste entière. Gérard Larcher mène actuellement une mission délicate au sein des Républicains pour déterminer les modalités de sélection du candidat. Une première primaire strictement interne à LR n'est pas exclue, suivie éventuellement d'une seconde élargie au centre. Mais « trop de primaires ne tuent-elles pas la primaire ? »
Les divergences sont profondes. Certains veulent associer Reconquête mais refusent d'inclure Renaissance, tandis que d'autres souhaitent l'inverse. Laurent Wauquiez, auditionné dans le cadre des consultations, a lancé avec ironie : « J'ai fait 25 % mais je ne vois pas beaucoup de mes amis parmi vous… », pointant du doigt les risques de partialité dans un vote interne.
« Certes, la candidature de Bruno Retailleau a relancé le sujet du mode de départage. Gérald Darmanin en parle par ailleurs depuis un an. Les uns vont dire 'pas Knafo', les autres 'pas Attal'. Le temps va passer, la primaire restera une bonne question, mais sans solution disponible », analyse un stratège à droite.
Michel Barnier prône un « conclave », Xavier Bertrand une « concertation »… Alors que les échéances se rapprochent, le feuilleton de l'unité à droite et au centre ne fait que commencer, avec Gérard Larcher comme arbitre incontournable mais dont les pouvoirs restent limités face aux ambitions démultipliées.



